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L'écrivain

« Liszt grandit en spirale, car il présente toujours de nouvelles faces : être extraordinaire. Je ne serais pas étonné de le voir quitter la musique tout à fait pour ne s’occuper que de littérature. »

Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, 1851

Liszt, penseur et philosophe érudit, fut un témoin emblématique de son siècle romantique. Écrivain prolifique, il figure dans le trio de tête des musiciens compositeurs célèbres du XIXᵉ siècle ayant le plus écrit, avec Berlioz et Wagner.

Les thèmes qu’il a évoqués sont éclectiques. Ainsi dans les Lettres d’ un bachelier es musique, il s’ y montre   concerné par les arts, la religion, la politique et la société dans son ensemble. Ses combats sont multiples et il n’élude aucun sujet de société dans laquelle il évolue, y compris son iniquité et les multiples injustices qu’il dénonce. 

Quelques thèmes de prédilection autour de la musique :

  • Le rôle salvateur de la musique, qui relie l’homme à Dieu : « La musique doit s’enquérir du peuple et de Dieu ; aller de l’un à l’autre ; améliorer, consoler l’homme ; bénir et glorifier Dieu. »

  • L’alliance de la musique et des autres arts : « La musique et la poésie devront-elles s’unir de plus en plus intimement pour prendre possession, l’une de l’autre, du vaste héritage qui leur est providentiellement assigné ? »

Écrivains et poètes anciens comme Dante, Shakespeare, Milton, Goethe, Schiller ou Byron, ainsi que de très nombreux contemporains, tels que Lamartine, Victor Hugo ou Baudelaire, pour ne citer que les poètes français dont il fut l’ami, n’ont cessé de l’inspirer. Lamartine, qui se disait un musicien des mots, qualifiait Liszt de poète des sons.

  • La subalternité dans laquelle sont tenus les musiciens est dénoncée dans De la situation des artistes et de leur condition dans la société.

  • La promotion d’une musique nouvelle, dite musique de l’avenir (Zukunftsmusik).

  • L’incompétence d’une critique trop sclérosée, qui pourfendait notamment la modernité de cette musique. Mais Liszt savait se défendre.

  • Le public, souvent décevant : « Le public est blasé, distrait, sinon stupide ; la critique, bouffie de son importance, très réelle à l’extérieur, est souvent vénale et occupée d’intérêts tout autres que ceux de l’art et des artistes. »

  • La critique de la musique religieuse, des concerts et des œuvres de ses contemporains. Il fut parfois mordant, notamment à l’égard de Thalberg, un concurrent de sa jeunesse ; mais, en règle générale, par ses articles et ses ouvrages, il soutint et aida de nombreux compositeurs et interprètes contemporains, comme John Field, Meyerbeer, Mendelssohn, Berlioz, Donizetti, Alkan, Chopin, Schumann, Wagner, Pauline Viardot, Bellini, Auber, et tant d’ autres, ou disparus, qu’il ne cessa de remettre en lumière, comme Palestrina, Lassus, Bach, Mozart, Gluck, Beethoven, Weber  ou Schubert.

C’est à Weimar (1847-1861), après avoir abandonné sa carrière de concertiste virtuose, qu’il publia l’essentiel de sa production littéraire.  Notamment un livre sur Chopin, des essais sur Berlioz et Wagner et un ouvrage conséquent sur la musique tzigane, Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie. Ensuite, déçu par tous les combats qu’il y mena, il aborda une période italienne plus religieuse et abandonna la littérature pour se concentrer sur la musique, notamment la musique d’Église, qu’il souhaitait réformer.

L’écrivain, terrassé, allait laisser toute la place à l’épistolier qu’il n’avait jamais cessé d’être.

L'épistolier

Ses lettres autographes sont la meilleure preuve de ses capacités rédactionnelles, de ses activités de penseur et de son érudition. Elles sont bien écrites ; le style est concis et imaginatif, le vocabulaire riche, l’humour omniprésent et les aphorismes percutants.

La lecture de cette correspondance impressionnante le révèle véritablement comme un observateur et un acteur de son temps.

