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L’ENFANT PRODIGE, LES ANNÉES D’APPRENTISSAGE 1819 - 1827
C’est à Raiding, petit village de Hongrie, à 90 km de Vienne, près de l’actuelle frontière austro-hongroise, que naît Franz Liszt, dans la nuit du 21 au 22 octobre 1811.
Son père, Adam, est intendant des domaines du prince Esterhazy. La famille Esterhazy était une grande famille princière bien connue des musiciens, puisque c’est à son service qu’avait été Joseph Haydn. Les domaines en question sont des bergeries qui comptent cinquante mille moutons et cent chèvres !
Adam Liszt est un homme cultivé qui a deux passions :
- la musique ; il joue en amateur de plusieurs instruments, il avait tenu le violoncelle dans l’orchestre du prince lorsqu’il était à la cour,
- la religion, passion qu’il partage avec sa femme, Anna Lager. Il avait même été novice chez les franciscains dans sa jeunesse.
Franz sera leur unique enfant.
1811, c’est l’année de la comète, une merveille astronomique, qui devenait de plus en plus spectaculaire à l’approche de la naissance de Franz, et les diseuses de bonne aventure du campement tzigane voisin prédiront la naissance d’un grand homme.
Le petit Franz est de santé fragile, et ses parents craindront plusieurs fois de le perdre.
C’est à l’âge de six ans qu’il révèle des dispositions exceptionnelles pour la musique, en reproduisant d’oreille des airs joués par son père. Émerveillé par son talent, Adam lui enseignera le piano, et aussi, ce qui est important pour la suite de sa carrière, l’harmonie, la composition, le déchiffrage à vue et l’improvisation, bref, la musique dans son ensemble. Et le petit garçon se taillera un joli succès auprès des notables locaux en improvisant sur des airs populaires.
Adam se rend vite compte que le talent de son fils mérite une autre pointure pour son enseignement et il entreprend des démarches pour obtenir un congé afin de s’installer à Vienne. C’est ainsi que Franz quittera définitivement à dix ans son village natal.
Il gardera de ces dix années à Raiding deux impressions fortes :
- la religion : il aura été très impressionné par les services religieux auxquels ses parents l’ont emmené,
- et les tziganes : il est fasciné par ces personnages mystérieux qui jouent une musique étrange. Il aura plus tard l’occasion de les retrouver.
Voilà donc le petit Franz à Vienne. Il va étudier avec deux célébrités.
Le piano avec … Carl Czerny ! En fait c’était un remarquable pédagogue, disciple et interprète de Beethoven, qu’il fera d’ailleurs connaître au petit Franz qui lui vouait une grande admiration (le portrait de Beethoven figurait en bonne place dans le salon de sa maison natale, et quand on lui demandait ce qu’il voudrait faire plus tard, il montrait le portrait de Beethoven en disant « comme lui »).
De plus, Czerny était loin d’être une « vieille barbe » ! Il avait la trentaine et a été pour Franz comme un frère aîné. Il faut signaler aussi que, connaissant la situation financière de la famille Liszt qui n’était pas brillante, il a dispensé son enseignement gratuitement.
L’autre célébrité avec laquelle Franz a étudié la composition, c’était Anton Salieri, celui dont une rumeur sans fondement, qui s’est propagée jusqu’à nos jours en inspirant la pièce « Amadeus » de Peter Shaffer et le film éponyme de Miloš Forman, avait fait l’empoisonneur de Mozart. Salieri non plus n’avait rien demandé pour son enseignement.
Et c’est à l’âge de onze ans que Franz compose et publie sa première œuvre : « Variation sur une valse de Diabelli ».
Le séjour à Vienne touche à sa fin, car Adam a de plus grandes ambitions pour son fils : aller à Paris pour qu’il y suive l’enseignement du Conservatoire qui représentait ce qu’il y avait de mieux en Europe.
Avant de partir, le petit Franz donne un dernier concert triomphal à Vienne ; on y remarque, au premier rang, un personnage célèbre, qui s’était fait beaucoup prier pour venir, car il détestait les enfants prodiges. C’est Beethoven lui-même, qui, à la fin du concert, monte sur scène, embrasse l’enfant au front en lui disant : « Va, tu es un heureux et tu rendras heureux d’autres hommes. Il n’y a rien de mieux, de plus beau ». Cette belle scène du « Weihekuss », le « baiser de consécration » de Beethoven, immortalisée par une lithographie, a toutes les chances d’être une légende ! La seule chose dont on est certain, c’est qu’une rencontre a bien eu lieu, mais au domicile de Beethoven.
