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- liszt à l'Altenburg | Lola
Liszt à Weimar : maître des lieux et cheville ouvrière Lorsque Liszt s’installe à l’Altenburg, à Weimar, ce n’est pas seulement un musicien célèbre qui prend ses quartiers : c’est un véritable centre de gravité culturel qui se met en place. Autour de lui s’organise une vie artistique d’une densité exceptionnelle, portée par la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein, dont l’hospitalité était à la fois somptueuse, chaleureuse et profondément stratégique. Rien n’était jugé trop beau, ni trop coûteux, lorsqu’il s’agissait de créer les conditions idéales pour le travail, la réflexion et l’échange intellectuel. L’Altenburg devint rapidement un foyer culturel d’une intensité rare. Des personnalités affluèrent de toute l’Europe — et même d’outre-Atlantique, si l’on tient compte des élèves américains qui commencèrent à fréquenter Weimar. Musiciens, écrivains, poètes, romanciers, peintres, savants, hommes politiques, diplomates s’y croisèrent, formant un cercle cosmopolite sans équivalent dans l’Allemagne de l’époque. Aucune autre ville allemande n’avait réussi à rassembler, dans un même lieu, une telle concentration de talents, issus de disciplines aussi diverses et de pays aussi éloignés. Pendant près de dix ans, Weimar devint la Mecque de la musique moderne, le cœur battant du romantisme allemand, grâce à l’énergie fédératrice de Liszt. À la Weimar ancienne, sclérosée et passéiste, tournée vers le culte exclusif de Goethe et de Schiller, s’opposa une Weimar nouvelle, audacieuse, tournée vers l’avenir : celle de la Zukunftsmusik, la « musique de l’avenir ». L’Altenburg : un laboratoire artistique Certains hôtes de l’Altenburg étaient de passage, d’autres s’y installaient presque durablement — on parlerait aujourd’hui de résidences artistiques. Ceux qui ne logeaient pas sur place trouvaient refuge à l’hôtel Erbprinz ou chez l’habitant. Tous participaient à une vie collective intense, faite de discussions passionnées sur la musique passée, présente et à venir. Toutes les musiques y étaient jouées, sans exclusive. Beethoven y occupait une place centrale, mais Chopin, Berlioz, Wagner y étaient tout autant à l’honneur, aux côtés des œuvres de Liszt lui-même et de celles des compositeurs contemporains qu’il soutenait. L’Altenburg n’était pas un sanctuaire figé, mais un lieu d’expérimentation, de confrontation esthétique et parfois de conflit idéologique. Liszt metteur en scène : l’audace sous le feu des critiques À Weimar, Liszt ne se contenta pas d’être un théoricien de la modernité musicale : il la mit en œuvre. En tant que Kapellmeister, il monta pas moins de quarante-quatre opéras, dont vingt-cinq de compositeurs vivants — chiffre considérable pour l’époque. Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est qu’il accomplit ce travail colossal avec des moyens extrêmement limités. Le biographe Émile Haraszti rappelle que les ressources dont disposait Liszt n’étaient guère supérieures à celles du Théâtre du Châtelet pour monter une simple opérette. À ces contraintes matérielles s’ajoutait une hostilité croissante : Liszt innovait, et cette audace heurtait frontalement le goût classique et conservateur du public weimarien. Il dut souvent monter des œuvres qu’il n’aimait guère, uniquement pour satisfaire le public, afin de préserver l’équilibre fragile entre innovation et acceptabilité. Mais lorsqu’il le pouvait, il imposait ses choix, montant — souvent en première mondiale ou allemande — des œuvres qui déclenchaient moqueries, quolibets et critiques virulentes. Liszt acceptait ces attaques comme le prix à payer pour faire avancer l’art. Liszt chef d’orchestre : un corps en mouvement Son engagement en faveur des tendances progressistes de la musique lui valut rapidement de nombreuses invitations à diriger, notamment lors de fêtes musicales et de manifestations prestigieuses. Même violemment critiquée, la musique moderne comptait des partisans enthousiastes, prêts à soutenir Liszt dans son combat. Chef d’orchestre atypique, il déconcertait les instrumentistes par une technique très personnelle. Il dirigeait avec tout son corps, refusant souvent de battre la mesure, préférant suggérer plutôt qu’imposer. Cette approche, à l’opposé d’une direction métronomique, déroutait parfois au point qu’il fallait lui adjoindre un second chef chargé de battre la mesure pour l’orchestre. Liszt concevait la direction comme un acte expressif total, où le geste incarnait la musique autant que le son. Liszt écrivain : une œuvre parallèle On oublie trop souvent que Liszt fut aussi un écrivain prolifique. Il laissa près de douze mille lettres, ainsi que de nombreux ouvrages, articles critiques et études, rédigés aussi bien en français qu’en