Il mettait un point d’honneur à répondre au plus grand nombre de lettres qu’il recevait du monde entier, même si cela lui apparaissait contraignant, surtout à la fin de sa vie, lorsqu’il voyait de plus en plus mal et devait être assisté pour rédiger ses réponses. Les lettres qui nous sont parvenues ne constituent que la partie émergée de son immense correspondance, que l’on n’en finit pas de découvrir et qui n’a pas encore été entièrement exploitée dans les diverses archives. Elles sont estimées à plus de 12 000 ; certains chercheurs parlent même de 18 000!

Les plus importantes correspondances sont celles qu’il entretint avec les femmes de sa vie : sa mère, Anna Liszt ; ses enfants, Blandine et Cosima ; ses compagnes et amies, telles que Marie d’Agoult, Carolyne Sayn-Wittgenstein, Agnès Klindworth ou Olga Meyendorff ; ainsi qu’avec ses amis, parmi lesquels Hans von Bülow, Richard Wagner, Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, et une myriade d’autres correspondants, estimés à environ 1 200 à travers le monde. Les musicologues Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper nous en donnent un bel aperçu grâce à la pertinence du choix des textes réunis dans Liszt en son temps.

Les premières publications posthumes des oeuvres de Liszt

Lina Ramann (1833-1912), recrutée par la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein, rédigea la première biographie de Liszt ainsi que la première analyse critique approfondie de ses œuvres. L’ensemble fut publié en trois volumes sous le titre Franz Liszt als Künstler und Mensch (« Franz Liszt, l’artiste et l’homme »).

La Mara (Maria Lipsius, 1837-1927), musicologue allemande, publia les Gesammelte Schriften (« Œuvres complètes »), qui comprennent six volumes rassemblant les livres, recueils, brochures et correspondances de Liszt. Publiés après la mort du compositeur, de 1893 à 1918, ils mirent à la disposition des chercheurs un total d’au moins 4 000 lettres, qu’elle soumit malheureusement parfois à sa propre censure.

Volume 1 — F. Chopin (1852)

Volume 2 — Articles de la Revue et Gazette musicale (1834-1840)

  • De la situation des artistes et de leur condition dans la société

  • Lettres d’un bachelier ès musique

Volume 3 — Pages consacrées au théâtre lyrique (1854-1856)

  • Richard Wagner

Volume 4 — Des Annales du Progrès (1855-1858)

Volume 5 — Incursions : critiques, polémiques et sujets d’actualité (1850-1858)

Volume 6 — Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie (1859)

La Mara publia en tout une vingtaine de volumes comprenant notamment la correspondance de Liszt avec Hans von Bülow, Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, ainsi qu’avec sa mère, Anna Liszt.

Peter Raabe (1872-1945), directeur du musée Liszt à Weimar, publia Franz Liszt : Leben und Schaffen (Vie et œuvre) en deux volumes. Cet ouvrage présente néanmoins plusieurs erreurs. Raabe réalisa également le premier grand catalogue des compositions de Liszt.

Daniel Ollivier, petit-fils de Liszt, publia la correspondance de Liszt avec la comtesse d’Agoult, ainsi que les correspondances de Liszt avec sa mère et sa fille, Madame Émile Ollivier.

Aujourd’hui, on trouve de nombreuses éditions et rééditions critiques de ses œuvres et de sa correspondance, plus scientifiques et accompagnées de commentaires de grande valeur, comme Liszt épistolier de Christiane Bourrel.

Un amoureux de la langue française

Franz Liszt fut un grand « complexé », qui ne cessa de se méjuger, tant sur ses talents de compositeur que sur ceux d’écrivain polyglotte. Ainsi, l’utilisation de l’adjectif faible pour désigner ses ouvrages — « la propagation de mes faibles ouvrages » — est récurrente, comme le souligne Christiane Bourrel dans son livre Liszt épistolier.

Il fut élevé dans un contexte germanophone, mais ses parents ne parlaient qu’un allemand dénaturé, celui du Burgenland. La Hongrie était alors sous domination autrichienne.

