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- Enfants, éducation | Lola
Liszt, ses enfants et leur éducation Liszt eut 3 enfants avec Marie de Flavigny, épouse du comte d’ Agoult avec qui elle avait déjà eu deux filles, Louise qui mourut à l’ âge de 6 ans et Claire qui épousera Guy de Charnacé et sera donc la demie sœur des 3 enfants qu’ elle eut avec Liszt Blandine, Cosima, Daniel. Blandine 1835-1862 "Je vous embrasse comme je vous aime du fond du cœur" Elle n’ a vécu que 27 ans et a toujours admiré son père, comme en témoignent ses lettres remplies d’ affectueuse dévotion à son égard . Un père dont elle soufrait de l’ éternelle absence. Elle a épousé Émile Ollivier, un avocat, député, homme politique qui deviendra ministre de Napoléon III. Voici ce que celui-ci, homme généreux et droit, écrivit à Liszt lorsqu’ il souhaita lui demander son consentement pour épouser Blandine: « Je l’ aime profondément, non seulement parce qu’ elle est charmante, pleine d’ intelligence, de grâce et de bonté, mais surtout parce que elle a une âme haute, noble, tournée vers ce qui est généreux » Blandine mourut après avoir donné naissance à un fils, Daniel Ollivier. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Correspondance de Liszt et de sa fille Madame Émile Ollivier(1842-1862), publié par Daniel Ollivier aux Editions Grasset, Bory Robert , Liszt et ses enfants, d'après une correspondance inédite avec la Princesse Marie Sayn-Wittgenstein, Edition Correa 1936 "La mort inexpliquée de Blandine Liszt Ollivier " par le docteur Dominique Mabin, article publié dans la revue histoire des Sciences médicales en 2014 Pour en savoir plus Cliquez ici Cosima 1837-1930 "Il n'y a que Richard qui m'a aimée" Des trois enfants, elle eut la plus longue vie, 93 ans. Cosima avait une personnalité affirmée, un fort caractère. Son père l’ appelait « ma terrible fille ». Elle aussi a vécu jeune dans l’ admiration et le respect de son père mais elle a su se rebeller. Ainsi en désaccord avec Liszt, elle divorça de son premier mari dont elle eut deux enfants, Hans von Bulow, un grand pianiste, chef d’ orchestre et compositeur pour épouser Richard Wagner dont elle eut 3 enfants. C’ était une excellente pianiste, elle aurait voulu devenir concertiste , ce que lui refusa son père. Elle sut épauler Richard Wagner et pendant près de 50 ans après le décès de celui-ci, elle entretint la légende du compositeur en le statufiant et en faisant du festival de Bayreuth le lieu du culte de son défunt mari. Dédiée entièrement à Wagner, elle en voulut à son père de ne lui avoir prodigué que trop peu d’ amour même si celui-ci changea dans ses dernières années en lui montrant beaucoup d’ affection et de dévouement. Plus tard en relisant les lettres de ses parents, Franz et Marie, Cosima écrivit :" ils ne nous ont jamais aimés et se sont battus sur notre dos, seul Richard l'avait aimée". Personnalité hors du commun, à l’ image de ses parents comme le prouve la quantité de livres et d' essais qui lui ont été consacrés. Cosima Wagner, comment déshériter sa fille, pour en savoir plus cliquez ici Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : - Lettres (de Liszt) à Cosima et à Daniela présentée et annotées par Klara Hamburger (1996 éditeur, Mardaga) -Journal de Cosima Wagner 1869-1883, éditions Gallimard/ Actes Sud (Quatre volumes) -Cosima la sublime par Françoise Giroud Fayard 1996 -Bory Robert , Liszt et ses enfants, d'après une correspondance inédite avec la Princesse Marie Sayn-Wittgenstein, Edition Correa 1936 Daniel 1839-1850 "Je vais préparer vos places" Daniel Liszt est le troisième et le dernier enfant que Franz Liszt eut avec Marie d Agoult. Né le 9 mai 1839 à Palestrina près de Rome, il ne vécut qu’une vingtaine d’années, anéanti par une phtisie galopante en décembre 1859. Sa vie avait bien mal commencé, pendant ses deux premières années, il fut « abandonné » par ses parents chez une nourrice qui le laissa mourir de faim. Heureusement son parrain, le célèbre peintre et ami du couple, Henri Lehmann le retira à temps et le « ressuscita » alors que Marie d’Agoult semblait l’avoir déjà abandonné. N’écrira-t-elle pas à Lehmann : « Les nouvelles de Daniel me donnent une grande joie. Toutefois je vous défends absolument d’y retourner avant votre départ. C’est une vraie folie et au fond une folie sans résultat. Cet enfant est forcément confié à la Providence et au hasard, ce que j’ai de mieux à faire est d’y penser le moins possible » . Il fut ensuite confié à sa grand-mère Anna Liszt à Paris qui finit par le requinquer et le choya en lieu et place de ses parents. Liszt qui assura le bien-être matériel de ses enfants fut un père absent puisqu‘il resta, à partir de 1844, près de 9 ans sans venir les voir tout en refusant à Marie le droit de s’en occuper. Daniel fréquenta plus tard le lycée Bonaparte, aujourd’hui lycée Louis le Grand. Après des débuts un peu difficiles, il se révéla être un brillant élève faisant la fierté de sa famille. Pour le récompenser, Liszt le fit venir à l’Altenburg. Ainsi à 15 ans il rejoignit à Weimar son père qu’il va enfin découvrir et admirer. En 1857 il partit pour Vienne afin de faire des études de droit qui ne l’enthousiasmaient pas. Il passera ses vacances d’été à Berlin chez Cosima encore mariée avec Hans von Bülow et c’est chez elle qu’il mourut de phtisie le 15 décembre 1859. Son père alerté par Cosima eut juste le temps d’arriver 2 jours avant sa disparition. Il se serait endormi dans ses bras et ses derniers mots auraient été : « je vais préparer vos places ». Cosima fut très marquée par le décès de son frère et appela sa première fille Daniela. L’enterrement eut lieu le 15 décembre au cimetière catholique de Berlin. En 1860, Liszt composa « les Morts », ode funèbre à la mémoire de Daniel. Comme le montre la photo envoyée par Christine van Zandijcke , une grande croix blanche se dresse sur la tombe portant cette inscription : Daniel Liszt, n é à Rome le 9 mai 1839, m ort à Berlin le 13 décembre 1859 Pour en savoir plus cliquez ici Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Daniel Liszt, un fils mal aimé Charles Dépêchez Editions Mercure de France 2025 Education et affection "Liszt n'était pas fait pour la vie de famille. Son foyer c'était le monde, c'étaient les autels qu'on lui dressait partout où il mettait le pied." Janka Wohl Les 3 enfants eurent à souffrir de l’ attitude irresponsable de leurs parents autant Franz que Marie qui lorsqu’ ils se séparèrent, se déchirèrent et ne leur prodiguèrent pas suffisamment d’ affection. Des décennies plus tard, Cosima, fille cadette seule survivante relisant les lettres envoyées par ses parents, soulignera que ceux-ci se sont battus sur leur dos et que seul Richard Wagner l’ a aimée. Par contre, matériellement ses enfants ne manquèrent jamais de rien, Liszt se fit un point d’ honneur à pourvoir financièrement, seul, à tous leurs besoins en essayant de leur donner le maximum, pour qu’ ils soient à leur aise dans une société privilégiée et que ses filles Blandine et Cosima puissent y tenir honorablement un foyer. Ils ont été élevés à distance et par correspondance par leur père qui ne cessait de sillonner les routes européennes pour ses concerts. Liszt était exigeant, s'enquérait de tout ce qui les concernait, leur progrès, leurs connaissances, leur éducation religieuse et musicale, leur fréquentation. Il faisait preuve d’ une grande sévérité, c’ était le « pater familias », les enfants devaient lui être reconnaissants et être dignes de ce père qu’ ils admiraient. Ce qu’ ils firent et il a eu de la chance, parce qu’ il est quand même resté plus de 8 ans sans venir leur rendre visite à Paris. Les confessions qu’ il fit à Agnes Street en 1856 à propos de ses filles sont glaçantes « Ces fillettes font si peu partie intégrante de ma vie actuelle […] que je ne sais trop qu’ en faire, et qu’ il me semble plus simple que nous nous aimions à distance. » En conclusion, l’ exercice d’ une paternité affectueuse n’ a pas été le fort de Liszt et et on ne peut que donner raison à Émile Ollivier, le mari de Blandine qui après le décès de celle ci écrivit: « Peut-être y aurait-il dans les œuvres grandioses de Liszt un accent ému qui y manque s’ il avait eu pour ceux qu’ il a mis au monde un cœur plus paternel et s’ il avait cru leur devoir autre chose qu’ une dot. » Leur mère Marie d’ Agoult n’ a pas non plus été un modèle de mère affectueuse dédiée à ses enfants. On se souvient qu’ elle « laissa » à chaque fois les 3 enfants qu' elle eut avec Franz en nourrice. Ainsi Daniel, alors qu’ il avait été confié près de Rome à une nourrice qui le laissait dépérir et que le peintre Henri Lehmnan ami de Marie après avoir alerté cette dernière, avait voulu le retirer de cette famille pour le sauver, Marie fataliste lui répondit qu' il fallait l’ y laisser à la volonté de Dieu. Heureusement Lehmann récupéra l' enfant et lui redonna vie, Daniel vécut jusqu’ à 20 ans. Même si Marie s'était vue refuser par Liszt de voir ses enfants, par représailles au moment de la séparation, on peut aussi rappeler que, bien que parisienne, elle resta une dizaine d’ années sans venir voir ses enfants qui habitaient eux aussi à Paris chez leur grand mère Anna. C’ est là le grand reproche sur lequel sont unanimes tous les lisztiens mais nous étions au 19 ème, le détachement envers les enfants, la rigidité de l’ éducation, la mise en nourrice étaient trop souvent la règle et il fallait souffrir que près de la moitié meurent en bas âge. Marie a été engluée dans sa vie de salonnière avec une mère qui a refusé de voir les trois « bâtards » qu' elle eut avec Liszt. Pourtant ils ont tous deux vraiment souffert du décès de leurs enfants. Marie resta inconsolable de la perte de sa petite Louise âgée de 6 ans quant à Liszt il a aussi été très marqué par le décès de son fils Daniel à 20 ans et 3 ans plus tard par celui de sa fille aînée Blandine à 27 ans. Il montrera ensuite beaucoup d’ affection pour Cosima et ses petits enfants notamment Daniela fille aînée que Cosima eut avec Hans von Bulow , mais pour Cosima, c’ était sans doute trop tard. Ce qui est étonnant c’ est que Liszt a su être aimant avec d’ autres enfants, ainsi de sa relation avec Marie (1837-1920)qui deviendra la princesse Hohenlohe, fille de Carolyne Sayn-Wittgenstein. Elle vécut une dizaine d’ années avec eux à Weimar et Liszt l’a vraiment chérie. Dans la correspondance * qu’ il a eue avec elle, il montre tellement plus de chaleur, de prévenance et d' admiration qu’ avec ses enfants. Marie le lui rendra puisque devenue héritière de Liszt à la mort de sa mère , la princesse Carolyne, elle accordera 70000 marks pour créer une fondation Liszt et léguera tous les souvenirs de Liszt au musée de Weimar. Il a su aussi être affectueux et admiratif des 4 jeunes garçons de la comtesse Olga Meyendorff, sa dame de compagnie à Weimar à partir des années 1870. Une quinzaine d'années plus tôt il l'avait été aussi avec ceux d'Agnès Street-Klindworth. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Bory Robert , Liszt et ses enfants, d'après une correspondance inédite avec la Princesse Marie Sayn-Wittgenstein, Edition Correa 1936 Lettres de Franz Liszt à la Princesse Marie de Hohenlohe-SchillingsFürst née de Sayn-Wittgenstein , a nnoté par Pauline Pocknell, Malou Haine et Nicolas Dufetel. Edition Vrin Paris 2010 Collection Musicologie Sa famille plus éloignée Liszt avait une famille nombreuse, son grand-père paternel Georges eut 25 enfants! Le seul membre de cette famille avec qui il a entretenu une relation vraiment intime fut son oncle/ cousin, Edouard Liszt (1817-1879) bon musicien mais surtout un brillant avocat qui s’ occupa avec un total dévouement pendant plus de 30 ans des affaires de Liszt. Quand ce dernier fut élevé au rang de chevalier Franz Ritter von Liszt, Franz Liszt transféra cette distinction à Édouard, Daniel étant décédé. Daniel, Anna, Blandine, Cosima et la gouvernante Blandine Liszt, épouse Ollivier Cosima Liszt, épouse Wagner Daniel Liszt à 15 ans lors de son séjour à Weimar (médaille) Hans von Bulow, 1830-1894 premier mari de Cosima Liszt Henri Lehmann, peintre 1814-1882 Emile Ollivier 1825-1913 Homme politique Retour à Liszt intime Cliquez ici
- Parents | Lola