allemand, langues qu’il maîtrisait parfaitement. Selon Alan Walker, l’ensemble représenterait une dizaine de volumes. À Weimar, cette activité littéraire fut particulièrement intense. Serge Gut a dressé un inventaire précis de ses écrits de cette période, longtemps sous-estimés ou attribués à tort à Marie d’Agoult ou à Carolyne Sayn-Wittgenstein. Les recherches récentes, appuyées sur de nombreux documents autographes retrouvés — notamment grâce à des collectionneurs — ont largement réhabilité la part réelle de Liszt dans cette production intellectuelle. Liszt pédagogue : l’invention des master classes Il serait impossible d’évoquer Weimar sans parler de l’activité pédagogique de Liszt. C’est là qu’il mit en place ce qui peut être considéré comme les premières master classes de l’histoire. Contrairement aux usages de son temps, il ne faisait jamais payer ses cours. Il réunissait ses élèves dans une même salle et leur demandait de s’écouter mutuellement, convaincu que l’observation des efforts de chacun favorisait l’émulation et l’épanouissement esthétique collectif. Après avoir inventé le concept de récital moderne, Liszt donnait ainsi naissance à une nouvelle manière d’enseigner la musique, fondée sur le partage et la transmission vivante. Liszt compositeur : l’apogée créatrice Malgré ses innombrables responsabilités — administrateur, chef d’orchestre, pédagogue, écrivain, pianiste — Liszt trouva à Weimar le temps de composer. C’est à l’Altenburg qu’il écrivit ou finalisa nombre de ses œuvres majeures. Certaines étaient déjà en germe durant sa période de gloire aux côtés de Marie d’Agoult ; à Weimar, il les approfondit, les transforma et en lança beaucoup d’autres. Il aborda pleinement l’orchestre symphonique et inventa le poème symphonique, explorant de grandes formes inspirées par les chefs-d’œuvre de la littérature et de la poésie. C’est à Weimar qu’il composa ou acheva notamment : la Sonate en si mineur, la Faust-Symphonie, la Dante-Symphonie, les Harmonies poétiques et religieuses, les Concertos pour piano n° 1 et 2, les Douze poèmes symphoniques, la Totentanz, la Méphisto Valse n° 1. C’est également à Weimar que s’épanouit son intérêt croissant pour la musique religieuse, sa foi ayant été ravivée et structurée par l’influence de Carolyne Sayn-Wittgenstein. De cette période datent notamment la Messe de Gran, le Psaume XIII, La Légende de sainte Élisabeth et le monumental Christus. Conclusion : le faux fainéant On comprend alors combien Liszt a mal mérité le surnom de « fainéant » que lui attribuait sa compagne la princesse Carolyne. En réalité, s’il semblait parfois dispersé, c’est qu’il courait sans cesse de projets en projets. Elle l’obligeait à rester à l’Altenburg pour composer, expliquant volontiers que sans cette contrainte il ne ferait rien — manière ironique de canaliser une énergie débordante. Liszt à Weimar fut tout à la fois bâtisseur, passeur, créateur et visionnaire. Rarement un artiste aura mené de front autant d’activités, avec une telle intensité, tout en y laissant une œuvre aussi vaste en tant que compositeur. Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Franz Liszt Toutes les correspondances Alan Walker "Franz Liszt" Editions Fayard 1989/98 Serge Gut "Liszt" Editions de Fallois 1889 Retour à Liszt intime, le caractère Cliquez ici
- partenaire à finaliser | Lola
NOS PARTENAIRES Pourquoi un réseau de partenaires Les Lisztomanias de Châteauroux La Fondation Liszt à Bologne La Fondation Liszt à Weimar Le Musée des Archives à Weimar Le Musée Liszt à Budapest Le Cercle National Richard Wagner Sur les pas de Liszt L'Institut Liszt à Paris Fréquence protestante Des mots et des notes Une base de connaissances sur Franz Liszt pour les initiés et les néophytes? Pour les initiés cette base de connaissances n'a pas l'ambition de constituer un recensement exhaustif de tout ce qui est à savoir sur Franz Liszt et son œuvre. Elle peut cependant à travers les témoignages que nous avons collectés de ses contemporains mais également auprès des artistes de nos jours dans la rubrique "aimez-vous Liszt" , d'identifier de nouvelles perceptions enrichissantes de son œuvre et amorcer de nouvelles pistes de réflexion. Pour les néophytes cette base de connaissance constitue un vecteur d'initiation qui accompagne les mélomanes potentiels dans la connaissance de ce grand compositeur aux mille facettes. D'abord par un résumé de sa "biographie" jalonnée de périodes particulières qui ont engendré des compositions spécifiques liées, entre autres, à ses relations "intimes" avec les femmes de sa vie qui ont éveillé son intérêt pour la philosophie et l'art d'une manière générale. Cela a engendré une "œuvre musicale" incommensurable qui en nombre de compositions dépasse largement celle de ses contemporains. Au titre