C’est pourtant le français qui devint sa langue dominante. Lorsqu’il arriva à Paris, à l’âge de douze ans, il ne possédait encore que quelques notions de français. Citons Adam Liszt, père de Franz :

« Je suis venu à Paris (...) pour perfectionner le talent de mon fils par l’audition des grands artistes que cette capitale renferme en si grand nombre et pour lui faire cultiver la langue française, dont il a déjà quelques notions et que l’on peut appeler à juste titre la langue européenne. »

De plus, il ne bénéficia pas d’une scolarité normale, puisqu’il passa sa jeunesse, en tant que petit génie, à être exhibé un peu partout en Europe, comme le fut Mozart par son père. Il rappelle sans cesse à ses filles, dans sa correspondance, qu’elles ont eu la chance de pouvoir étudier et que cela lui a beaucoup manqué. Cette absence de scolarité, il la regrettera toute sa vie.

On peut considérer que, par rapport à beaucoup d’autres compositeurs célèbres de son époque, tels que Chopin, Wagner, Mendelssohn, Schumann ou Meyerbeer, il fut un autodidacte.

En tout cas, le jeune Liszt, grand lecteur, très doué et doté d’une excellente mémoire, fit rapidement d’énormes progrès en français.

Pour en savoir plus, lettre inédite écrite par Liszt à l'âge de 14  ans proposée et commentée  par Stéphane Monier Cliquer ici

Puis, en fréquentant, à partir de 1830, tout l’aréopage parisien des célébrités les plus cultivées — Victor Hugo, à qui il donna des cours de piano, Alexandre Dumas, Berlioz, Musset, George Sand, Chopin, Balzac, Théophile Gautier, Lamartine —, il s’immergea intensément dans cette culture et rattrapa son retard.

« Voici quinze jours que mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés. Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber sont tous autour de moi. Je les étudie, les médite, les dévore avec fureur… », écrit-il à Marie d’Agoult.

Il retrouvera avec elle l’allemand, sa langue maternelle. Marie avait été élevée dans cette culture par sa mère d’origine allemande. Plus tard, en 1848, lorsqu’il s’installera à Weimar, on peut dire qu’il deviendra bilingue, bien qu’il ne le reconnaisse jamais vraiment, se reprochant l’indigence de son allemand écrit et préférant écrire en français à sa mère, restée à Paris, à qui il impose cette langue dans leurs échanges.

Même s’il n’en est jamais satisfait, il manie le français avec élégance. Il apprécie les traits d’esprit, l’humour ; il aime les maximes et les proverbes. « J’ai toujours eu le goût des proverbes, dictons, maximes, aphorismes, devises », écrira-t-il. Il était obsédé par le style et ne laissait rien au hasard, à commencer par la ponctuation. Voici l’un des nombreux conseils qu’il donnait à ses filles :

« Apprenez à distinguer le point et la virgule ; le double point ; et n’abusez pas trop du trait de séparation ou d’union, qui est un expédient fort commode et très utilisé depuis quelque temps par les écrivains dépourvus de style. »

Il admirait Flaubert qui, d’ailleurs, n’était, comme George Sand et lui-même, jamais satisfait de ses propres écrits.

Son vocabulaire, très riche, est le fruit de sa culture des textes anciens, de sa connaissance du vieux français acquise par ses lectures, mais aussi de sa culture cosmopolite, nourrie par une vie passée à parcourir l’Europe, principalement la France, la Hongrie, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne. Il emploie ainsi des mots inhabituels et des néologismes, jamais farfelus, qui avaient toujours un sens et auraient parfois mérité d’être retenus.

Sa prose est, comme lui, duale. Elle peut être généreuse, lyrique, fleurie, enthousiaste, avec d’importantes digressions — ce que lui reprochait son gendre Émile Ollivier —, mais elle peut aussi être condensée et concise. Liszt apprécie la brièveté : « Excusez moi, je n’ai pas eu le temps de faire court », écrivait il à un ami…

Dans son Richard Wagner et Tannhäuser, Baudelaire a vanté les qualités de la prose lisztienne :

« Ici je laisse humblement la parole à Liszt, dont, par occasion, je recommande le livre (Lohengrin et Tannhäuser) à tous les amateurs de l’art profond et raffiné, et qui sait, malgré cette langue un peu bizarre qu’il affecte, espèce d’idiome composé d’extraits de plusieurs langues, traduire avec un charme infini toute la rhétorique du maître. »

Dans un autre poème, Le Thyrse, que Baudelaire dédia à Liszt, il rend de nouveau hommage au musicien et à l’écrivain :

« Cher Liszt (…) Improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la Volupté et de l’Angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l’immortalité. »

Paternité de ses écrits

On a beaucoup glosé sur le fait que Liszt n’aurait pas été l’auteur de ses écrits, mais que ce furent d’abord la comtesse Marie d’Agoult pour les œuvres de jeunesse (1834-1842), puis Carolyne Sayn-Wittgenstein pour les œuvres publiées à partir de 1848.