Les parents de Franz Liszt Son père : Adam Liszt (1776-1827) "En toi je veux me rajeunir et me continuer" Son père, Adam Liszt (1776-1827), était un musicien passionné et doué. Il joua dans l’orchestre des Esterházy comme violoncelliste, jusqu’à être nommé, à son grand malheur, intendant comptable de l’immense cheptel ovin du prince Nicolas II Esterházy, fonction qu’il quittera plus tard pour se dévouer à la promotion de son fils Franz. Très tôt, il sut reconnaître les dons exceptionnels de ce fils unique et l’emmena à Vienne pour lui faire suivre des cours avec Carl Czerny, qui avait été l’élève de Beethoven. Il engagea son fils le petit Franz dans sa première tournée européenne en 1823. C’est au retour de sa troisième tournée en Angleterre, et après avoir sillonné toute la France, qu’Adam Liszt, très fatigué — et que dire du petit Franz — souhaita se reposer à Boulogne-sur-Mer, où il mourut de la typhoïde, laissant son fils seul à quinze ans et demi. C’est la famille Érard, facteurs de pianos et « sponsors » de Liszt, qui se chargea de l’inhumation. Des similitudes existaient entre le père et le fils : deux musiciens attirés par la vie monastique. Comme son père, Franz deviendra franciscain. Mais autant Liszt apprécia sa mère et le fit savoir, autant il resta silencieux à propos de son père : jamais il n’ira se recueillir sur sa tombe à Boulogne. On peut penser que Liszt se sentait exploité par son père, comme Amadeus Mozart le fut, et que cette pression paternelle a dû lui paraître parfois insupportable. Voici ce qu’Adam Liszt écrivit dans son journal : « Mon fils, tu es élu par le destin ! Tu réaliseras cet idéal artistique qui a en vain enchanté ma jeunesse. Tu accompliras ce que j’avais espéré pour moi. Mon génie, né en moi à un moment inopportun, sera fécondé par toi. En toi, je veux me rajeunir et me continuer. » Orphelin à près de seize ans, Franz fit venir sa mère du village de Raiding, alors situé dans l’Empire austro-hongrois, et assuma seul, toute sa vie, l’entretien de cette mère qu’il aimait tant. Sa mère : Anna Lager (1784-1866) "I l n'y a qu'elle au monde que je puis aimer pleinement " Sa mère, Anna Lager (1784-1866), issue d’une famille de paysans et orpheline très jeune, dut assurer sa subsistance en devenant femme de chambre à Vienne. La fréquentation des familles aisées chez lesquelles elle travaillait contribua à lui donner une certaine éducation. Fervente catholique, c’était une mère affectueuse, dévouée et intelligente, dotée de belles qualités morales. Sa mère, que Franz fit venir à Paris, éleva avec beaucoup d’amour les trois enfants qu’il eut avec Marie d’Agoult, dans le respect et la vénération de leur père, son fils. Liszt l’a profondément aimée : « Je remercie ma mère avec vénération et tendresse de ses constants témoignages de bonté et d’amour. Dans ma jeunesse, on disait de moi que j’étais un bon fils ; il n’y avait aucun mérite à cela, car comment ne pas être un bon fils avec une mère aussi exemplairement dévouée ? » Elle admirait son fils et se tenait à ses ordres, celui-ci jouant le rôle de pater familias, unique source financière. Elle obéit parfois en pleurant, n’ayant jamais réussi à faire fléchir son fils sur les décisions intransigeantes, voire cruelles, qu’il prenait concernant ses enfants lorsqu’il voulut les soustraire à l’influence de leur mère, Marie d’Agoult : « Les enfants portent tous trois mon nom et j’ai sur eux un droit absolu. » Elle resta à Paris jusqu’à la fin de ses jours. Sa petite-fille aînée, Blandine, s’en occupa, puis, après le décès de cette dernière en 1862, ce fut son mari, Émile Ollivier, gendre de Liszt, qui, rue Saint-Guillaume à Paris, prit soin de sa belle-mère jusqu’à ses derniers jours et l’inhuma au cimetière du Montparnasse. Langue, culture et religion Père et mère ne parlaient qu’allemand, pas hongrois. À Raiding, à la frontière austro-hongroise, c’était l’allemand qui était pratiqué. Pourtant, tous deux se sont toujours sentis profondément hongrois, de culture magyare. Comme ses parents, Liszt ne parlait pas le hongrois, mais n’a cessé de se référer à la Hongrie comme étant son pays, même s’il vécut longtemps en France, en Allemagne et en Italie, pays dont il maîtrisait les langues. Tous deux profondément religieux et catholiques, ils n’ont pas manqué d’influencer leur fils en ce sens. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Correspondance de Liszt et sa mère par Klara Hamburger ; Franz Liszt : Briefwechsel mit seiner Mutter (Eisenstadt 2000) Adam Liszt 1776-1827 Anna Lager (1784-1866) Retour à Liszt intime Cliquez ici
- Caractère | Lola
Liszt intime : son caractère "La contradiction est le signe de la vie, seuls les morts sont cohérents" George Sand Liszt a toujours été un personnage plein de paradoxes et de contradictions, comme en témoigne son caractère qui n’a pas échappé à cette dualité. Gentilhomme et Jupiter fulminator Homme doux, poli, très diplomate. Diplomate, le métier qu’il aurait aimé exercer s’il n’avait pas été musicien. Galant homme, intelligent, érudit, civil, il sut s’entendre avec tous, des plus modestes aux têtes couronnées. Ouvert et tolérant, toutes les cultures l’intéressaient. Il incarnait l’essence du christianisme, avait toujours tendance à pardonner et à tendre l’autre joue lorsqu’il était attaqué. Pourtant, il savait se défendre, avait du répondant et pouvait même être tyrannique avec ses proches lorsqu’il voulait imposer ses volontés. Parfois, l’alcool aidant, il s’emportait, devenait cassant et coléreux. Ses élèves comme ses proches ont pu souffrir de ses emportements et de son caractère à tendance cyclothymique. Il devenait selon August Stradal, l'un de ses amis un Jupiter tonnant. Généreux mais regardant Sa générosité est proverbiale. En savoir plus Liszt l'humaniste, l'humanitaire Peu de musiciens ont donné autant que lui, aidé autant les plus démunis, jusqu’à ses collègues pourtant concurrents, dont certains n' ont jamais hésité à le stigmatiser ou à le trahir, comme Joachim, Berlioz ou Wagner. Voir le chapitre Aimez-vous Liszt ? Mais il pouvait être aussi regardant, voire parcimonieux, notamment à l’égard de ses enfants, à qui il ne cessait de donner des leçons d’économie, tout en étant permissif et dépensier pour lui-même, surtout durant sa Glanzperiode, où il aimait offrir des banquets, faire la fête et mener grand train. Plus tard, à Weimar, lorsqu’il eut cessé ses activités de virtuose gagnant des fortunes, Carolyne Sayn-Wittgenstein, voyant leur fortune fondre au soleil et craignant de finir sa vie dans l’indigence à la charge de l’Église, se chargera de le remettre sur le chemin de moindres dépenses. Plus il vieillira, plus il deviendra attentif à ses comptes, au point que la princesse Marie disait qu’il avait, dans ce domaine, une âme de fonctionnaire. Il savait à qui il avait donné et combien. N’a-t-on pas retrouvé à Weimar ses cahiers de comptes où il notait toutes ses dépenses, notamment le prix des messes qu’il faisait dire pour le salut de son âme ? Cela ne l’empêcha pas de pratiquer l’aumône, dans la limite de ce qu’il possédait, jusqu’à la fin de ses jours, sans mourir dans la misère. Un faux fainéant Liszt était un bourreau de travail bien que sa seconde compagne la Princesse Carolyne le surnommait Fainéant . Un dysphémisme ou simplement un "antimot" ironique comme le surnom de Crétin que Marie d' Agoult lui avait donné. Pour Caroline, c’ était sans doute une manœuvre pour le ramener sans cesse à la composition ce qui lui permettait de le garder auprès d’ elle et l’ éloigner du harcèlement de ses admiratrices. N’ a t elle pas écrit plusieurs fois qu'elle devait l’ obliger à travailler, pour elle synonyme de composer. Liszt à toujours été un boulimique de savoir, un dévoreur de toute connaissance. Chacun connaît cette célèbre phrase où il explique qu’ il travaille comme un damné, intégrant Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron , Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber et qu’ il espère ne pas devenir fou. On peut aussi citer cette phrase écrite à son fils Daniel « ce n’ est qu’ au prix d’ un travail constant et d’ efforts continus qu’ il est permis à l' homme d’ acquérir sa liberté, sa moralité, sa valeur et sa grandeur par l’ anoblissement progressif de ses facultés et de sa nature. » Il se levait très tôt, pour prier ou aller à la messe et se couchait tard . Son seul loisir futile était le whist, jeu de cartes qu’ il appréciait beaucoup. Le travail qu’ il fit à Weimar de 1848 à 1861 sous le surnom de fainéant donné par Carolyne impressionne tous ceux qui y ont étudié son parcours. Liszt tel le nouveau Goethe d’ une Athènes renouvelée avait réussi à redonner à Weimar son lustre passé. En tant que Kapellmeister au service de Charles Alexandre duc de Saxe, Weimar, Eisenach, Liszt empila les responsabilités, administrateur, metteur en scène pour pas moins de 44 opéras avec peu de moyens, chef d’ orchestre, pédagogue , écrivain, pianiste et surtout compositeur de quelques unes de ses plus belles œuvres. N’ oublions pas qu’ il laisse plus de 700 œuvres, se positionnant comme l' un des compositeurs les plus prolifiques avec Mozart et Bach. Dans une lettre de 1855, Richard Wagner lui écrit: "Lorsque je considère votre activité de ces dernières années vous me paraissez surhumain". Pour en savoir plus : L'hyper activité de Liszt à l'Altenburg à Weimar Simple et mondain Il aimait les plaisirs simples, comme les déjeuners sur l’ herbe entouré de ses élèves à consommer force saucisses grillées et plats populaires qu’ il appréciait. Son repos le soir était quand il le pouvait de jouer tout simplement au whist. C’ était un extraverti. Il avait des contacts avec de simples personnes qu’ il essayait d’ aider mais il recherchait aussi les mondanités, et ne méprisait ni la bonne chair ni l’ habitat luxueux. Il ne méprisait personne, savait s'adapter à tous les milieux d'autant que " Liszt était un personnage légendaire déjà de son vivant, son nom aussi connu dans la cabane qu'au château agissait sur les populaces comme une étincelle électrique. Riches et pauvres étaient sous le charme de ce magnétisme contagieux". Janka Wohl Modeste et orgueilleux, syndrome de l’ imposteur ? "La lumière évangélique m’ enseigne en même temps que nous sommes tous des serviteurs inutiles ! Imaginer que Dieu ait besoin de nos phrases en littérature, en musique ou ailleurs , me semble sot et blasphématoire. " Franz Liszt Liszt compositeur et écrivain, ne cessa de s’ autocritiquer, de se sous évaluer, ce sentiment d’ infériorité s’ amplifia avec l’ âge. Liszt « complexé » a t il été victime du syndrome de l’ imposteur ? Bien entendu, le syndrome de l'imposteur est un concept psychologique moderne forgé au XXe siècle et il serait hasardeux d'établir un diagnostic rétrospectif. Il ne s'agit donc pas d'affirmer que Liszt souffrait de ce trouble au sens clinique du terme, mais de s'interroger sur les similitudes troublantes entre certains traits de sa personnalité et les manifestations que l'on associe aujourd'hui à ce syndrome : doute chronique de sa propre valeur, tendance à minimiser ses réussites, peur de ne pas être à la hauteur de ses ambitions et besoin constant de validation extérieure. L'hypothèse mérite d'autant plus d'être examinée que ces manifestations semblent coexister chez Liszt avec une conscience aiguë de sa mission artistique et de son rôle dans l'histoire de la musique, paradoxe que l'on retrouve fréquemment chez les personnalités décrites aujourd'hui comme souffrant du syndrome de l'imposteur Il écrivait à Cosima en 1878: « Toi, chère Cosima, tu sais très bien que c’ est faux de m’ avoir accusé de vanité: quand j’ ai commencé à composer des œuvres faibles, j’ ai pêché beaucoup plus par une modestie exagérée, et maintenant encore davantage, plus elles m' apparaissent insuffisantes » Il n’ a cessé de tenir ce discours, ainsi à Carolyne, un an avant sa mort en juin 1885: « Sans compter les grands maîtres, tels que Palestrina, Lassus, Bach, Mozart, Beethoven- je me reconnais très inférieur à leurs successeurs, Weber, Meyerbeer, Schubert, Chopin, etc…et m’ incline profondément devant l’ immense génie du double aigle, Wagner, Wort und Tondichter, poète des mots et des sons, comme l’ intitulait le Roi Louis de Bavière » une autocritique que l’ on retrouve rarement chez les autres compositeurs du 19 -ème. Autre témoignage de cette infériorisation : «Croyez moi, mon cher ami, je donnerais volontiers tout ce déchaînement d’ enthousiasme si je pouvais produire une seule fois une véritable œuvre créatrice. » écrit-il à Kurd von Schlözer, diplomate prussien. De tels jugements sont aussi légions quand il se met à juger ses talents d’ écrivain : « Je souffre parfois amèrement de ne pouvoir manier la parole comme je manie les touches de mon clavier ». Christiane Bourrel dans son livre Franz Liszt épistolier écrit que le « je ne sais pas écrire » est un leitmotiv