de sa "carrière" il a exercé des métiers divers; pianiste concertiste, chef d'orchestre et a composé des œuvres magistrales liées à la musique religieuse et sacrée, des leader mais pas que, il était aussi un écrivain. En complément de ces divers domaines étayés par des témoignages d'hier et d'aujourd'hui, l'internaute aura accès dans la rubrique "connaître Liszt" à un recensement national et international de tous les sites spécialisés sur Liszt et de tous les festivals qui valorisent son œuvre chaque année. Dans ce développement, vous trouverez un angle d'attaque à votre mesure pour entrer dans le monde de Franz Liszt. Enfin, ce travail de synthèse n'aurait pu se faire sans une collaboration étroite avec notre réseau de "partenaires " notamment européens et nos "contributeurs" spécialisés rédacteurs d'articles insérés dans cette base de connaissance dont la pérennité est étroitement dépendante de ces contributions diverses. Alors, si vous êtes passionné de musique romantique et de Franz Liszt et que vous souhaitez contribuer à notre projet n'hésitez pas à vous faire connaître, nous prendrons aussitôt contact avec vous cliquez ici . Vous retrouverez dans le menu à gauche tous les domaines évoqués ci-dessus. Notre réseau de contributeurs et nos partenaires nationaux et européens ... ? Suite à nos sollicitations diverses des personnalités passionnées de Liszt ont apporté leur contribution en réalisant des articles que nous avons publiés et qui ont engendrés des réactions de nos internautes. Comme indiqué ci-dessus, nous souhaitons vivement développer ces types d'échanges pouvant être intégrés dans une rubrique ouverte à tous. Nous remercions, entre autres, Philippe André psychiatre, psychanalyste, écrivain, Alain Bernon, Diane Colin, chercheuse à l'Université de Toronto, et particulièrement Paul-Hubert des Mesnards, écrivain, pianiste, créateur de festivals, éditeur qui a activement contribué à l'élaboration de notre rubrique sur la biographie de Franz Liszt. Par ailleurs, Depuis la création de cette base de connaissances nous avons rencontré au cours de nos voyages divers sur les pas de Liszt des partenaires dont l'activité est totalement dédiée à l'œuvre de Franz Liszt. Ceux-ci nous ont permis de découvrir, notamment en Allemagne, en Italie aux Pays-Bas d'autres facettes du compositeur dans l'environnement qui a participé à sa création artistique. Nous citerons les voyages qu'il a réalisés avec Marie d'Agoult en Toscane ou à Rome avec la Princesse Carolyn Sayn-Wittgenstein ou ses divers séjours à Weimar. On peut citer dans ce domaine, entre autres, La Fondation Liszt à Weimar ainsi que le Musée des Archives , La Fondation Liszt à Bologne , Le Liszt Museum à Budapest. Vous souhaitez contribuer à cette base de connaissance sur Franz Liszt, faire des commentaires particuliers sur nos publications pour prendre contact avec nous Cliquez ici
- Iconographie | Lola
Iconographie Morphing et algorithmes pour faire revivre Franz Liszt, saisissant ! Diane Kolin* , a réalisé plusieurs vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux et qui font appel aux technologies du morphing. Diane Kolin a aussi réalisé une vidéo similaire sur Beethoven. Regardez en cliquant ci-contre, vous vous retrouverez face à Franz Liszt sur la période qui court de 1858 à 1866 avec des regards et des sourires rien que pour vous . Commentaires sur une photographie peu connue de Franz Liszt réalisée en mai 1861 Enfin, Diane Kolin nous apporte un complément historique sur cette photographie, voir ci-contre, réalisée en mai 1861: "Celle-ci a été prise à Paris en mai 1861 par le sculpteur et photographe Salomon (Antoine Samuel Adam-Salomon ), qui avait son studio rue de La Rochefoucauld à Paris. La photo a probablement été prise dans ce studio. Quelques années plus tard, en 1865, Salomon a ouvert un second studio rue de la Faisanderie. La particularité de ce cliché : Salomon demandait à ses modèles de poser en drapé de velours, ce qui est bien le cas ici pour Liszt. Pour moi il y en a une autre : il n’existe pas (du moins je n’en ai pas trouvé) d’autres clichés pris par Salomon de Liszt, ce qui donne à cette photo un caractère unique". Autres montages sur Franz Liszt "animé" Par Diane Kolin - Liszt Animated Pictures - 1858 1866 Cliquez ici - Liszt Animated Pictures - 1866 1874 Cliquez ici - Liszt Animated Pictures - 1876 1886 Cliquez ici - Liszt Animated Portraits - 1824-1886 Cliquez ici *Dre Diane Kolin, chanteuse, musicologue, pedagogue Biographie Cliquez ici Diane Kolin, PhD Site internet Cliquez ici Founder and Director of ArtsAbly Autres lectures sur Liszt en images Bory, Robert, La Vie de Franz Liszt par l’image , Paris, Éditions des Horizons de France Paris 1936. Burger, Ernst, Franz Liszt. Chronique en images et en documents, Paris, Fayard, 1988. Liszt animé Copiright Diane Kolin Cliquez ici Retour vers connaître Liszt Cliquez ici