Liszt, très occupé par ses fonctions musicales et ne maîtrisant pas parfaitement le français, qu’il avait acquis tardivement, souffrait d’un excès de modestie, comme nous l’avons vu, et ne cessait de s’autocritiquer : « Je souffre parfois amèrement de ne pouvoir manier la parole comme je manie les touches de mon clavier. »

Il prit donc l’habitude de faire relire ses écrits par ses deux compagnes, Marie, puis, plus tard, Carolyne, établissant avec elles une forme de collaboration allant de la simple relecture à une participation plus importante à la rédaction. Il leur fournissait la trame et les idées afin qu’elles puissent développer le sujet, comme le prouvent plusieurs correspondances. Parfois, elles pouvaient même rédiger l’intégralité d’un article, comme ce fut le cas de la première des Lettres d’un bachelier ès musique, rédigée par Marie d’Agoult.

Cette dernière écrit dans ses Mémoires qu’elle l’a aidé :

« J’ai eu pendant de longues années une défiance de moi excessive, et je ne songeais pas à faire autre chose de ma plume qu’à aider Liszt à faire ses articles de musique. »

On peut penser que, si elle avait fait davantage qu’aider Liszt, elle ne se serait pas privée de le faire savoir, tant sa rancœur et son désir de vengeance à son égard étaient forts.

Plus tard, Carolyne de Sayn-Wittgenstein insista auprès de Liszt pour assurer la révision de deux de ses ouvrages en vue d’une réédition : Chopin et Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie. Liszt regretta ensuite cette décision, tant le style et certaines idées de Carolyne bouleversèrent ces deux œuvres, allant jusqu’à faire passer Liszt pour antisémite, ce qu’il ne fut jamais. Par égard pour Carolyne, il n’osa cependant pas désavouer publiquement les modifications qu’elle y avait apportées.

Ce qui contribua également à faire douter de la paternité de ses écrits fut le faible nombre de manuscrits autographes retrouvés. Liszt avait en effet pris l’habitude de dicter ses textes, comme en témoigne Lina Ramann, autrice de la première biographie de Liszt, qui vécut auprès de Carolyne :

« La princesse devint la secrétaire de Liszt… Il lui dictait ou lui indiquait ses pensées ainsi que le fil de ses idées, ou bien tous deux discutaient ensemble d’un sujet. La princesse transformait aussitôt le résumé de la discussion en un essai ou en un chapitre. »

Marie, la fille de Carolyne, à l’Altenburg de Weimar, confirme cette version : Liszt dictait à sa mère — d’où l’absence de documents autographes —, puis il corrigeait scrupuleusement le texte, souvent oralement, avant que les élèves n’en assurent la traduction en allemand.

À de rares exceptions près, quel que fût le niveau de participation de son entourage, c’est Liszt qui imposait ses idées et cherchait toujours à conserver le contrôle des écrits qu’il signait. D’ailleurs, aucun manuscrit autographe de Marie d’Agoult ou de Carolyne Sayn-Wittgenstein correspondant à des textes publiés sous le nom de Liszt n’a été retrouvé.

Pourtant, la rumeur d’un Liszt qui ne serait pas l’auteur de ses œuvres littéraires n’a cessé de croître et de s’enkyster. Elle fut renforcée par les écrits de certains musicographes, comme Peter Raabe, Émile Haraszti ou Ernest Newman, influençant les biographes ultérieurs, qui ne cherchèrent pas toujours à vérifier le véritable degré de participation de ses collaboratrices.

Or, aujourd’hui, les musicologues ne cessent de découvrir de nouveaux autographes, prouvant que Liszt fut un écrivain à part entière, même si une collaboration effective de ses deux compagnes est désormais établie.