de la correspondance lisztienne . Fausse modestie ? Les exemples sont trop récurrents pour ne pas être sincères. Contrairement à d’ autres compositeurs de ses amis, comme Berlioz et Wagner, il n’ a pas voulu se glorifier au travers d’ une biographie. C’ est Lina Ramann qui a initié une biographie sous la houlette de Carolyne pour laquelle Liszt n’ a pas été très participatif: « Dès qu’ elle l’ eut commencée, je lui dis que je n’ attachais aucune importance à ma biographie . Je n’ ai que trop vécu […] Si elle m’ avait écouté, son volume se serait borné à l’ analyse musicale et esthétique de mes œuvres fort défectueuses sans doute. » Liszt en concert ne jouait que rarement ses compositions même ses grandes œuvres mais il jouait celles des autres, des transcriptions d’ opéra , des œuvres de ceux qu’ il appréciait comme Beethoven, Schubert, Chopin ou plus simplement des œuvres faciles et pas forcément d’ un grand niveau que lui réclamait le public. Alors pourquoi dire que Liszt était un orgueilleux avec un fort ego ? Après tout dans le domaine de la présomption, de l’ estime de soi, il était loin d'en égaler beaucoup d’ autres à commencer par celui qu’ il a tant vénéré, Wagner. Liszt a t il été victime du syndrome de l’ imposteur que l’ on retrouve chez les personnes d’ origine modeste ayant connu une belle ascension sociale mais qui continuent à souffrir de la modestie de leur origine et qui n’ ont pas confiance en eux? Le 19 -ème était une société de classe très élitiste , méprisante à l’ égard des artistes considérés comme subalternes et Liszt n’ a cessé de subir ce mépris de classe tant dans son métier que dans ses amours. Le comte de St Cricq qui l’ a mis à la porte , lui le musicastre indigne de sa fille bien née , plus tard le mépris vengeur de la comtesse d' Agoult qui le traita de don Juan parvenu. L’ impossibilité de se marier avec la princesse Carolyne dont la famille n’ acceptait pas l' alliance avec un musicien sans titre. Il a tellement souffert d’ être ce « sans particule » qu’ il a essayé de s’anoblir avant de laisser tomber le projet non sans avoir obtenu le « von » et le titre de « Ritter » qu’il concédera à son oncle Edward Liszt. Cette discrimination sociale généra chez lui un sentiment d’ infériorité, un doute de soi permanent accompagné de la crainte de l’ échec. « Faites donc quelque chose de moi ou quelqu’un de moi » dit il très tôt en 1836 à Marie d'Agoult et encore un peu plus tard alors qu'il était en plein succès de sa Glanzperiode : « N’ étant personne, il faut que je devienne quelqu’un ». Cette hypothèse sociale est d'autant plus séduisante que Liszt constitue un cas relativement singulier parmi les grands compositeurs du XIXe siècle. Fils d'un intendant de domaine, étranger dans la société française, sans titre de noblesse à une époque où l'aristocratie conserve un immense prestige social, il fréquente des milieux auxquels il n'appartient pas naturellement. Les humiliations ou les refus qu'il subit à différentes étapes de sa vie ont pu nourrir durablement un sentiment d'illégitimité. Toutefois, il convient sans doute de ne pas réduire ce doute chronique à sa seule origine sociale. Une autre explication réside dans l'exigence artistique hors norme que Liszt s'impose à lui-même. Lorsqu'il juge ses œuvres, il ne se compare pas aux compositeurs ordinaires de son temps mais à Bach, Mozart, Beethoven ou Wagner. Un artiste qui prend Beethoven comme étalon est presque condamné à l'insatisfaction permanente. Il faut également tenir compte de sa spiritualité. Chez le Liszt de la maturité, puis du vieil âge, l'humilité chrétienne devient une valeur fondamentale. Une partie de son autodépréciation n'est peut-être pas seulement psychologique ; elle relève aussi d'une attitude spirituelle profondément intériorisée. Enfin, Liszt a probablement souffert d'un décalage entre la reconnaissance que lui valait son génie pianistique et l'ambition profonde qui était la sienne : être reconnu avant tout comme compositeur. Derrière certaines de ses déclarations les plus sévères, il y a moins le sentiment d'être un imposteur que la frustration de ne pas être jugé pour ce qu'il considérait comme l'essentiel de son œuvre. Ceux qui souffrent de ce syndrome compensent souvent par un travail acharné, déploient charme, séduction et qualités de diplomate leur permettant d’ éviter les remises en cause liées à leur succès. Ils ne sont pas eux-mêmes et semblent porter un masque. Reproche qui a souvent été fait à Liszt. Ainsi Cornelius que Liszt a pourtant tant aidé dira ingratement: « Avec Liszt, on est toujours désagréablement conscient du masque qu’ il porte pour le monde. Ce qu’ il veut pourtant c’ est lui, lui et encore lui » . On peut citer aussi Joseph Joachim, le violoniste qui en raison du masque que portait Liszt préférait le caractère plus rugueux de Wagner . Il faut rester à la surface, rester bien visible, ne pas sombrer en rappelant, en externalisant sa réussite, l’ autre face de ce syndrome. Corollaire ,« L’ activité du génie , même celle de la bonté, n’ existerait pas sans l’ estime tacite ou implicite que l’ on a de soi même. » écrit Liszt avec clairvoyance. Voici quelques exemples parmi les plus couramment cités de ce que l’ on peut considérer comme son estime de soi, voire de sa vanité : il mène très tôt un combat en faveur des artistes, intercesseurs entre le peuple et Dieu, dans son œuvre De la situation des artistes et de leur condition dans la société Il y revendique un meilleur statut pour les musiciens et veut à juste raison leur redonner de véritables lettres de noblesse, celles du génie et non pas celles de la naissance. Génie oblige. -Liszt détestait que l’ on fasse appel à lui comme à un serviteur et aimait décider de lui même s’ il voulait jouer ou pas « Personne au monde, les têtes couronnées exceptées, n’ a le droit de me faire chercher comme on fait chercher un valet de place, » -Chaque pianiste a dans sa tête la célèbre citation de Liszt inventeur du récital de piano moderne: « J’ ai osé donner une série de concerts à moi tout seul, tranchant du Louis XIV, et disant cavalièrement au public “ le concert c’ est moi “. » -Du temps de sa période de pianiste virtuose, il était très fier de ses succès et en parlait avec beaucoup de fierté. «Vous vous nourrissez orgueilleusement de la conscience de votre grandeur » lui reprochera Marie d’ Agoult en 1840 alors qu’ il connaissait ses plus grands succès d’ estrade qui le désenchanteront. Il ne voudra plus être cet amuseur public et voudra s’ affranchir des goûts d’ un public ignare en musique. Il veut s’ élever, pour lui c’ est devenir compositeur. -Même Carolyne qui l’ a fréquenté une quarantaine d'années, plus clémente et compréhensive que ne le fut Marie en fera à Émile Ollivier en 1877 un extraordinaire portrait dans lequel elle le compare au Pape Pie IX en insistant sur leur ego et leur désir d’ être flatté. « Jamais je ne vis deux hommes se ressembler autant, par leurs âmes comme Pie IX et Franz Liszt. L’ un et l’ autre sont accusés de vanité parce qu' ils ont un même et intéressant besoin d’ échos et de reflets. Ils ne peuvent vivre sans se voir multipliés à l’ infini dans les esprits contemporains.[…] Et tous deux aiment ceux qu’ ils ont charmés. […] Une accessibilité naïve à la flatterie, une possibilité d’ être dupe des plus grossières impostures… » - son goût pour la publicité, Liszt toujours novateur fut un précurseur du marketing de son image ce qui choquait beaucoup à l’ époque. -Enfin on peut rappeler son envie de se faire anoblir et son goût pour les honneurs et les décorations qu’ il recherchait et dont il aimait se parer. Conclusion Peut-être faut-il finalement renoncer à enfermer Liszt dans une catégorie psychologique unique ? Il apparaît plutôt comme une personnalité profondément paradoxale, capable d'une extrême humilité lorsqu'il jugeait ses œuvres et d'une grande assurance lorsqu'il défendait sa mission artistique. Il doutait de son génie tout en se sentant investi d'un destin exceptionnel. Cette tension permanente entre sentiment d'insuffisance et conscience de sa valeur constitue sans doute l'une des clés les plus fécondes pour comprendre l'homme autant que l'artiste. Liszt était un homme de contrastes : profondément généreux mais sensible aux honneurs, d'une humilité sincère mais doté d'un ego puissant, avide de solitude spirituelle mais ayant un besoin évident d'affection et de reconnaissance. La dévotion dont il faisait l'objet, particulièrement de la part des femmes qui l'entouraient, fut sans doute pour lui un réconfort face aux doutes qui l'habitaient et aux critiques souvent violentes suscitées par la modernité de son langage musical. Ainsi, plus qu'un simple « syndrome de l'imposteur », Liszt semble avoir vécu toute sa vie dans l'écart douloureux entre l'idéal immense qu'il se fixait et ce qu'il estimait avoir réellement accompli. Cette insatisfaction permanente fut peut-être moins une faiblesse qu'un moteur créateur. Elle explique en partie pourquoi celui qui fut célébré comme le plus grand pianiste de son temps continua jusqu'à la fin de ses jours à se considérer comme un compositeur imparfait, toujours en devenir. Il reste cependant en partie responsable de l'image qui s'est imposée. À force de répéter qu'il était inférieur à ses contemporains, à force de minimiser son apport et de souligner les prétendues insuffisances de ses œuvres, il a contribué malgré lui à nourrir le discours de ses détracteurs. La répétition d'un même message finit souvent par façonner durablement les représentations. En martelant son propre procès, il a participé involontairement à la dépréciation de son image de compositeur. C'est peut-être là l'un des paradoxes les plus émouvants de sa personnalité : celui qui consacra sa vie à promouvoir la musique des autres et à révéler leur génie ne parvint jamais tout à fait à reconnaître le sien. Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Franz Liszt Toutes les correspondances Alan Walker "Franz Liszt" Editions Fayard 1989/98 Wohl, Janka, François Liszt. Souvenirs d’une compatriote, rééd. Forgotten Books, 2018 ; éd. originale, Paris, Paul Ollendorff. Schorn, Adelheid von, Franz Liszt et la princesse de Sayn-Wittgenstein. Souvenirs intimes et correspondance, Paris, Dujarric, 1904. Fay, Amy, Lettres intimes d’une musicienne américaine, préface de Vincent d’Indy, Paris, Dujarric, 1907.Également disponible dans les collections numérisées de la BnF/Gallica. Newman, Ernest, The Man Liszt, New York, Taplinger Publishing Company, 1970. Siloti, Alexandre, My Memories of Liszt, publié par Methven Simpson, Edimbourg, Royaume-Uni, 1919 Retour à Liszt intime Cliquez ici
- Période romano-vaticane (1862-1868) | Lola
PERIODE ROMANO VATICANE, LE FRANCISCAIN 1862 - 1868 Voici donc Liszt à Rome. Tout est prévu pour le mariage qui doit avoir lieu le 21 octobre 1861, le jour anniversaire de ses cinquante ans : l’église est fleurie, les futurs mariés se sont confessés et passent la soirée ensemble au domicile de Carolyne. Et là se produit un évènement digne des feuilletons à rebondissements, lorsque paraît un messager en noir porteur de mauvaises nouvelles. Effectivement, à une heure avancée de la soirée, on frappe à la porte : c’est effectivement un homme en noir, un prêtre envoyé par le Vatican, qui remet un pli à la princesse. Elle l’ouvre : coup de théâtre ! Le pape demande le report de la cérémonie pour se donner le temps de réexaminer l’ensemble du dossier. Il semble que des intrigues de dernière minute aient eu raison de la ténacité de Carolyne. En tout cas, pour elle, c’est un signe que Dieu ne veut pas de ce mariage, et elle renonce définitivement. Même la mort du prince en 1864, qui lui rend sa liberté, ne la fera pas changer d’avis. Désormais elle et Liszt ne vivront plus ensemble, tout en continuant à entretenir des relations, mais seulement amicales. Il est à noter que le prince, de confession protestante, n’avait pas eu de scrupules à demander le divorce et à se remarier ! Carolyne se réfugiera dans l’écriture et publiera une somme d’une vingtaine de volumes intitulée « Des causes externes de la faiblesse interne de l’Église ». Liszt traversera alors une période difficile : il se retire dans un monastère, seul, désemparé. Il sera très affecté par la mort de sa fille Blandine, et par la liaison qu’entretient son autre fille Cosima avec Richard Wagner, qu’elle épousera finalement après avoir divorcé de Hans von Bulöw. Et, en 1865, l’Europe entière sera stupéfaite : Liszt est entré dans les ordres ! En fait, il reçoit les ordres mineurs de l’Église catholique : il n’est pas prêtre, il ne peut pas recevoir la confession ni dire la messe. Mais il porte le titre d’Abbé Liszt et porte la soutane. Voulait-il aller plus loin jusqu’à la prêtrise ? On ne sait pas exactement. D’une part il avait entrepris des études de latin et de théologie, d’autre part il avait déclaré se satisfaire de sa position. On s’est beaucoup interrogé sur les raisons de cet acte. Certains ont prétendu qu’il était las de la princesse et qu’il voulait mettre une barrière irréversible entre eux ; mais il n’avait pas fait vœu de célibat. D’autres ont avancé qu’on lui avait fait comprendre que s’il voulait se consacrer au renouvellement de la musique religieuse, il fallait qu’il « fasse partie de la maison » . Mais peut-être tout simplement obéissait-il à une ancienne vocation puisqu’il avait à deux reprises voulu se faire prêtre dans sa jeunesse et qu’il n’avait cessé de composer de la musique religieuse. Liszt entre donc dans sa nouvelle vie de musicien religieux. Il se lie avec le pape Pie IX, et compose de grandes œuvres : Christus, un oratorio sur la vie du Christ, la Légende de Sainte Elisabeth, des Psaumes, et, pour le piano, deux Légendes, Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux et Saint François de Paule marchant sur les flots. Mais, à partir de la fin de ces années 1860, Liszt recommence à avoir des difficultés professionnelles, il est en butte à l'hostilité du Vatican malgré l'amitié du Pape Pie IX. Paul Hubert des Mesnards Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières Le Pape Pie IX il reçoit les ordres mineurs de l’Église catholique Retour à biographie Cliquez ici