- Bibliographie | Lola
Bibliographie sélective — Franz Liszt Cette bibliographie sélective rassemble les principaux ouvrages, éditions de correspondances et sources qui ont servi à la rédaction des articles de ce site. Les références propres à un sujet sont indiquées, le cas échéant, au bas de l’article concerné. Nous avons privilégié les éditions les plus récentes et les plus facilement disponibles. Une première découverte Pourtalès, Guy de , La Vie de Franz Liszt , première édition Gallimard en 1925 ; nombreuses rééditions. Un classique de la littérature biographique consacrée à Liszt, à lire aussi comme le témoignage d’une époque et d’une certaine vision romantique du personnage. Il se trouve en lecture gratuite sur le Net , Cliquez ici Clément, Jean-Yves, Franz Liszt ou la dispersion magnifique, Arles, Actes Sud/Classica, 2011. Une exploration intime et musicale de la vie de Liszt, esprit multiple, nomade et bohémien, à la fois virtuose, mystique, compositeur révolutionnaire, homme d’Église et grand humaniste. Martinez, Frédéric, Franz Liszt , Paris, Gallimard, coll. « Folio biographies », no 76, 2011. Une biographie accessible pour découvrir les multiples facettes du personnage. Ouvrages de référence Walker, Alan, Franz Liszt, 2 tomes, Paris, Fayard, 1989-1998. Une référence incontournable. Il s’agit de l’une des biographies de Liszt les plus riches et les plus documentées, accompagnée d’un appareil de sources considérable. Malgré son ampleur, elle se lit comme un roman. Gut, Serge, Liszt, Éditions de Fallois/L’Âge d’Homme, 1989. Plus synthétique que Walker mais dense, avec une approche musicologique et thématique particulièrement utile. Huré, Pierre-Antoine et Claude Knepper , Liszt en son temps, Paris, Hachette Littératures, 1987. Une approche de Liszt à travers les documents de son époque : correspondances, presse et témoignages de contemporains. Stricker, Rémy, Franz Liszt. Les Ténèbres de la gloire, Paris, Gallimard, 1993. Une lecture originale du personnage et de ses contradictions. Correspondance de Franz Liszt Bory, Robert, Liszt et ses enfants Blandine, Cosima et Daniel, d’après une correspondance inédite avec la princesse Marie de Sayn-Wittgenstein, Paris, Corrêa, 1936. Liszt, Franz, Briefwechsel mit seiner Mutter, éd. Klára Hamburger, Eisenstadt, 2000. Liszt, Franz, Correspondance (1832-1875), lettres choisies et annotées par Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper, Paris, Jean-Claude Lattès, 1987. Liszt, Franz, Lettres à Cosima et à Daniela, présentées et annotées par Klára Hamburger, Sprimont, Mardaga, 1996. Liszt, Franz, Lettres à la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein (1847-1859), réédition Forgotten Books. Liszt, Franz, Lettres à la princesse Marie de Hohenlohe-Schillingsfürst, édition établie par Pauline Pocknell, Malou Haine et Nicolas Dufetel, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 2010. Texte intégral Cliquez ici Liszt, Franz, The Letters of Franz Liszt to Olga von Meyendorff, 1871-1886 , Washington, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1979. Liszt, Franz et Marie d’Agoult , Correspondance, revue et annotée par Serge Gut et Jacqueline Bellas, Paris, Fayard, 2001. Liszt, Franz et Marie d’Agoult, Correspondance de Liszt et de la comtesse d’Agoult, éd. Daniel Ollivier, 2 vol., Paris, Grasset. Liszt, Franz et Charles-Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach , Correspondance , réunie et annotée par Nicolas Dufetel, Société française de musicologie. Édition annoncée, à vérifier quant à sa parution. Une correspondance entre Liszt et le grand-duc Charles-Alexandre a également été éditée par La Mara (Ida Maria Lipsius) chez Breitkopf & Härtel, à Leipzig, en 1909. Liszt, Franz et Madame Émile Ollivier, Correspondance de Liszt et de sa fille Madame Émile Ollivier, introduction et notes de Daniel Ollivier, Paris, Grasset, 1936. Liszt, Franz et Agnes Street-Klindworth, Correspondence, éd. Pauline Pocknell, New York, Pendragon Press, 2000. Liszt, Franz et Richard Wagner, Correspondance, nouvelle édition présentée et annotée par Georges Liébert, Paris, Gallimard, 2013. La Mara [Ida Maria Lipsius] (éd.), Franz Liszts Briefe , 8 vol., Leipzig, Breitkopf & Härtel, 1893-1905. La Mara a publié un ensemble considérable de correspondances et de documents consacrés à Liszt, dont plusieurs ont également circulé en français. Elle a notamment édité la correspondance entre Liszt et le grand-duc Charles-Alexandre de Saxe-Weimar ainsi que des documents relatifs à Hans von Bülow. Marie d'Agoult, Franz Liszt, Henri Lehmann, Une correspondance romantique . Paris, Flammarion, 1947. Œuvres littéraires de Liszt Liszt fut non seulement