Nous voici donc en 1823. Adam prend une décision radicale : il démissionne définitivement de sa charge d’intendant. Cela signifie que les seules ressources de la famille viendront des dix doigts de son fils qui a douze ans !
Et les voilà en route pour Paris, munis de lettres de recommandations des plus hautes autorités de l’Empire. Voyage triomphal : Salzburg, Munich, Augsburg, Stuttgart, Strasbourg, Metz et Paris. Dans chaque ville, Franz donne un concert triomphal. La rumeur s’étend comme une traînée de poudre : on parle de « Mozart ressuscité » (à peu de choses près, il suit le parcours du jeune Mozart lors de son premier voyage à Paris), on le compare aux plus grands pianistes du moment.
Arrivé à Paris, dès le lendemain, ils sont reçus par le directeur du Conservatoire qui, inflexible, refuse l’inscription de Franz : le règlement interdit l’accès des élèves étrangers aux classes de piano. Le coup est rude : tout ce voyage pour rien !
Ironie de l’histoire : ce directeur, si à cheval sur le règlement à l’égard des étrangers, était lui-même italien : il s’appelait Cherubini !
On se rabattra donc sur des professeurs privés, mais uniquement pour la composition : Franz ne prendra plus de cours de piano. Le plus grand pianiste virtuose de tous les temps aura terminé sa formation à douze ans, et n’aura eu que deux professeurs : son père et Czerny avec lequel il sera resté moins de deux ans.
Les lettres de recommandation aidant, il est vite connu et adopté par les milieux aristocratiques qui s’arrachent le « petit Litz » (on écorche encore son nom ainsi de nos jours, au lieu de le prononcer correctement « liste »). Il joue devant le duc d’Orléans, le futur Louis-Philippe, devant la duchesse de Berry. Très vite, il commence à donner des leçons aux jeunes filles dans les milieux chics !
À quatorze ans, on lui commande un opéra qui sera représenté à l’Opéra de Paris, avec un succès mitigé, Don Sanche.
Et surtout il entreprend des tournées, soutenu par le facteur de pianos Érard. Celui-ci avait introduit un perfectionnement décisif dans la mécanique du piano, et la virtuosité du jeune Liszt était le meilleur faire-valoir pour son invention. Après le marketing, voici le sponsoring !
Donc Franz entreprend plusieurs tournées dans le sud de la France, en Suisse, en Angleterre. Une telle vie n’est pas sans conséquences sur le psychisme d’un adolescent : c’est ainsi qu’il manifestera l’intention d’arrêter la musique et… de se faire prêtre ! Son père l’en dissuadera : « Tu appartiens à l’Art, pas à l’Église » !
Ces années d’apprentissage prendront fin en 1827 par le premier drame de sa vie : alors qu’il se repose d’une tournée fatigante en Angleterre avec son père à Boulogne sur Mer, celui-ci tombe brusquement malade et meurt en quelques jours. Ce jeune homme d’à peine dix-sept ans, seul fait venir sa mère de Hongrie à Paris.
Et au deuil s’ajoute une déception sentimentale. Depuis quelque temps déjà, Franz donnait des leçons de piano à une jeune fille de la meilleure société, Caroline de Saint-Cricq, fille d’un ministre de Charles X. Les deux jeunes gens ont le même âge, les mêmes goûts, et les leçons de piano se terminent par des discussions exaltées. La mère de la jeune fille voit d’un assez bon œil cette idylle, mais elle est très malade, et quand elle décède, le père se charge très vite de convoquer le jeune saltimbanque et de lui montrer où est sa vraie place : à la porte ! Puis il mariera sa fille à un homme de son milieu, le comte d’Artigaux. À la déception sentimentale s’ajoutera ainsi une humiliation sociale qui marquera Franz durablement.
Il va alors tomber dans une profonde dépression qui durera plus de deux ans. Il se retire quasiment de la scène, à tel point qu’un journal le donnera pour mort ; il songe de nouveau à se faire prêtre ; et il pense même à se laisser mourir de faim en se laissant enfermer dans le cimetière de Montmartre ! Va-t-il rebondir, et comment ?
Paul Hubert des Mesnards
Extraits de Franz Liszt L'artiste Roi Collection Les Portraits Musicaux - Les éditions Marinières
Les deux ouvrages de référence, qui m’ont le plus inspiré, sont :
Serge Gut, Liszt (Éditions de Fallois, l’Âge d’Homme, 1989). Ouvrage très complet qui comporte une biographie et des développements très intéressants sur différents aspects de l’artiste et de ses œuvres.
Alan Walker, Franz Liszt, 2 tomes (Fayard, 1989). Une biographie très complète. Alan Walker est un grand spécialiste de Liszt, et, en plus de cet ouvrage, il a écrit de nombreux essais.


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