- Grandes compagnes | Lola
Ses grandes compagnes "L’amour, couple enlacé, triste et toujours brûlant, Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ". Extrait du poème de Victor Hugo, Après une lecture de Dante, dont Liszt s’est inspiré pour sa Sonate quasi una fantasia éponyme. Ces deux vers résument son vécu de l’amour : une attraction fatale, mais surtout une source de souffrance. N’a-t-il pas écrit aussi : « Les deux plaies de ma vie, la musique et l’amour » ? Les deux principales femmes de sa vie, exceptionnelles, d’une grande intelligence et très érudites, quitteront tout — famille, honneur et fortune — pour suivre Franz Liszt, dont elles resteront amoureuses jusqu’à la fin de leurs jours. La comtesse Marie d’Agoult (1805-1876) Marie Catherine Sophie de Flavigny, comtesse d’Agoult (1805-1876) fut la compagne de Franz Liszt de 1834 à 1844. Salonnière, écrivaine, femme de lettres brillante et cultivée, elle publia sous le nom de Daniel Stern une remarquable Histoire de la Révolution de 1848. Elle quitta tout pour être la compagne de Liszt, dont elle eut trois enfants. Aristocrate aux idées républicaines, elle fut déchirée par les contradictions de son siècle. Sa relation avec Liszt se termina mal : ne supportant plus sa vie itinérante de concertiste et ses aventures supposées auprès des femmes, elle le quitta et publia, en 1846, un roman à charge pour se venger de lui, Nélida. Elle resta néanmoins amoureuse de Liszt jusqu’à la fin de ses jours. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : -Correspondances Franz Liszt Marie d'Agoult, annotées par Serge Gut et Jacqueline Bellas, Editions Fayard (2001) -Mémoires de la Comtesse d'Agoult (1833-1854) Introduction de Daniel Ollivier, Calmann-Levy (édition de 1927) -Marie d'Agoult, le grand amour de Liszt par Charles Dupêchez aux éditions Perrin La princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein (1819-1887) Jeanne Élisabeth Carolyne de Sayn-Wittgenstein , princesse russo-polonaise née Iwanowska (1819-1887), quitta elle aussi tout — son mari, le prince Konstantin zu Sayn-Wittgenstein, et son immense fortune issue de sa famille — pour être la compagne de Franz Liszt et aller vivre modestement à Weimar à partir de 1847, dans l’espoir d'obtenir une séparation et de l’épouser. Elle le vénérait littéralement. En 1859, elle partit pour Rome et continua à entretenir une relation plus décousue, mais réelle et toujours passionnée, avec le musicien jusqu’à sa mort, en 1886. Elle ne lui survécut que de huit mois. Catholique fervente, intellectuelle brillante et femme de lettres, elle se consacra à Rome à d’impressionnantes études théologiques. Elle publia en 1877 son œuvre principale en vingt-quatre volumes, intitulée Des causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’Église, qui fut mise à l’Index. Toute sa vie durant, elle fut le soutien le plus indéfectible et le plus sincère du compositeur, son grand amour. Une suite de circonstances et d’événements fit qu’elle ne put jamais réaliser son rêve : l’épouser. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : -Lettres de Franz Liszt à la Princess Carolyne Sayn-Wittgenstein, La Mara Leipzig 1900 réédité par Classic Reprint Series, Forgotten Books -Correspondance, Emile Ollivier et Caroline de Sayn-Wittgenstein (1858-1887) édité par Anne Troisier de Diaz (Editions PUF) La baronne Olga von Meyendorff (1838-1926) Un cas particulier Elle ne fut pas une « grande compagne », mais elle eut un rôle particulier dans la vie du compositeur, suffisant pour être mentionnée à ce niveau. Carolyne ayant quitté Liszt pour s’établir à Rome, Liszt poursuit sa vie trifurquée entre Budapest, Rome et surtout Weimar, où l’archiduc Charles Alexandre a mis à sa disposition une demeure, la Hofgärtnerei, dans le joli parc de l’Ilm. Liszt pédagogue y vient chaque année passer quelques mois, notamment pour ses master class. Malgré ses nombreux élèves, il se sent seul et a besoin d’une présence féminine pour l’accompagner dans ses sorties, converser, partager sa foi et ses goûts musicaux. Ce rôle sera tenu par la baronne Olga von Meyendorff, née princesse, à partir des années 1870 jusqu’à ses derniers jours, à chaque fois que Liszt séjournera à Weimar. C’est une jeune veuve avec quatre jeunes garçons dont elle assure elle-même l’éducation. Elle est d’une grande culture, croyante, bonne pianiste, dotée d’une forte personnalité, autoritaire et très indépendante. En dehors des visites réciproques, ils semblent n’avoir jamais habité ensemble de façon permanente. Comme la princesse Carolyne, la baronne finira ses vieux jours à Rome. Relation intellectuelle, amicale et, encore une fois, chrétienne. Aucune preuve qu’elle ait été charnelle, même si une lettre de la baronne, qui nous est parvenue, la montre en élève amoureuse souffrant de l’indifférence de Liszt. Le sentiment de Liszt a-t-il évolué ensuite ? Nous n’en savons rien. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : The letters of Franz Liszt to Olga von Meyendorff 1871-1886 annoté par Edward N. Waters, Dumbarton Oaks, Washington 1979 Pour plus de détails sur ces trois portraits, voir le chapitre « Liszt et les femmes » Cliquez ici La princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein et sa fille Marie vers 1840 La comtesse Marie d’Agoult, née de Flavigny portrait de Henri Lehmann 1843 Souvent confondu avec celui de Louise de Broglie, comtesse d'Haussonville, portrait de Jean-Auguste-Dominique Ingres en 1845 (voir ci-dessous) Olga von Meyendorff et son fils Alexandre 1872 Louise de Broglie, c omtesse d'Haussonville, Le tropisme de Franz Liszt ; les femmes nobles mariées avec enfants Marie d'Agoult et sa fille Claire Par J.D.A Ingres 1849 Retour à Liszt intime Cliquez ici
- Maître de chapelle à Weimar (1848-1861) | Lola
LE KAPELLMEISTER A WEIMAR 1848 - 1861 Qui était donc cette princesse Carolyne ? C’était la fille d’un richissime propriétaire terrien polonais, Peter Iwanowski, qui lui avait légué d’immenses domaines en Ukraine. Il fallait trois jours pour les parcourir à cheval, et 30 000 serfs y vivaient. Elle tenait également de son père un caractère énergique et une passion pour la littérature et les arts (sa bibliothèque était somptueuse) ; elle avait aussi une inclination pour la religion qui tenait presque du fanatisme. Elle avait été mariée à un prince russe, le prince Sayn Wittgenstein, dont elle avait eu une fille, la princesse Marie, mais elle vivait séparée une vie très indépendante. Liszt semble revivre un scénario analogue à celui qu’il avait vécu quinze ans auparavant avec Marie d’Agoult. Toutefois il y a une différence sur laquelle les biographes ont attiré l’attention : si Marie était une beauté, il n’en était pas de même pour Carolyne. Elle n’a pas été épargnée par les biographes de Liszt, traitée de « laideron », de « créature jaunâtre aux yeux exorbités » ! Même la mère de Liszt s’en était émue, et il lui avait répondu : « On dit que la princesse n’est pas belle. C’est faux, elle est belle de cette beauté que donne une âme noble ». On s’est beaucoup interrogé sur cette fascination qu’éprouvait Liszt pour les femmes aristocrates et intellectuelles. On a pu y voir une revanche sur l’humiliation sociale qu’il avait vécue lors de l’épisode de Caroline de Saint-Cricq, et sur le fait qu’il n’avait pas fait d’études, étant ainsi autodidacte sur le plan culturel. Liszt va donc arrêter sa carrière de virtuose et se fixer à Weimar, appelé par le Grand-Duc Charles-Alexandre comme Kapellmeister, c’est-à-dire chef d’orchestre. Celui-ci, entraîné par sa mère, la Grande-Duchesse Maria-Pavlovna, voulait redonner à cette petite ville de 13 000 habitants le rayonnement culturel qu’elle avait eu à l’époque de Goethe et de Schiller, et avait déjà commencé à nouer des contacts avec Liszt quelque temps auparavant. Pendant ce temps, Carolyne vend ses domaines et part le rejoindre. Ce ne sera pas facile, car en 1848, l’Europe s’embrase et la Russie ferme ses frontières ; il s’en faudra de peu qu’elle ne puisse pas sortir du pays. À Weimar, Liszt se consacre à trois activités. En premier, la composition. En ce qui concerne la musique pour piano, il est en pleine maturité. Il en profite pour donner les versions définitives de nombre d’œuvres antérieures, et en plus il compose des chefs-d’œuvre. Il renouvelle le genre de la sonate pour piano en en composant une seule qui est un monument. Et puis il compose de la musique d’orchestre. Il est l’inventeur du genre du Poème Symphonique, qui scelle l’alliance de la musique et de la poésie, réalisant ainsi le deuxième but de son programme : « Faire de la musique l’égale de la poésie » . Cette musique pour orchestre de Liszt est peu jouée ; le seul poème symphonique qu’on entend est Les Préludes, d’après Lamartine. Il faut dire que cette musique pose d’énormes problèmes d’interprétation et il en faut peu pour tomber dans l’emphase et le style « pompier ». Il compose également de la musique religieuse ainsi que des lieder. Sa deuxième activité est celle de Kapellmeister. Il découvre la direction d’orchestre et réalise des créations mondiales d’œuvres symphoniques et d’opéras de Wagner, Berlioz, Schubert, Verdi, Schumann, Mendelssohn, sans compter le répertoire avec Haydn, Mozart, Beethoven. Il dépense une énergie inlassable pour promouvoir la musique « moderne ». Enfin il se consacre à l’enseignement. Il a inventé ce que l’on appelle aujourd’hui la « master class », le cours collectif public. On lui a compté plus de 400 élèves, dont presque tous les grands pianistes de son temps. Pour autant il n’a pas créé une « école », car il ne voulait pas influencer les élèves ; il voulait qu’ils exploitent leur propre personnalité. On peut cependant identifier des filiations : il a formé Alexandre Siloti qui a formé Serge Rachmaninov, Martin Krause qui a formé Claudio Arrau. Ajoutons que son enseignement était entièrement gratuit. Et pendant ce temps, que faisait la princesse Carolyne ? Elle n’avait pas une vie facile. Sa situation irrégulière avec Liszt faisait qu’au début de son séjour à Weimar, elle n’était pas reçue à la Cour, ni dans la bonne société, et ils ont dû habiter séparément. Mais elle avait de quoi s’occuper, car elle entreprend les démarches nécessaires pour épouser Liszt. Comme elle est mariée, et qu’ils sont tous les deux catholiques fervents, il ne peut être question de divorce : il faut faire prononcer par l’Église la nullité de son mariage avec le prince. Pour cela elle va s’appuyer sur une vieille coutume polonaise : au moment d’entrer dans l’église, devant tout le monde rassemblé, la future mariée se fait gifler par son père. Ainsi si plus tard le mariage se passe mal, elle pourra argumenter en disant qu’il a été forcé, ce qui est une cause de nullité. Mais pour cela il faut recueillir des témoignages, sur un évènement passé, et cela à distance, pour constituer le dossier qui suivra la hiérarchie de l’Église : Moscou, puis