pianiste, compositeur, chef d’orchestre et professeur, mais aussi un homme de lettres particulièrement prolifique. Ses écrits permettent de découvrir sa conception de l’art, de la société, de la religion et du rôle de l’artiste. Liszt, Franz, Lettres d’un bachelier ès musique, édition présentée par Rémy Stricker, Le Castor Astral, 1991. Liszt, Franz, De la situation des artistes et de leur condition dans la société. Liszt, Franz, Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie, Paris, Librairie Nouvelle, Bourdillat, 1859. Liszt, Franz, F. Chopin, Paris, Escudier, 1852 ; rééd. Paris, Archipoche, 2010. Liszt, Franz, Artiste et société , textes réunis et présentés par Rémy Stricker, Paris, Flammarion, 1995. Liszt, Franz, Trois opéras de Richard Wagner considérés de leur point de vue musical et poétique, textes réunis, introduits et annotés par Nicolas Dufetel, Arles, Actes Sud, 2013. Autres ouvrages Agoult, Marie d’ , Mémoires, 1833-1854, introduction de Daniel Ollivier, Paris, Calmann-Lévy, 1927. André, Philippe, Années de pèlerinage de Franz Liszt : I. La Suisse ; II. L’Italie ; III., Aléas, 2008. Bellas, Jacqueline , Franz Liszt, un saltimbanque en province, Lyon, Symétrie, 2007. Boissier, Mme Auguste , Liszt pédagogue , Paris, Honoré Champion, 1928. Bory, Robert, La Vie de Franz Liszt par l’image , Paris, Éditions des Horizons de France Paris 1936. Bory Robert , Liszt et ses enfants, d'après une correspondance inédite avec la Princesse Marie Sayn-Wittgenstein, Edition Correa Paris 1936 Burger, Ernst, Franz Liszt. Chronique en images et en documents, Paris, Fayard, 1988. Candé, Roland de , La Vie selon Franz Liszt, Paris, Éditions du Seuil, 1998. Chantavoine, Jean, Liszt, Paris, Félix Alcan, coll. « Les Maîtres de la musique », 1910 ; nombreuses rééditions, notamment Culturea, 2022. Dufetel, Nicolas, Tout le ciel en musique. Pensées intempestives, Paris, Le Passeur, 2016. Dufetel, Nicolas et Malou Haine (dir.), Franz Liszt, un saltimbanque en province, Lyon, Symétrie, 2007. Dupêchez, Charles, Marie d’Agoult, Paris, Perrin, 1989. Dupêchez, Charles, Daniel Liszt, Paris, Mercure de France, 2025. Fay, Amy, Lettres intimes d’une musicienne américaine, préface de Vincent d’Indy, Paris, Dujarric, 1907. Également disponible dans les collections numérisées de la BnF/Gallica. Galliari, Alain, Franz Liszt et l’espérance du Bon Larron , Paris, Fayard, 2011. Haraszti, Émile, Franz Liszt, Paris, Picard, 1967. Herwegh, Marcel, Au banquet des Dieux. Franz Liszt, Richard Wagner et leurs amis, Editions Peyronnet, Paris, 1931. Jankélévitch, Vladimir, Liszt et la rhapsodie. Essai sur la virtuosité, Paris, Plon, 2019. Lachmund, Carl, Living with Liszt , Pendragon Press, 1995. La Mara [Ida Maria Lipsius], Liszt und die Frauen , réédition, Dearbooks, 2015. László, Zsigmond, Franz Liszt par l’image, Budapest, Éditions Corvina, 1978. Le Diagon-Jacquin, Laurence , La musique de Liszt et les arts visuels , Paris, Hermann, 2009. Le Diagon-Jacquin, Laurence, Liszt en Bourgogne, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2011. Le Diagon-Jacquin, Laurence (dir.) , De Franz Liszt à la musique contemporaine , Dijon, Éditions universitaires de Dijon, coll. « Musiques », 2023. Le Diagon-Jacquin, Laurence et Georges Zaragoza (dir.), Franz Liszt. Lectures et écritures, Paris, Hermann, 2012. Marix-Spire Thérèse, Les Romantiques et la Musique , le Cas George Sand, Nouvelles 2ditions Latines, Paris 1954 Moysan, Bruno, Liszt, virtuose subversif , Lyon, Symétrie, coll. « Perpetuum mobile ». Newman, Ernest, The Man Liszt, New York, Taplinger Publishing Company, 1970. Ollivier, Daniel, Mémoires de la comtesse d’Agoult, Paris, Calmann-Lévy, 1927. Ollivier, Émile et Carolyne de Sayn-Wittgenstein, Correspondance, éd. Anne Troisier de Diaz, Paris, Presses universitaires de France, 1984. Raabe, Peter, Liszt. Leben und Schaffen, Tutzing, Hans Schneider, 1968. Ramann, Lina, Franz Liszt als Künstler und Mensch, Leipzig, Breitkopf & Härtel, 1894. Reynaud, Cécile, Liszt et le virtuose romantique, Paris, Honoré Champion, 2006. Robert, Franz, Souvenirs d’une cosaque , Paris, Lacroix, 1874. Schorn, Adelheid von, Franz Liszt et la princesse de Sayn-Wittgenstein. Souvenirs intimes et correspondance, Paris, Dujarric, 1904. Siloti, Alexandre, My Memories of Liszt, publié par Methven Simpson, Edimbourg, Royaume-Uni, 1919 Stern, Daniel [Marie d’Agoult], Nélida, Paris, Calmann-Lévy, 1987. Vier, Jacques , Franz Liszt. L’artiste, le clerc, documents inédits, Paris, Le Cèdre, 1950. Vier, Jacques, La Comtesse d’Agoult et son temps, Paris, Armand Colin, 1955. Wagner, Cosima, Journal, 4 vol., Paris, Gallimard, 1979. Walker, Alan, La Mort de Franz Liszt, d’après le journal inédit de son élève Lina Schmalhausen, Paris, Buchet-Chastel. Wohl, Janka, François Liszt. Souvenirs