Encore une fois, rien ne semble avoir été pardonné à Liszt. Pourtant, il nous paraît aujourd’hui naturel que les auteurs soumettent leurs textes à un examen critique et s’entourent de documentalistes, de secrétaires, de correcteurs ou de relecteurs. Et que dire désormais de l’intelligence artificielle ? Combien d’écrivains ont eu recours à ce que l’on appelle des prête-plume ou des écrivains fantômes ? Auguste Maquet, contemporain de Liszt, demeure le plus célèbre d’entre eux pour sa collaboration avec Alexandre Dumas. Ce dernier n’avait d’ailleurs pas hésité à accuser Berlioz d’être le « ghost writer » de Louise Bertin. On peut également citer Paul Arène auprès d’Alphonse Daudet ou encore Erik Orsenna auprès de François Mitterrand. Les exemples sont nombreux, et nous les ignorons souvent.

Heureusement, les chercheurs de la nouvelle génération, plus rigoureux dans leur démarche scientifique, ont su replacer la participation des deux compagnes de Liszt à sa juste mesure.

À propos de Liszt écrivain, il convient de citer les riches analyses de Nicolas Dufetel, un  lisztien érudit, dans plusieurs de ses publications, notamment Le Hérisson. Éditions Le Passeur 2016

Aujourd’hui, cette question devrait être un non sujet. Le recours d’Alexandre Dumas à un prête-plume ne l’a pas empêché de reposer au Panthéon. Laissons-nous donc porter, comme le disait Baudelaire, par le « charme » de la prose de Liszt et par son « art profond et raffiné ».

Ce qu’on a écrit sur lui

Novateur éclectique, doué en tout, mais aussi homme de paradoxes et personnage profondément dual, Liszt, par la longueur de sa vie comme par l’ampleur de son génie, a intrigué ses contemporains et continue de susciter une abondante littérature.

Des ouvrages de témoignage rédigés par ses nombreux élèves, qui, de retour chez eux, s’empressaient de raconter leur expérience auprès du maître, aux romans de vulgarisation, tels que La vie de Liszt est un roman de Zsolt Harsányi, jusqu’aux nombreux travaux des chercheurs, dont les publications scientifiques, aussi salutaires qu’exigeantes, s’efforcent de percer le mystère Liszt et de tendre vers un plus large consensus, la bibliographie qui lui est consacrée est considérable.

Principalement issus des pays où il vécut longtemps — l’Allemagne, la France, l’Italie et la Hongrie, son pays natal —, ces travaux sont aujourd’hui estimés à plus de 10 000 ouvrages qui lui sont consacrés  à travers le monde, même si une part importante d’entre eux relève du roman. Ces derniers, plus facilement disponibles que les travaux de recherche, constituent néanmoins, pour certains  lecteurs, une porte d’entrée vers son immense œuvre musicale et littéraire.