Vienne et enfin Rome. Ce n’est pas facile, surtout que cette démarche suscite des oppositions aussi bien de la famille du prince que de celle de la princesse. On n’a certainement pas fini de démêler l’écheveau des intriques qui ont été menées pour empêcher le mariage de la princesse avec Liszt, pour des raisons à la fois financières (les sommes en jeu sont considérables), et de convenances sociales (il était inconcevable qu’une princesse épouse un musicien). Un troisième front s’ouvrira bientôt : la future belle-famille de la fille de Carolyne, la princesse Marie , qui doit épouser un haut personnage de la cour impériale à Vienne, le grand chambellan Constantin von Hohenloe. Et il se trouve qu’il a un cousin haut placé au Vatican, le cardinal Gustav von Hohenloe, qui est ainsi au cœur de l’intrigue. Tout cela durera douze ans ! Et, en 1860, Carolyne ira s’installer à Rome pour être plus près des centres de décision. Après le marketing et le sponsoring, voici le lobbying ! Ces années 1859-1860 seront difficiles pour Liszt. Sur le plan personnel d’abord, la mort de son fils Daniel le marquera beaucoup, et il fera à cette époque son testament. Et sur le plan professionnel, il est l’objet de critiques et de cabales ; on n’apprécie pas les audaces des œuvres qu’il promeut, et, avec la mort de la mère du Grand-Duc de Weimar, la Grande-Duchesse Maria Pavlovna, il perd un important soutien. Il finira alors par démissionner. Il reçoit pourtant des encouragements. Il est anobli par l’empereur François Joseph, qui lui décerne le titre de Ritter (Chevalier) von Liszt avec la décoration de l’ordre de la couronne de fer. Mais il transmettra le titre, comme il en a le droit, à son cousin Eduard qui est juriste à Vienne et qui gère ses biens. Et surtout, il reçoit du Vatican une lettre très élogieuse : le Pape a beaucoup apprécié une de ses messes, et il lui déclare qu’on a besoin de son génie à Rome pour renouveler la musique religieuse. Enfin, la bonne nouvelle arrive : les démarches de Carolyne ont abouti, et la nullité de son mariage avec le prince est prononcée ; elle va pouvoir épouser Liszt qui se met en route pour Rome. Paul Hubert des Mesnards Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières L'Altenburg lieu de résidence de Liszt à Weimar Richard Wagner Hector Berlioz Grande Duchesse Maria Pavlovna Grand-Duc Charles Alexandre Princesse Marie von Hohenlohe Retour à biographie Cliquer ici
- Santé, adictions | Lola
Liszt intime : sa santé , ses addictions Liszt intime, c’est un corps fragile porté par une volonté immense, un esprit dépressif mais combatif, un croyant tourmenté et un artiste incandescent. Comme tout être profondément humain, il fut fait de contradictions et de paradoxes, ceux-là mêmes qui nourrirent son génie et donnèrent à son œuvre cette tension permanente entre la douleur, l’élévation et la lumière. Les fées se sont penchées sur son berceau. Bel homme dans sa jeunesse, grand pour l’époque, très mince, doté de prestance, d’une grâce naturelle et d’un charisme indéniable. Dans ses dernières années, il perdit cette sveltesse, s’empâta, souffrit d’un début d’hydropisie et les verrues de son visage se firent plus voyantes. Il vécut 75 ans, un beau record pour l’époque, pourtant sa vie avait mal commencé. Dès sa petite enfance, maladif, il fut victime de crises mystérieuses sur lesquelles aucun médecin n’a pu statuer. Ainsi, à l’âge de trois ans, victime d’une sorte de catalepsie, ses parents, le croyant mort, avaient commandé un petit cercueil. Ces crises se poursuivirent à l’âge adulte et l’obligèrent parfois à annuler ses concerts. Plusieurs abcès dentaires le firent beaucoup souffrir, ainsi que des clous sur les jambes, nécessitant des cures thermales. Le coup de grâce porté à sa forme physique fut sa chute dans les escaliers de la Hofgärtnerei à Weimar, à l’âge de 70 ans, qui le laissa diminué. Quant à sa vue, elle ne cessait de se détériorer, et il devait se faire aider pour la lecture ou pour répondre à son courrier. Il avait d’ailleurs décidé de se faire opérer de la cataracte en septembre 1886, mais il mourut quelques semaines avant, le 31 juillet 1886. Sa fille Cosima, qui l’avait fait venir a Bayreuth dans l’espoir que sa présence pourrait relancer le festival, était trop absorbée par les représentations et n’eut pas les égards qu’elle aurait dû donner à son père mourant. Elle fit le vide autour de son lit, lui refusant la présence de deux femmes que Liszt estimait beaucoup et qui auraient pu adoucir ses derniers jours : Lina Schmalhausen et Adelheid von Schorn. Vengeance inconsciente due au manque d’amour qu’elle n’avait pas reçu dans sa jeunesse ? Où est inhumé Franz Liszt ? Cliquez ici Une souffrance tue Hydropisie, cataracte, parodontose, asthme, complications cardiaques, insomnies. Liszt détestait parler de sa santé et se plaindre. "Les indispositions et maladies ne sont là que pour être gaillardement surmontées. Le mieux est de les traiter avec la considération limitée, qui leur due, sans leur donner plus de prise sur notre moral." Ses nombreux voyages en classe économique de l’époque étaient souvent effectués dans des conditions peu confortables, préjudiciables à sa santé, surtout dans ses vieux jours. C’est un coup de froid attrapé dans un train en venant à Bayreuth qui aurait eu pour conséquence la pneumonie dont il mourut. Dépression et paradis artificiels Les critiques incessantes, la haine et la jalousie qu’il dut subir toute sa vie, le stress de l’artiste, du compositeur, les soucis familiaux, le décès de ses deux enfants, la misère humaine, ses éternels doutes, ses hésitations entre le croyant convaincu, torturé par ses péchés, et l’artiste tzigane appréciant les mondanités ont toujours contribué à son état dépressif : "Depuis ma jeunesse, je considère qu’il est plus simple de mourir que de vivre." "La vie n'est qu'un long et amer suicide." "Cela a été assez de vivre ma vie." Même s'il était d'un naturel enjoué et habituellement de bonne humeur, il avait donc de graves accès de mélancolie, de sa prime jeunesse à la fin de ses jours. Tant de ses œuvres témoignent de sa morbidité et de sa mélancolie. Aucun autre musicien n'a composé autant d'œuvres sur la mort que lui, quelques exemples ; Pensées des morts Le triomphe de la mort Funérailles L’héroïde funèbre Marche funèbre Les Morts Du berceau à la tombe 3 odes funèbres Les Dante et Faust symphonies Les Mephisto valses. etc… Il trouva un remède dans la consommation de paradis artificiels, peu bénéfiques pour sa santé. Alcool, tabac et café l’accompagnèrent toute sa vie, même si Marie et Carolyne ne cessaient de le tempérer sur ses addictions. C’était un grand fumeur de cigares. Massenet raconte qu’il fumait toute la journée, même en prenant ses repas ou en jouant du piano : il avait un cigare à la bouche qu’il mâchouillait jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Quant à sa consommation d’alcool, elle n’a cessé d’augmenter au cours de sa vie, pour atteindre quotidiennement une bouteille de cognac qu’il appréciait beaucoup, à laquelle s’ajoutaient les vins accompagnant ses repas et l'absinthe dans ses dernières années. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Alan Walker "Franz Liszt" Editions Fayard 1989/98 La mort de Franz Liszt d'après le journal inédit de son élève, Lina Schmalhausen par Alan Walker, Editions Buchet Chastel Pour écouter ; Le thème de La mort dans les oeuvres de Liszt : France Musique Grands compositeurs et virtuoses du piano - Franz Liszt emission 2/5 François Xavier Szymczak Cliquez ici Retour à Liszt intime Cliquez ici
- Liszt intime | Lola
Liszt intime Liszt et sa famille Ses parents cliquez ici Adam "En toi je veux me rajeunir et me continuer" Anna "il n'y a qu'elle au monde que je puis aimer pleinement " Ses enfants, leur éducation cliquez ici Blandine "Je vous embrasse comme je vous aime du fond du cœur " Cosima "Il n'y a que Richard qui m'a aimée" Daniel "Je vais préparer vos places" Education et affection "Les enfants portent tous trois mon nom et j'ai sur eux un droit absolu" Ses grandes compagnes cliquez ici La comtesse Marie "C'est à lui que je dois tout. Il m'a inspiré un grand amour" La princesse Carolyne "Il est des dévouements sans borne" et un cas particulier ; La baronne Olga von Meyendorff Liszt sa santé, addictions cliquez ici "Les indispositions et maladies ne sont là que pour être gaillardement surmontées. Le mieux est de les traiter avec la considération limitée, qui leur due, sans leur donner plus de prise sur notre moral." Liszt son caractère Cliquez ici "La contradiction est le signe de la vie, seuls les morts sont cohérents" George Sand Retour à la page d'accueil Cliquer ici
- Les femmes et le point d'honneur | Lola
Liszt, les femmes et le point d’honneur Démêler la légende du Don Juan romantique Génie du piano et figure centrale du romantisme européen, Franz Liszt demeure prisonnier d’une légende tenace : celle d’un Don Juan, d'un abbé libertin. Or cette image, largement relayée par la presse, le cinéma et certains récits biographiques, résiste mal à l’examen attentif des sources. À travers ses relations féminines majeures et le témoignage de ses contemporains, cet article propose une relecture du personnage lisztien à l’aune d’une valeur fondamentale pour lui : le point d’honneur. Un Don Juan malgré lui ? Franz Liszt, homme d’honneur et catholique fervent, souffre depuis le XIXᵉ siècle d’une réputation d’homme à femmes, de séducteur aux incessantes aventures amoureuses — réputation qu’il n’a pourtant jamais revendiquée et qui semble, à bien des égards, contredire sa conduite réelle. Pourquoi ce récit s’est-il imposé si tôt ? Et comment se fait-il qu’il continue de structurer l’imaginaire collectif, au point d’éclipser les témoignages contemporains les plus sérieux ? La question mérite d’autant plus d’être posée que Liszt ne cessa d’exprimer son attachement à la foi catholique, son aspiration à la légitimité du mariage, et même, à plusieurs reprises, son désir d’entrer dans les ordres. Comment concilier ces aspirations avec l’image d’un libertin invétéré ? Entre fantasmes romantiques, constructions médiatiques et lectures partiales, l’histoire de Liszt et des femmes semble avoir été plus racontée que réellement interrogée. La fabrique d’une légende Médias, caricature et persistance du mythe La caricature de Liszt en Don Juan demeure aujourd’hui étonnamment vivace. Télérama le désignait récemment comme « le tombeur des plus fameuses beautés européennes ». France Musique , dans l’émission Si les compositeurs étaient des personnages de série TV, le présentait comme un coureur de jupons invétéré, assimilé à Barney Stinson et flanqué d’un harem de 300 maîtresses. Ces raccourcis, ludiques ou sensationnalistes, prolongent une tradition ancienne. Le cinéma a largement contribué à figer cette image. Dans Lola Montès de Max Ophuls, Liszt apparaît sous les traits d’un personnage arrogant et cynique, rompant froidement avec sa maîtresse. Ken Russell, dans Lisztomania ( 1975), pousse la caricature jusqu’à la farce grotesque : Liszt y devient un obsédé sexuel, atteint d’un priapisme délirant, évoluant dans un univers fantasmatique où Wagner se métamorphose en figure hitlérienne. La satire, volontairement excessive, a néanmoins durablement marqué les esprits. Ces représentations, loin de s’appuyer sur des sources solides, reposent sur une logique de simplification : un homme adulé par des foules féminines ne peut être qu’un libertin. La fascination collective engendre alors son corollaire : la jalousie, la rumeur et la suspicion. Ce que disent les sources Témoignages, contradictions Quels sont les témoignages dont il faut tenir compte et qui sont souvent contradictoires brossant un portrait bien plus nuancé. A commencer par son père, Adam Liszt qui sur son lit de mort, mettait en garde son fils prodige — alors âgé de quinze ans — contre l’influence des femmes, craignant « qu’elles ne troublent son existence et ne le dominent ». Cette crainte paternelle, souvent citée, peut être comprise lorsque l’ on sait que Liszt enfant était déjà irrésistible et que toutes les femmes admiratives de ce jeune génie se le disputaient pour le câliner et l’ avoir sur leurs genoux. George Sand, qui fut un temps proche de Liszt, livra un jugement tout aussi éclairant que désenchanté. « Je me suis figuré pendant une ou deux entrevues qu’ il était amoureux de moi ou disposé à le devenir. […] lorsque je me suis clairement convaincue à la 3ème visite […] que Mr Liszt ne pensait qu’ à Dieu et à la Sainte Vierge qui ne me ressemble absolument