d’une compatriote, rééd. Forgotten Books, 2018 ; éd. originale, Paris, Paul Ollendorff. Actes, études collectives et témoignages Actes du colloque international Franz Liszt, La Revue musicale, Paris, Éditions Richard-Masse, 1987. Franz Liszt, Lectures et écritures sous la direction de Florence Fix, Laurence Le Diagon-Jacquin et Georges Zaragoza, Edition Hermann Paris 2012 Les grands Topoï du XIXe siècle et le musique de Franz Liszt sous la direction de Grabócz, Márta, Editions Hermann 2018 De Franz Liszt à la musique contemporaine - Musicologie et significations - Hommage à Grabócz, Márta, sous la direction de Laurence Le Diagon-Jacquin et Geneviève Mathon, Editions universitaires de Dijon 2023 Pour approfondir : éditions anciennes et sources documentaires Certaines éditions anciennes demeurent précieuses pour la recherche, même lorsqu’elles sont aujourd’hui plus difficiles à trouver. C’est notamment le cas des travaux de La Mara (Ida Maria Lipsius), qui a joué un rôle majeur dans la publication des lettres et documents relatifs à Liszt à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Parmi ces publications figurent notamment les huit volumes de Franz Liszts Briefe, publiés à Leipzig chez Breitkopf & Härtel entre 1893 et 1905, ainsi que la correspondance entre Franz Liszt et Charles-Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, publiée à Leipzig en 1909. Ces éditions anciennes doivent naturellement être utilisées avec le recul critique qu’imposent les méthodes éditoriales de leur époque, mais elles restent des sources importantes pour l’histoire de la réception et de la documentation lisztiennes. Retour à Connaître Liszt Cliquez ici
- Carillon | Lola
Carillon Liszt et Philip Glass Composé par Liszt en 1870 pour l'anniversaire de sa petite fille Daniela von Bulöw, l'Arbre de Noël est un ensemble de douze pièces, souvent inspirées de chants de Noël. La sixième intitulée Carillon rappelle par le rythme saccadé du carillon la musique minimaliste de Philip Glass "Music with changing parts". Première minute à écouter pour comparaison. Music with changing parts de Philip Glass Cliquez ici Carillon extrait de l'Arbre de Noël de Franz Liszt Cliquez ici P our prendre plaisir à cette oeuvre dans son intégralité écouter les interprétations de France Clidat et Leslie Howard Retour à oeuvres pour piano Cliquez ici
- Engagement religieux | Lola
L'engagement religieux, sa foi La religion, clef de toute la vie de Liszt, pourrait se résumer en trois citations : « La folie et l’exaltation de la Croix, c’était là ma véritable vocation. » « La musique doit s’enquérir du peuple et de Dieu ; aller de l’un à l’autre ; améliorer, moraliser, consoler l’homme, bénir et glorifier Dieu. » « La vie n’est qu’un long et amer suicide, et la foi seule, mais une foi ardente, positive, celle qui transporte les montagnes, transforme ce suicide en sacrifice et résout ainsi lumineusement toute énigme, toute défaillance. » 1. L'importance du sujet : une œuvre religieuse considérable Cette foi profonde, cet attachement à la Croix, Liszt n’a cessé de les exprimer dans son œuvre. Il est probablement l’ un des compositeurs de musique sacrée le plus prolifique du XIXᵉ siècle avec Anton Bruckner. Crescendo Magazine classe ainsi ses œuvres religieuses: D'abord, les œuvres proprement liturgiques, c'est-à-dire fondées sur la liturgie de l'Église et destinées à être entendues dans l'esprit d'une célébration plutôt que d'un concert. On y trouve notamment ses quatre messes, dont la Messe de Gran, ainsi que le Requiem pour voix d'hommes , cuivres et orgue. Viennent ensuite les œuvres dites sacrées, entièrement inspirées par la religion mais ne respectant pas la liturgie et n'étant donc pas destinées au culte. C'est le cas de ses deux grands oratorios, Christus et La Légende de sainte Élisabeth, ainsi que de sa musique chorale sacrée qui, avec plus de soixante-dix titres, constitue l'un des domaines les plus importants de son activité créatrice. Enfin, on peut citer les œuvres profanes profondément imprégnées de spiritualité, comme les Harmonies poétiques et religieuses , les Deux Légendes (Saint François d'Assise et Saint François de Paule), Sposalizio , le Magnificat de la Faust-Symphonie, la Dante Symphonie ainsi qu'une quarantaine d'œuvres chorales. 