L'écrivain

La précocité de Liszt et sa maîtrise de la langue française.
Ses dons et sa précocité ne concernèrent pas que la musique mais se retrouvèrent dans bien d’autres domaines de sa personnalité, ainsi dans sa maîtrise de la langue française.
Franz fut élevé dans un contexte germanophone, sa mère Anna et son père Adam ne parlaient qu' un allemand dénaturé (celui du Burgenland). Ce dernier échouant à l’apprentissage du hongrois, il ne l' inculqua donc pas à son fils. En outre au XIXe siècle, La Hongrie était sous domination autrichienne.
Peut-être Liszt avait-il eu quelques notions de français avant d’arriver à Paris puisqu' en ce début du XIXe siècle toute l’Europe aristocratique et artistique était encore sous primauté linguistique française. 
A son arrivée à Paris en décembre 1823, il vient d' avoir 12 ans, et 4 mois plus tard, en mars 1824, il maîtrise déjà honorablement le français. Comme en témoigne  cette lettre touchante écrite à Londres par le jeune Franz et citée dans le Liszt de Alan Walker tome I.
" Monsieur, je vous serai infiniment obligée si vous voudrais bien vous donner la peine de venir me voir aujourd'hui à trois heures et quart ayant quelques morceaux de fini, et comme je désire de les faire graver je  m' adresse à vous en vous priant de bien vouloir les entendre pour que vous n' achetez pas le chat dans le sac,…"
Entre cette lettre et celle inédite ci-dessous datée du 1er juin 1826 concernant un concert qu’il a donné à Lyon et dont nous pouvons vous offrir  la primeur sur ce site grâce à Stéphane Monier qui en a fait l' acquisition, il ne s' est écoulé que  2 ans. Années bien remplies,  avec des tournées en Angleterre et en Suisse ainsi qu' une activité musicale importante en concerts et en compositions, son opéra "Don Sanche" écrit à 13 ans produit à l'Académie Royale de Paris et la composition et publication de son Étude pour le piano en 12 exercices (48 initialement prévus) qui deviendront plus tard Les Études d' exécution transcendante.
Liszt a ensuite vécu une douzaine d' années à Paris où il a pu s' imprégner de la  culture française; il a toujours préféré s' exprimer en français qu' il maîtrisait mieux que la langue allemande comme le prouve  la quantité d'œuvres, essais et prose écrits dans un excellent français. Rappelons néanmoins qu' il s'est toujours défini comme  " magyar" et qu' il se sentait avant tout Hongrois , nationalité qu’il revendiquait pour ses trois enfants.

Françoise Quédeville Marmey

Lettre inédite du 1 juin 1826, Liszt à 14 ans (voir ci contre)

Voir ci-dessous commentaire de Stéphane Monier que nous remercions pour son intéressante contribution.

 LETTRE INEDITE DE FRANZ LISZT ECRITE DANS SA QUINZIEME ANNEE

 

          En l’an 1826 le jeune Liszt effectua une tournée de concerts dans le sud de la France. Il se produisit en effet dans les villes de Bordeaux, Marseille et Lyon. Dans la « Cité des Gaules » Liszt se présenta trois fois en public : le mardi 23 mai, le mercredi 31 mai, puis, suite à l’insistance du Préfet, du Maire et du Lieutenant général, le mardi 13 juin, invariablement à 8 heures du soir dans l’ancienne salle de la bourse au Palais Saint-Pierre.

         Cette lettre, écrite le lendemain du deuxième concert, témoigne de la maturité du jeune Liszt et de sa maîtrise (déjà) de la langue française. Grâce à un article de Antoine Salles, conseiller municipal de Lyon, publié en 1911   pour le centenaire de la naissance de Liszt, nous en savons un peu sur l’organisation et la teneur de ces concerts. Des personnalités musicales de la ville telles que Mrs Baumann et Donjon, l’un premier violon, l’autre flûtiste à l’orchestre du Grand-Théâtre et Mlle Falleville qui quelques semaines plus tôt avait créé « la Dame blanche » (François Adrien Boieldieu) s’étaient mis à sa disposition pour l’encadrer et le seconder. Le prix des places était modeste, fixé à 3 francs.

         Le programme du 31 mai comprenait une étude de piano  probablement extraite de la première mouture des futures études d’exécution transcendante publiée chez Boisselot à Marseille en cette année 1826 sous le n° d’opus 6 - en fait 1- et dédiée à une jeune bossue Lydia Garella, son premier amour !

         Figurait également un pot-pourri dans lequel s’enchaînaient des motifs du chœur des Montagnards écossais de la Dame blanche, un air des Noces de Figaro et divers autres morceaux connus. Enfin, une ouverture, celle de Don Sanche,  jouée auparavant le 20 juin 1825 à Manchester.   Lors de ce concert, Donjon exécuta des variations sur la flûte et Mlle Falleville chanta un air des Folies amoureuses.

        

Que faut-il entendre par le terme « brioches » à prendre au sens figuré ?

Certainement la fantaisie et les acrobaties pianistiques auxquelles le public était peu accoutumé à cette époque.

Il faut remarquer aussi l’ardent et précoce désir du jeune Liszt de s’imprégner de la culture française.  Le destinataire de la lettre « Mon cher Monsieur Fouquet » n’a pas été identifié.

 Stéphane Monier (membre de "Sur les pas de Liszt")

Monsieur Fouquet 1 juin 1826.png
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