pas ! » Le propos dit moins une frustration amoureuse qu’un constat de la place centrale qu’occupait la foi chez Liszt. Liszt lui-même formula l’une des synthèses frappantes de son existence lorsqu’il écrivit : « Deux pôles, deux désespoirs dans ma vie : l’amour et l’art. » Cette phrase, loin d’évoquer une vie de débauche, traduit au contraire une tension intérieure, presque tragique, entre aspiration spirituelle et attachement affectif. Les biographes, quant à eux, se contredisent ouvertement. Certains multiplient les listes de conquêtes supposées ; d’autres sont d'accord avec les musicologues Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper qui ont écrit « Liszt est le musicien sur lequel furent écrits le plus d’ à peu-près, de contre-vérités, d’ affabulations, de romans ». « El Pundonoroso » L’homme d’honneur vu par ses contemporains Un élément, souvent négligé, permet pourtant d’éclairer la cohérence morale de Liszt : le surnom d’« el Pundonoroso », littéralement « l’homme d’honneur ». Ce terme ancien, d’origine espagnole, lui fut attribué par Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, sous l’autorité duquel Liszt exerça pendant de nombreuses années les fonctions de Kapellmeister . Voici ce que Charles Alexandre écrit à Liszt : "L’ expression Pundonoroso, (Point d’ honneur) me parait si applicable à vous même, elle me parait tellement caractériser votre individualité comme votre vie que je ne puis m’ empêcher de vous attacher cette expression. Ainsi recevez mon cher Pundonoroso toute la reconnaissance etc… » Le grand-duc, personnage réputé pour son sérieux et son exigence morale, ne se contenta pas d’un compliment de circonstance. Il écrivit à Liszt que cette expression lui semblait caractériser à la fois son individualité et sa vie, au point qu’il ne pouvait s’empêcher de la lui « attacher ». Le mot n’est pas anodin : il renvoie à une conception exigeante de l’honneur, faite de loyauté, de responsabilité et de constance. C’est ce point d’honneur qui servira de fil conducteur à l’examen des relations féminines de Liszt. Non pas pour l’absoudre ou l’idéaliser, mais pour comprendre comment un homme aspirant à la légitimité du mariage, profondément croyant, a pu se trouver engagé dans des relations paradoxales et pourquoi ces paradoxes ont nourri, bien plus que les faits eux-mêmes, la légende du Don Juan romantique. Les femmes de la vie de Liszt et le point d'honneur Si Liszt a suscité tant de projections fantasmatiques, c’est d’abord parce qu’il réunissait tous les attributs propres à provoquer l’admiration : une beauté singulière, un charisme magnétique, une intelligence aiguë, une culture immense, une mémoire prodigieuse, une générosité notoire, un humour subtil. Pianiste virtuose — considéré comme le plus grand de son temps —, chef d’orchestre, épistolier infatigable, penseur et compositeur d’une fécondité exceptionnelle, il occupa une place centrale dans la vie musicale européenne. Le phénomène de lisztomania, observé et nommé par Heinrich Heine, témoigne de l’hystérie collective, souvent féminine, qui accompagnait ses concerts. À l’adulation répondait inévitablement la jalousie. Mais la fascination exercée par Liszt ne saurait être confondue avec une conduite libertine. L’examen attentif de ses relations montre au contraire une remarquable constance dans ses choix affectifs. Si Liszt avait dû dresser le portrait de la compagne idéale, elle aurait été cultivée, intelligente, dotée d’une forte personnalité, croyante, musicienne, épistolière ou écrivaine, bien née — la beauté et la jeunesse n’étant nullement déterminantes chez Liszt. Ce portrait correspond précisément aux femmes qui ont compté dans sa vie. Caroline de Saint-Cricq L’amour fondateur et l’honneur blessé La première histoire d’amour de Liszt, souvent négligée, est pourtant fondatrice. En 1828, il rencontre Caroline de Saint-Cricq à qui il donne des cours de piano. Ils ont dix-sept ans et tombent amoureux. Un serviteur les dénonce au père de Caroline, le comte de Saint-Cricq, ministre de Charles X, qui met brutalement fin à la relation : sa fille ne saurait s’amouracher d’un « croque-notes », d’un musicastre. L’humiliation est profonde. Liszt en sort révolté, blessé dans son honneur . Il en fera une dépression, mais cet épisode contribuera aussi à sa maturation intellectuelle, renforçant sa critique des privilèges fondés sur la naissance plutôt que sur le génie. Plus tard, il dénoncera explicitement la condition subalterne des artistes dans une lettre célèbre, De la situation des artistes et de leurs conditions dans la société. Cette première rupture n’efface pas le lien. Liszt et Caroline correspondront toute leur vie. Après la mort de son mari, elle lui écrira encore : « Laissez moi vous regarder toujours comme la seule étoile lumineuse de ma vie. » Marie d’Agoult La passion, la gloire et l'humiliation La rencontre avec la comtesse Marie d’Agoult, début 1833, marque l’entrée de Liszt dans une relation passionnelle. Mariée, mère de deux enfants, femme brillante, cultivée, musicienne et salonnière influente, elle éprouve pour Liszt un véritable coup de foudre. Elle décrira leur première rencontre comme une apparition, tant l’impression fut immédiate et profonde. Après une période de fréquentation prudente et fragmentée, Liszt se retire en Bretagne pour une retraite spirituelle auprès de l’abbé Lamennais, déclarant à Marie que sa vie n’est que « le développement d’une idée : Dieu » . Pourtant, lorsqu’elle est accablée par le chagrin de la perte d’une de ses filles, il revient auprès d’elle. Contre l’avis de Lamennais, Marie décide alors de tout quitter — famille, fortune, respectabilité — pour rejoindre Liszt en Suisse en 1835. Ils vivront ensemble les années de pèlerinage en Suisse et en Italie, auront trois enfants, partageront lectures, réflexions esthétiques et projets artistiques. Mais la divergence de tempérament est profonde. Liszt est attiré par la scène, les tournées, la reconnaissance publique ; Marie aspire à une vie plus stable, domestique, consacrée à la création dans l’ombre. Gonzague Saint Bris a bien résumé la situation: "il était un navire, elle était une ancre. Il appartenait au monde entier." Marie convient qu'elle n'est pas la femme qu'il lui faut... La rupture va être longue et douloureuse. George Sand les surnomme avec ironie "les galériens de l'amour". La période de gloire pianistique — la Glanzperiode —, l’adoration frénétique du public, les rumeurs de la presse et les soupçons constants de Marie minent leur relation. Jalouse, psychologiquement fragile, elle interprète chaque succès comme une trahison. A ses reproches, Liszt, lui répond qu'il travaille beaucoup trop pour mener cette vie qu'elle qualifie d'orgiaque. Jusqu’au bout, il ne cessera de lui assurer son amour et de nier toute conduite débauchée, lui affirmant "une fidélité du cœur plutôt que des apparences". Mais excédé il lui déclare : "Je ne sache absolument aucune femme ici qui me plaise un tant soit peu physiquement et vous savez que c'est le seul côté par lequel je suis prenable aux heures de de distraction ou de trop violent ennui." En 1844, suite à la rumeur d'un liaison avec Lola Montès, Marie met fin à la relation avec cette fameuse formule "Je veux être votre maîtresse mais pas une de vos maitresses." Deux ans plus tard, pour se venger elle publie Nélida , roman à clef où Liszt est dépeint en Don Juan vaniteux et artiste sans inspiration. Le succès durable de l’ouvrage pèsera lourdement sur l’image posthume du compositeur. Liszt en fut profondément meurtri, s'il se vengea à son tour en coupant Marie de ses trois enfants, il se fit un point d'honneur de ne jamais riposter en portant atteinte à l'image de Marie d'Agoult. Il refusa jusqu'au bout de se voir dans le personnage du peintre Guermann tel que fustigé dans Nélida . Dans ses dernières années il se contentera d'écrire : " Je n'ai jamais séduit Marie d'Agoult, et tant son mari, le Comte d'Agoult que son frère , le Comte de Flavigny, dirent en fin de compte avec justesse : "Liszt est un homme d'honneur." Cette relation fut pourtant féconde. Marie structura la culture de Liszt, l’aida à écrire, l’encouragea à composer. De cette décennie naîtront notamment les Années de pèlerinage et la Dante Symphonie. Liszt, de son côté, poussa Marie à l’écriture ; sous le nom de Daniel Stern, elle deviendra une auteure prolifique et une historienne reconnue. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : -Franz Liszt Marie d'Agoult, Correspondances annotées par Serge Gut et Jacqueline Bellas, Editions Fayard (2001) -Mémoires de la Comtesse d'Agoult (1833-1854) Introduction de Daniel Ollivier, Calmann-Levy (édition de 1927) -Marie d'Agoult, le grand amour de Liszt, par Charles Dupêchez aux éditions Perrin Carolyne de Sayn-Wittgenstein L’honneur jusqu’au bout En 1847, Liszt a 36 ans. Au cours d’une dernière tournée en Russie, il rencontre la princesse Carolyne, la deuxième grande compagne de sa vie, à laquelle il restera lié jusqu’à la fin de ses jours. Une femme encore plus extraordinaire que la précédente. C’est une richissime propriétaire terrienne en Ukraine. Elle y possède, de par son propre héritage, une immense propriété qu’elle parcourt à cheval et qui emploie plus de 30 000 serfs. Une amazone invétérée, amatrice de cigares qu’elle fume avec son père depuis son enfance. D’origine polonaise, c’est une mystique, catholique convaincue et très pratiquante, mais c’est surtout une femme brillante, d’une immense culture. Elle est omnisciente, aime la discussion et laisse difficilement les autres s’exprimer, tout en les enfumant de ses cigares. Voilà ce que Liszt écrira à Marie d’Agoult : « Je viens de rencontrer à Kiev, par hasard, une femme très extraordinaire et éminente, à tel point que je me suis décidé, à cœur joie, à faire vingt lieues pour causer quelques heures avec elle. » On devine la suite : la princesse a le coup de foudre pour Liszt. Elle aussi va tout laisser tomber — sa famille, son immense fortune, sa respectabilité, son honneur — pour rejoindre, de façon rocambolesque, Liszt à Weimar, avec sa fille Marie, âgée d’une douzaine d’années, qu’elle avait réussi à soustraire à ses beaux-parents, deux millions de roubles en poche issus de quelques-unes de ses terres vendues en toute hâte, ainsi que des bijoux et pierres précieuses cachés sous sa robe. Elle traversa les steppes de l’Ukraine et réussit à passer les frontières qui venaient de se fermer pour retrouver Liszt en Allemagne. Un fort tempérament ! Là encore, on peut imaginer le scandale. Tous deux à Weimar, où Liszt est Kapellmeister , espèrent qu’elle va rapidement obtenir l'annulation de son précédent mariage et qu’ils vont pouvoir se marier. Liszt confiait ainsi ses préoccupations à un ami : « Vous devinez tout d’abord qu’il s’agit de mon mariage, c’est-à-dire de tout l’honneur et de tout le bonheur de ma vie… » La princesse va se consacrer à la gloire de Liszt. Elle considère que c’est un grand compositeur encore incompris, qui lance son javelot dans les espaces de la musique du futur. Elle croit en son génie et est moins jalouse que la comtesse Marie d’Agoult. Lorsque Liszt apprend à Marie qu’il veut faire sa vie avec Carolyne, elle lui répond qu’elle ne voudra pas être une de ses maîtresses. Et la princesse de rétorquer : « J’aurais plaisir à ce qu’elle sache qu’au contraire on veut bien être une des maîtresses… car il est des dévouements sans bornes. » Hélas, tout va mal se passer encore une fois. Pour éviter une mésalliance avec un saltimbanque, mais surtout pour conserver l’immense fortune de Carolyne, le prince Wittgenstein, son mari — bien en cour auprès du tsar Nicolas Ier — et toute sa famille, puis ensuite toute la famille du mari de sa fille, le prince Nicolas de Hohenlohe, vont se liguer pendant quatorze ans, avec l’aide de relations bien placées au Vatican, afin qu’elle ne puisse pas obtenir l'annulation de son précédent mariage, donc pas se remarier, alors même que le prince Wittgenstein a divorcé et s’est déjà remarié depuis plusieurs années. Comme Carolyne vit avec un homme sans être mariée et qu’elle est en situation d’adultère, elle va être mise au ban de la société, rejetée à la cour de Weimar, bien que Liszt se fasse un point d’honneur de l’intégrer et de la faire accepter. Rarement invitée, méprisée au point que les gens changent de trottoir quand elle passe, au théâtre on se déplace pour ne pas être assis à côté d’elle. Après une dizaine d’années de ce rejet et dans l’espoir d’obtenir enfin "le divorce", Carolyne, la paria, se réfugie à Rome