2. Liszt et Dieu : un parcours spirituel L'enfance joue un rôle essentiel. Ses parents, catholiques d'une foi profonde, contribuent fortement à la vocation religieuse que Liszt éprouvera jusqu'à la fin de sa vie, même si cette foi connaît des périodes d'intensité variable. Son père avait lui-même connu une vocation religieuse. À l'âge de dix-huit ans, il entra comme novice dans un monastère franciscain, qu'il quitta deux ans plus tard. Le jeune Franz souhaite lui aussi entrer dans les ordres une première fois, avant la mort de son père. Celui-ci l'en dissuade fermement : « Tu appartiens à l'Art, non à l'Église. » Deux ans plus tard, Franz renouvelle sa demande : « La folie et l'exaltation de la Croix, c'était là ma véritable vocation… Je l'ai ressentie jusqu'au plus profond du cœur dès l'âge de dix-sept ans, alors que je demandais avec larmes et supplications qu'on me permit d'entrer au séminaire de Paris… » Son père est alors décédé. Sa mère, aidée de l'abbé Bardin, s'oppose à son projet. Nous sommes après son aventure sentimentale avec Caroline de Saint-Cricq. Dépressif, Liszt souhaite de nouveau entrer dans les ordres, mais sa mère et le curé de sa paroisse l'en dissuadent, estimant "qu'il doit servir Dieu et l'Église dans sa profession d'artiste, et non dans celle d'abbé". Au moment de la révolution des Trois glorieuses de 1830 - sa mère dira « c'est le canon qui l'a guéri »- il se remet véritablement à la musique. Il entreprend une Symphonie révolutionnaire, qu'il ne terminera jamais. Il fréquente Victor Hugo, à qui il donne des leçons de piano, Berlioz, dont il admire la Symphonie fantastique, mais aussi Lamartine, Vigny, Musset et tant d'autres. Il est désormais entré dans le tourbillon des salons parisiens. C'est au cours de cette période que se forgent son ouverture d'esprit et sa générosité légendaire. Il donne de nombreux concerts au profit des plus démunis et devient adepte du saint-simonisme, dont il apprécie plusieurs aspects : la justice sociale, l'élévation de l'humanité par l'art et la science, ainsi que l'amélioration des conditions de vie du peuple. N'oublions pas que le XIXᵉ siècle est celui des premiers socialismes. Karl Marx est exactement contemporain de Franz Liszt (1818-1883). Il rencontre alors Félicité de Lamennais, prêtre progressiste et promoteur d'un catholicisme libéral, favorable à la séparation de l'Église et de l'État, à la liberté de l'enseignement, à celle de la presse et à une plus grande égalité entre les hommes et les femmes. Liszt admire profondément ce prêtre. En 1834, alors que Marie est déjà dans sa vie, il séjourne pendant trois mois à la Chênaie, en Bretagne. Marie est prévenue : « Eh ! mon Dieu, vous connaissez ce que j'appelle ma vie, qui n'est que le développement d'une idée ; cette idée, c'est Dieu. » À Lamennais, il écrit encore : « L'avenir du christianisme est en vous. » Pourtant, le jeune Franz se détachera progressivement de ses idées pour devenir un catholique plus orthodoxe, sans jamais renier son amitié envers Lamennais qui sera excommunié mais auquel Liszt restera fidèle jusqu'à la fin de sa vie. Enfin, Liszt est également attiré par la franc-maçonnerie. S'il quitte finalement ces différents mouvements inspirés par des idéaux humanitaires et sociaux, ils laisseront une empreinte durable sur sa personnalité. Il continue à visiter les pauvres, les démunis, les hôpitaux, les cimetières et les prisons. Il avoue éprouver une compassion presque maladive pour tous ceux qui souffrent. Il écrit : « La devise de mon patron, saint François de Paule, est "Caritas !" J'y resterai fidèle ma vie durant ! » Au fur et à mesure de sa liaison avec Marie d'Agoult, il se détache progressivement du catholicisme orthodoxe. Ainsi, en 1835, à l'âge de vingt-quatre ans, encouragé par Marie dans son libéralisme religieux, il écrit dans De l'avenir de la musique religieuse : « L'Église catholique […] ne sachant qu'exclure et anathématiser là où il faudrait bénir et encourager, dépourvue du sentiment des besoins profonds qui travaillent les générations nouvelles […] s'est entièrement aliéné le respect et l'amour de la société actuelle. Le peuple, l'art, la vie se sont retirés d'elle ; et il semble que sa destinée soit de périr dans le délaissement et l'abandon. » Du catholicisme libéral à l'orthodoxie catholique Après sa rupture avec Marie d'Agoult, Liszt revient progressivement à un catholicisme plus affirmé, jusqu'à sa rencontre avec la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein, qui le remet littéralement sur le chemin du catholicisme traditionnel et fervent. D'origine polonaise, Carolyne est une catholique ardente. Elle entraîne Liszt vers une dévotion plus profonde, même si leurs opinions ne coïncident pas toujours, loin de là. À Rome, Carolyne demeure marquée par l'influence de Lamennais et se montre parfois moins conformiste que Liszt lui-même. Elle publie plusieurs ouvrages, notamment Des causes intérieures de la faiblesse extérieure de l'Église, vaste œuvre en vingt-quatre volumes que l'Église, après de longues hésitations et la mort de la princesse Carolyne, inscrit finalement à l'Index Librorum Prohibitorum. En 1873, à propos d'un différend qui les oppose sur la foi et sur l'Église, Liszt lui écrit : « Vous n'avez qu'à vous soumettre et obéir humblement ; car c'est le premier devoir des catholiques, sur lequel il n'y a ni à composer ni à broncher. » Avec l'âge, Liszt devient donc un catholique plus conservateur et plus orthodoxe. Il opte pour une obéissance totale à l'Église et accepte sans réserve le principe de l'infaillibilité pontificale. Il écrit : « Notre Église est si forte parce qu'elle exige l'obéissance complète. Nous devons obéir jusqu'à la pendaison. » Sa foi a donc considérablement évolué depuis sa jeunesse parisienne. Il est frappant de voir comment ce disciple de Lamennais et du saint-simonisme, adversaire des tyrannies et de l'obscurantisme, est devenu, avec les années, un catholique très orthodoxe, voire réactionnaire selon certains. 