pour négocier avec le pape la séparation, hélas sans succès. À la mort du prince Wittgenstein, son mari, Liszt et Carolyne ne s’entendent plus beaucoup. Liszt mène alors sa vie trifurquée entre Rome, Weimar et Budapest, et certains disent que c’est pour échapper définitivement, mais honorablement , au mariage enfin possible que Liszt, en 1865, prend ses fameux « ordres ». Il sauvait ainsi la face, mais bien superficiellement, car il ne s’agit que des tiers ordres laïcs du sous-diaconat franciscain, qui ne lui donnent pas plus de pouvoirs que n’en a un simple enfant de chœur, à savoir : être gardien de l’église, la décorer, faire sonner les cloches, lire à haute voix les livres sacrés, passer les burettes, manier l’encensoir et, en tant qu’exorciste, chasser le démon. Liszt restait un laïc, il pouvait donc se marier. Il n’avait aucune obligation de porter la soutane qu’il s’imposa, et quand on lui demandait pourquoi, il répondait : « Quand le moine est tout fait au-dedans, pourquoi ne pas y approprier au-dehors l’habit ? » En tout cas, il n’ira pas plus loin, disant qu’il n’avait plus la vocation pour devenir un véritable moine. Que se sont-ils apporté ? Pour Carolyne, c’est la plus belle histoire d’amour de sa vie. Elle est avec l’un des hommes les plus convoités de son époque, bien qu’elle soit consciente de son peu d’attrait physique. Wagner dira inconsidérément à propos de Liszt : « Cela ne parle pas en la faveur d’un homme qu’il ne soit pas accompagné par une belle et jeune femme, mais qu’il ait de la constance pour une femme laide. » Mais il faut bien constater — et tous ceux qui l’ont connue sont unanimes pour le dire — qu’elle est difficile à vivre : toujours professorale, elle mène d’incessantes discussions polémiques. Pourtant, Liszt se fera un point d’honneur de la défendre et de la soutenir jusqu’au bout ; il ne la contredira jamais en public. Il se sent responsable de sa souffrance : c’est pour lui qu’elle a tout quitté. De son côté, Carolyne va pousser Liszt à encore plus de religion, mais surtout à la composition. C’est sous son emprise, à Weimar, que Liszt aura été le plus fécond en grandes œuvres musicales et littéraires. A titre anecdotique, à Weimar elle lui offrit un bijou sur lequel elle fit graver "Pundonoroso." La princesse ne reviendra plus jamais à Weimar et vivra à Rome, quasiment recluse pendant vingt-sept ans, dans un appartement où, dans l’entrée les visiteurs sont accueillis par quatorze bustes de Liszt, des portraits, quantité de crucifix et force lys pour masquer l'odeur des cigares. Elle s' adonna à l’écriture, notamment vingt-cinq volumes sur Les Causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’Église . Elle soutiendra Liszt jusqu’à son dernier souffle. Celui-ci lui dédiera le plus grand nombre de ses œuvres. Dans le cadre de sa vie itinérante, point d’honneur oblige , il continuera de lui rendre visite à Rome chaque année, et ce jusqu’à la fin de ses jours. En résumé, un homme d’honneur qui aspirait, par sa foi, à la légitimité et à l’honneur du mariage, mais qui a jeté son dévolu sur des femmes déjà mariées. Paradoxe lisztien qui ne pouvait qu’alimenter négativement le narratif autour de son personnage. Enfin on ne saurait insister sur l'importance de l'honneur dans ses relations avec sa mère et ses enfants. Ainsi des consignes qu'il donnait à sa mère Anna chargée de l'éducation de ses filles qu'elle devait élever dans l'honneur de leur condition. Quand à ses trois enfants qu'il suivit de très près, cette phrase résume encore une fois son obsession de l'honneur : " Je n'ai jamais rien fait, ni cherché de leur faire faire de contraire à l'honneur." Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : -Lettres de Franz Liszt à la Princess Carolyne Sayn-Wittgenstein, La Mara Leipzig 1900 réédité par Classic Reprint Series, Forgotten Books -Correspondance, Emile Ollivier et Caroline de Sayn-Wittgenstein (1858-1887) édité par Anne Troisier de Diaz (Editions PUF) Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, portrait par Berthold Woltze Caroline de Saint-Cricq La comtesse Marie d'Agoult portrait de Théodore Chasseriau 1841 Musée du Louvre Carolyne de Sayn-Wittgenstein vers 1840 Affiche du film Lisztomania de Ken Russell 1975 George Sand Photographie vers 1845 Revenir à Liszt et les femmes Cliquez ici
- Liszt féministe | Lola
Le féminisme de Liszt Employer le terme de « féminisme » à propos de Franz Liszt suppose d’emblée une précaution. Le mot lui-même est un néologisme pour l’époque. Alexandre Dumas l’utilisa avec ironie dans L’Homme femme, mais ce n’est qu’à partir des années 1880 qu’il entra véritablement dans l’usage. Il serait donc anachronique d’attribuer à Liszt un féminisme au sens contemporain du terme. En revanche, il est légitime d’interroger sa pensée et surtout ses actes au regard de la condition féminine de son temps. Pour comprendre la position de Liszt, il faut rappeler le contexte intellectuel dans lequel il évolua dès sa jeunesse. Autour de ses vingt ans, il fréquente les salons parisiens où circulent activement les idées d’émancipation féminine, nourries par les idéaux saint-simoniens alors en pleine effervescence sous l’impulsion d’Enfantin, successeur de Saint-Simon. Liszt adhéra un temps à cette doctrine, avant même sa rencontre avec Marie d’Agoult. Cette influence fut déterminante et durable, bien qu’il s’en distanciât par la suite, affirmant n’avoir jamais porté « l’habit bleu barbeau » des adeptes. Les idéaux saint-simoniens ne pouvaient que séduire Liszt. Ils prônaient une société où la hiérarchie serait fondée non sur la naissance mais sur le travail, où les richesses seraient réparties plus équitablement et où l’émancipation des femmes serait reconnue comme une nécessité sociale. Le saint-simonisme est d’ailleurs considéré comme le premier mouvement collectif structuré ayant placé la question féminine au cœur de sa réflexion, allant jusqu’à concevoir une entité sociale unique : l’homme femme. Liszt s’enthousiasma ensuite pour l’abbé Lamennais, figure majeure du catholicisme libéral, qui partageait plusieurs des idées saint-simoniennes sur la libéralisation de la femme et l’égalité des droits au sein du couple. Liszt restera fidèle à Lamennais jusqu’à la fin de sa vie, même si, avec l’âge, il évoluera vers un catholicisme plus traditionnel et plus institutionnel. Un paradoxe lisztien : entre l’ éternel féminin et la femme affranchie Pourtant, si Liszt fréquente et aime des femmes intelligentes, cultivées, instruites, il n’échappe pas aux contradictions de son siècle. Un texte particulièrement révélateur figure dans les Lettres d’un bachelier ès musique. Liszt y évoque La Divine Comédie de Dante, découverte grâce à Marie d’Agoult sur les bords du lac de Côme. Il s’attarde sur la figure de Béatrice, muse du poète, et écrit à vingt-sept ans : « Dans ce poème immense, incomparable, une chose m’a toujours singulièrement choqué : c’est que le poète ait conçu Béatrix, non comme l’idéal de l’amour, mais comme l’idéal de la science […]. Ce n’est point par le raisonnement et la démonstration que la femme règne sur le cœur de l’homme. C’est dans le sentiment, et non dans le savoir, qu’est sa puissance : la femme aimante et sublime ; elle est le véritable gardien de l’homme ; la femme pédante est un contresens, une dissonance ; elle n’est nulle part à sa place dans la hiérarchie des êtres. » Ce texte est d’autant plus étonnant qu’il fut écrit avec la participation de Marie d’Agoult elle-même, femme d’une grande érudition, que Baudelaire qualifiera sans indulgence de « bas-bleu ». On y découvre un Liszt — et donc une Marie — qui maintiennent la femme dans le rôle de l’« éternel féminin », muse et soutien moral de l’homme, mais surtout pas figure savante ou théoricienne. Le paradoxe est manifeste : toutes les femmes qui ont compté dans la vie de Liszt étaient instruites et cultivées, mais l’idéal qu’il formule demeure marqué par les stéréotypes traditionnels. Liszt n'a pas aimé le rôle d'aboutissement que donne Dante dans La Divine Comédie à la femme. Le féminisme mesuré de ses compagnes Marie d’Agoult et Carolyne de Sayn-Wittgenstein, bien qu’en rupture avec leur milieu, furent elles aussi des féministes prudentes au regard de nos critères contemporains. Elles ne furent ni des Olympe de Gouges ni des Flora Tristan ni des Jenny d’ Héricourt. Marie d’Agoult, par exemple, refusa de contribuer financièrement au mémorial de Flora Tristan, alors même que des figures masculines comme Victor Hugo ou Eugène Sue le firent. Elle fréquenta pourtant des milieux progressistes, soutint Julie Victoire Daubié — première femme bachelière — et mit en lumière, dans ses romans Nélida et Valentin, les injustices liées à la condition féminine, notamment à travers la dénonciation des mariages contraints. Elle apparaît ainsi comme une femme déchirée entre émancipation intellectuelle et pesanteur de son héritage social. Le féminisme de Carolyne de Sayn-Wittgenstein est tout aussi ambivalent. Ainsi dans son livre Entretiens pratiques à l'usage des femmes du monde. Elle dénonce avec vigueur les abus de pouvoir et les spoliations dont les femmes sont victimes, mais recommande néanmoins patience, abnégation et soumission dans le cadre conjugal : « Vous, épouses, votre vie est dévouée à la patience. Elle doit, comme votre ombre, vous accompagner le jour et la nuit […] ; que la femme se prépare à être blessée pour ne pas se laisser briser. » Elle nuance cependant ce propos en valorisant l’intelligence féminine comme instrument de séduction et de pouvoir : « Les femmes instruites, savantes, d’une activité admirable, toujours utiles à quelqu’un ou à quelque chose, tiennent en leur main le cœur palpitant des hommes. » Cette évolution marque une avancée sensible par rapport à l’idéal strictement sentimental formulé par Liszt à propos de Béatrice. Le féminisme concret de Liszt On ne peut donc exiger de Liszt qu’il soit plus féministe que ne le furent ses compagnes. La question essentielle devient alors : comment son « féminisme » s’est-il concrètement exprimé ? L’un de ses premiers combats fut la volonté d’admettre les femmes au chant liturgique. Il écrivit à Rossini "La cause du concours des voix de femmes aux grandes exécutions de musique d’église est une cause noble, belle et équitable. " Malgré son amitié avec le pape Pie IX, qui venait chez lui chanter Norma de Bellini, Liszt se heurta à un refus ferme, fondé sur le précepte paulinien : Mulieres in Ecclesia taceant (les femmes se taisent à l'Eglise) Mais c’est surtout dans le soutien actif aux femmes musiciennes que s’exprime le féminisme le plus tangible de Liszt. Aucun autre compositeur célèbre du XIXᵉ siècle n’a soutenu avec autant de constance trois générations de femmes artistes, dans un contexte profondément misogyne, encore dominé par les idées de Rousseau, pour qui « les femmes n’ aiment aucun art, ne s’ y connaissent en aucun, n’ ont aucun génie » Pensons aux réparties misogynes de Barbey d’Aurevilly, à celles de nombreux philosophes — notamment Schopenhauer « les femmes sont le sexus sequior, le sexe second à tous les égards » — , aux frères Goncourt « Le génie est mâle » , ou à Baudelaire, qui rejetait les femmes de lettres et traitait George Sand de « latrine » . Pensons aussi à Wagner, ami et gendre de Liszt qui, à propos des femmes écrivaines, parle de « néant » et de « barbouilleuses d’encre » , et de "répugnance" concernant les femmes artistes peintres. Ces propos sont légion et constituent presque l’ordinaire de la pensée de l’époque. Liszt n’est pas de leur avis. Il met un point d’honneur à aider, recommander et promouvoir toutes les femmes qui ont du talent. Il transcrit leurs œuvres pour piano, met en musique leurs poèmes, les aide à composer, les impose dans des concerts, les inscrit à son répertoire, les joue et les fait publier. Trois générations de femmes sont concernées : la plus âgée, Caroline Hungher, est née en 1803, tandis que les plus jeunes, comme Adèle aus der Ohe, sont nées dans les années 1860. En voici quelques exemples, illustrant les différentes manières dont Liszt a soutenu ces femmes, longtemps invisibilisées parce que femmes, mais que l’on s’emploie aujourd’hui à redécouvrir. Caroline Unger (1803-1877) Cantatrice, Franz à l' âge de 11 ans a eu le coup de foudre pour sa voix. Plus tard, il en a salué le talent et l’intelligence dans les Lettres d’un bachelier ès musique . Pour cette raison, elle fait partie de la liste de ses supposées maîtresses. Delphine de Girardin (1804-1855) Elle n’ était pas une musicienne mais une femme de lettres, une poétesse. On peut la citer ici pour rappeler que Liszt a admiré et soutenu aussi les femmes écrivaines, à commencer par George Sand dont il disait qu'elle était « la femme la plus forte et la plus étonnamment douée » . L’ un des poèmes de Delphine « Il m’ aimait tant » que Liszt a mis en musique fut un grand succès de salon. Rappelons que ses grandes compagnes furent toujours des femmes cultivées, musiciennes et ou écrivaines. Louise Bertin (1805-1877) Compositrice de plusieurs opéras, dont Esmeralda, sur un livret de Victor Hugo, qu’il adapta lui-même de son livre Notre-Dame de Paris et qui sera son premier et son dernier livret d’ opéra. Louise Bertin fut huée dès la première représentation, en 1836, sur la scène de l’ Académie Royale de Musique. On lui a d’abord reproché d’avoir obtenu un passe-droit grâce à son père, Louis-François Bertin, l’influent directeur du Journal des débats , pour faire jouer son œuvre à l’Opéra. Puis on a accusé Berlioz d’être l’auteur des passages réussis. Pourquoi Berlioz ? Il avait été le chef d’orchestre répétiteur. Louise Bertin, atteinte de poliomyélite, ne pouvait physiquement s’occuper des représentations. Encore une fois, Liszt ne cessa de la soutenir et en 1838 il réalisa même une réduction chant et piano, de cet opéra, la seule qu’ il fit de sa carrière. Marie Moke Pleyel (1811-1875) Pianiste virtuose, La fameuse fiancée de Berlioz, la pianiste dont Chopin et Liszt étaient amoureux. Liszt lui fournit des concerts, l' accompagne sur scène pour la faire connaître, il l’ impose au grand dam du pianiste Moscheles qui ne voulait pas d’ une femme dans son programme. Il disait que c’ était le plus beau talent de pianiste qui existe Clara Schumann. (1819-1896) Pianiste virtuose et compositrice. Au départ belle admiration réciproque et puis elle développe une sorte de haine acharnée contre Liszt compositeur qu' elle voit, entre autre, comme un rival de son Robert et peut être d’ elle-même . Pourtant Liszt ne lui en voudra jamais, il fut l’ un des plus grands promoteurs des œuvres de Robert et louera, promouvra celles de Clara. Pauline Viardot (1821-1910) Cantatrice, longue histoire d’ amitié entre les deux qui commence lorsque toute jeune fille, Liszt lui donne des cours de piano. Elle dira plus tard qu’ elle en est tombée amoureuse à en perdre l’ esprit «En m’ habillant pour aller chez lui, j’ éprouvais une telle émotion que je ne parvenais pas à lacer mes bottines. Quand je sonnais à sa porte, mon sang se figeait ; quand je l’ apercevais, je fondais en larmes » Elle a composé de nombreux lieder et Liszt a orchestré quelques pièces de Pauline. Il dira d’ elle que c’ est une femme compositrice de génie qui figure au premier rang Ingeborg von Bronsart von Schellendorf, (1840-1913) Cantatrice, compositrice de lieder à qui Liszt a prédit qu’ elle deviendrait la George Sand de la musique! Belle entente à Weimar. Louise Heritte Viardot (1841-1918) Louise Héritte-Viardot, fille aînée de Pauline Viardot. Compositrice prolifique dans tous les genres, plus de 300 œuvres : il nous en reste à peine une cinquantaine. En 1878, le Prix de la Ville de Paris lui est refusé bien que son œuvre La Fête de Bacchus soit classée première. Le jury s’est rétracté et annonce : « Ce serait une honte pour nous de donner une palme à une femme. » . Franz Liszt, lui, la soutient. Il écrit qu’elle est très douée et que sa musique est frappante d’originalité. À Weimar, il va jouer plusieurs de ses œuvres. Avec Édouard Lassen, chef d’orchestre, il y fait monter son opéra Lindoro qui ne fut pas un succès en raison notamment des chanteurs qui ne s’ étaient pas donné la peine de bien répéter. Marie Jaëll (1846-1925) Liszt lui écrit « Si vous étiez un homme, vous seriez sur tous les pianos » , prouvant qu’il avait totalement conscience de l’injustice faite aux femmes. Marie Jaëll est une pianiste virtuose, compositrice prolifique et pédagogue d’exception. Féministe , innovante, ses harmonies préfigurent celles de Debussy. Elle fut une élève de Liszt qui ne cessa d’être un de ses grands défenseurs. Il a soutenu la publication de plusieurs de ses œuvres, dont ses valses à quatre mains. Elle séjourna plusieurs fois à Weimar où Liszt joue ses œuvres ; il lui confia même la fin de l’écriture de sa très novatrice Mephisto-valse n°3 . Sophie Menter (1846-1918) L’ élève préférée de Liszt «Ma seule fille au piano » disait il, compositrice et excellente pianiste qu’ il a aidée à démarrer une belle carrière de virtuose Augusta Holmès (1847-1903) Grande mélodiste et compositrice, amie de Liszt et de Wagner. Il écrira qu’ il a « la plus haute opinion de ses talents » Et beaucoup d’ autres pianistes compositrices comme: Émilie Mayer (1812-1883) , Ludmilla Gizycka -Zamoyska (1829-1889) Vera Timanova (1855-1942), Adèle aus der Ohe (1861-1937) etc… Et pourtant Liszt, homme de contradictions, s' il laissa à ses filles la liberté quant au choix de leur mari, et les encouragea dans l' apprentissage de la musique, il contesta à Cosima son choix d’ une carrière de pianiste virtuose, son divorce et son remariage avec Wagner. Néanmoins Liszt a été à son époque, l’ un des compositeurs les plus ouverts et actifs en matière de reconnaissance des femmes. Pédagogue inclusif, il a facilité leur intégration dans les cercles musicaux grâce à sa notoriété. Il ne les a pas enfermées dans un rôle passif de muse mais a su les reconnaître en tant que compositrices et pianistes professionnelles. Ce fut donc un allié précoce de la cause des femmes qui a contribué activement à la transformation des mentalités à leur égard. Enfin si l’ on entend par féminisme une attitude favorable à la reconnaissance des capacités intellectuelles et artistiques de la femme et à leur place dans la société, alors Liszt apparaît comme un véritable progressiste pour l’ époque. En conclusion, le féminisme de Liszt n’est ni doctrinal ni militant. Il est discret, concret, profondément inscrit dans l’action. Il ne théorise pas l’égalité des sexes, mais il la pratique chaque fois qu’il reconnaît le talent. Dans un siècle qui refuse aux femmes le génie, Liszt fait le pari inverse : celui de l’intelligence, de la création et de la reconnaissance. Dans ce chapitre il faudrait aussi évoquer les composition de certaines de ses élèves comme Agathe Grondahl, Sophie Menter, Adèle aus der Ohe qui ont été mises en valeur lors de la conférence Liszt et les femmes à l'Université d'Etat d'East Tennessee en 2025 par la Société américaine de Liszt. Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Huré, Pierre-Antoine et Claude Knepper , Liszt en son temps, Paris, Hachette Littératures, 1987. Félicité Robert de La Mennais en 1827, par Paulin Guérin , musée du Louvre . Pie IX, 1792-1878 Delphine de Girardin 1804-1855 Louise Bertin 1805-1877 Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile. Marie Moke Pleyel (1811-1875) Clara Schumann. (1819-1896) Pauline Viardot (1821-1910) Louise Heritte Viardot (1841-1918) Marie Jaëll (1846-1925) Augusta Holmès (1847-1903) Jenny d'Héricourt 1809 - 1875 Retour à Liszt et les femmes Cliquez ici
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Biographie : les grandes étapes de la vie de Franz Liszt Extraits d'un portrait biographique et musical « Franz Liszt, l’ artiste roi » aux Editions Marinières réalisé par par Paul Hubert des Mesnards Biographie cliquez ici Six étapes particulières 1 - L’ enfant prodige 1819-1827, le nouveau Mozart Liszt quitte sa Hongrie natale, élève de Czerny puis de Salieri, il entreprend sa première tournée européenne accompagné de son père qui meurt. Liszt à 16 ans assume l’ entretien de sa mère en donnant des leçons de piano à Paris. Pour en savoir plu s cliquez ici 2 - Vers la vie adulte 1828-1840 Liszt rencontre tous les grands artistes de son époque et entretient une liaison avec la comtesse Marie d’ Agoult . Ils démarrent les Années de pèlerinage en Suisse et en Italie. Naissance de 3 enfants. Pour en savoir plus cliquez ici 3 - Le virtuose flamboyant, la Glanzperiod 1840-1847 Succès phénoménal dans toute l’ Europe, la lisztomania. Ayant rompu avec Marie d Agoult, il rencontre la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein en 1847 avec qui il va s’ installer à Weimar. Pour en savoir plus cliquez ici 4 - Le Maître de chapelle à Weimar 1848-1861 Il arrête ses activités de pianiste virtuose pour devenir un grand compositeur et ne cesse d’ être être un généreux promoteur des œuvres des autres musiciens ( Berlioz , Schumann, Wagner etc) Pour en savoir plus cliquez ici 5 - Période romano vaticane 1862-1868 Après la foule et la cour à Weimar, voici maintenant l’ Église. Liszt un franciscain qui veut reformer la musique d’ Église. Il devient « l’ abbé Liszt » en 1865. Séjour à la villa d’ Este Pour en savoir plus cliquez ici 6 - Vie trifurquée entre Rome, Budapest et Weimar 1869-1886 Belle activité de pédagogue, inventeur des master class, Liszt ne se fait jamais payer de ses leçons. Il apporte à chaque ville sa contribution de grand musicien. Il décède le 31 juillet 1886 à Bayreuth lors du festival chez sa fille Cosima qui avait épousé Richard Wagner. Pour en savoir plus cliquez ici Pour écouter Paul Hubert des Mesnards à propos de Liszt sur Fréquence Protestante Les neuf vie de Franz Liszt Cliquez ici Le processus de recréation Cliquez ici Bibliographie Gut, Serge, Liszt , Éditions de Fallois/L’Âge d’Homme, 1989. Walker, Alan, Franz Liszt, 2 tomes, Paris, Fayard, 1989. Pourtalès, Guy de , La Vie de Franz Liszt , première édition Gallimard en 1925 Rostand Claude, Liszt , éditions du Seuil, collection Solfèges, 1960 Jean Yves Clement , Franz Liszt Actes Sud Classica 2011 Stricker, Rémy , Franz Liszt, les Ténèbres de la gloire, Paris, Gallimard, 1993. Huré, Pierre-Antoine Claude Knepper, Liszt en son temps, Paris Hachette Littératures1987. Burger Ernst, Franz Liszt. Chronique en images et en documents , Paris, Fayard 1988 Walker, Alan, La Mort de Franz Liszt, d’après le journal inédit de son élève Lina Schmalhausen, Paris, Buchet-Chastel.
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Liszt et les femmes Franz Liszt, homme d'honneur et catholique fervent souffre d’une réputation de Don Juan, séducteur aux incessantes aventures amoureuses, ce qu’il n’a jamais été. Pourquoi cette réputation d’homme à femmes s’est-elle enkystée dès le XIXᵉ siècle, et comment se perpétue-t-elle ? Liszt, les femmes et le point d'honneur Voici ce que Charles-Alexandre grand-duc de Saxe-Weimar Eisenach écrivit à Liszt : "L’ expression Pundonoroso, (Point d’ honneur) me parait si applicable à vous même, elle me parait tellement caractériser votre individualité comme votre vie que je ne puis m’ empêcher de vous attacher cette expression. Ainsi recevez mon cher Pundonoroso toute la reconnaissance etc… » C’est ce point d’honneur qui servira de fil conducteur à l’examen des relations féminines de Liszt. Non pas pour l’absoudre ou l’idéaliser, mais pour comprendre comment un homme aspirant à la légitimité du mariage, profondément croyant, a pu se trouver engagé dans des relations paradoxales et pourquoi ces paradoxes ont nourri, bien plus que les faits eux-mêmes, la légende du Don Juan romantique. Pour en savoir plus Cliquez ici Liszt féministe C’est surtout dans le soutien actif aux femmes musiciennes que s’exprime le féminisme le plus tangible de Liszt. Aucun autre compositeur célèbre du XIXᵉ siècle n’a soutenu avec autant de constance trois générations de femmes artistes, dans un contexte profondément misogyne, encore dominé par les idées de Rousseau, pour qui « les femmes n’ aiment aucun art, ne s’ y connaissent en aucun, n’ ont aucun génie » Pour en savoir plus Cliquez ici Don juan ? Mythes et réalités « La relation de Liszt avec les femmes a fait couler dans la presse des encres plus ou moins bienveillantes à l’égard du musicien, construisant le génie virtuose auquel nul individu de sexe féminin ne peut résister ; c’est un des clichés les plus éculés et des plus lucratifs de la littérature légère à propos de l’homme. » Grégoire Caux, musicologue chercheur Pour en savoir plus Cliquez ici La femme dans l'œuvre de Liszt Dans l’œuvre de Liszt, la femme n’est jamais un simple personnage. Elle est symbole, médiatrice, tentatrice, rédemptrice. Qu’elle soit sainte, muse, amante ou sirène, elle incarne toujours un passage : de la faute au pardon, de la chute à l’élévation ou de l’ élévation à la chute. À travers elle, Liszt met en musique son propre combat intérieur — celui d’un homme cherchant désespérément à réconcilier l’amour humain, l’art et Dieu. Pour en savoir plus Cliquez ici