3. Liszt devient abbé En 1861, Franz Liszt et Carolyne s'établissent à Rome après avoir quitté Weimar (voir biographie). Poussé par la princesse, Liszt nourrit alors de grands espoirs de renouveler la musique liturgique de l'Église. Hélas, il connaîtra bien des déceptions. La première est l'annulation de son mariage avec Carolyne, prévu le 22 octobre 1861 et annulé la veille par les autorités ecclésiastiques, qui souhaitent réexaminer le dossier d'annulation du premier mariage de la princesse. Le cardinal Hohenlohe, frère du mari de la fille de Carolyne, Marie, s'était activement employé à empêcher ce mariage avec un « saltimbanque », selon le mot de Liszt lui-même, et à préserver la fortune de Carolyne au sein de la famille Wittgenstein. En 1864, le mari de Carolyne meurt. Pourtant, il n'est désormais plus question de mariage. À la surprise générale, Liszt qui appartient déjà au Tiers-Ordre des franciscains depuis 1857, décide de recevoir les ordres mineurs le 25 avril 1865. Il est alors âgé de cinquante-quatre ans. Il reçoit les quatre ordres mineurs, qui le maintiennent toutefois dans l'état laïc : Portier : gardien de l'église, chargé de son entretien et de la sonnerie des cloches ; Lecteur : chargé de la lecture publique des Écritures et de l'ordonnance de l'office ; Exorciste : chargé de lutter symboliquement contre les démons ; Acolyte : servant de messe, assistant le prêtre, portant l'encensoir et les burettes . Voici donc Liszt qui se fait désormais appeler l'abbé Liszt, alors qu'il ne possède guère plus de pouvoirs qu'un enfant de chœur. Il peut toujours se marier et n'est tenu ni au port de la soutane ni à celui de la tonsure, qu'il s'impose pourtant volontairement. La transformation du supposé « Don Juan » en abbé catholique stupéfie le public. On se moque de lui. Son cas devient de plus en plus croustillant et la presse à scandale s'en régale. Le héros auquel on prête tant d'aventures galantes, qui a séduit deux femmes mariées, est devenu abbé ! Lorsqu'on s'étonne de le voir porter la soutane, Liszt répond : « Quand le moine est tout fait au dedans, pourquoi ne pas y approprier au dehors l'habit ? » Pourtant, il ne souhaite jamais aller plus loin dans la hiérarchie ecclésiastique. Après sa formation au latin, suivie à Grottammare en Italie, il précise : « Mais je n'entends nullement devenir moine dans le sens rigoureux du mot. La vocation m'a manqué à cet effet. » En revanche, en 1879, il est nommé chanoine d'Albano sans avoir achevé une formation sacerdotale complète. Quoi qu'il en soit, cette période italienne est particulièrement féconde sur le plan artistique. Liszt y compose, ou y achève, plusieurs de ses plus belles œuvres religieuses, notamment son grand oratorio Christus. 4. Le renouvellement de la musique d'Église (1862-1869) En 1861, Liszt quitte Weimar pour rejoindre Carolyne à Rome. Il souhaite poursuivre son œuvre de compositeur religieux et pense qu'à Rome il pourra enfin réaliser un projet qu'il porte dans son cœur depuis sa jeunesse : renouveler la musique liturgique catholique. Dès 1834, à l'âge de vingt-trois ans, dans son texte De la musique religieuse, il dénonçait déjà avec une remarquable virulence la médiocrité de la musique d'Église de son époque : « Entendez-vous ce beuglement stupide qui retentit sous la voûte des cathédrales ? Qu'est-ce que cela ? C'est la psalmodie barbare, pesante, ignoble des chantres de paroisse... Et l'orgue, l'orgue, ce pape des instruments ! L'entendez-vous maintenant se prostituer à des airs de vaudeville... Ô honte ! Ô scandale !... Quand chassera-t-on du lieu saint ces bandes de gueulards ivres ? Quand aurons-nous enfin de la musique religieuse ? » On retrouve ici toute la fougue de ses vingt-trois ans. Le succès remporté par sa première grande messe solennelle, la Messe de Gran , composée pour la consécration, en 1856, de la plus grande basilique de Hongrie — la basilique de Gran, aujourd'hui Esztergom — lui a donné des ailes. Cette messe qu’ il a priée plus que composée comme il l’ a dit, le renforce dans sa démarche et il va écrire au Pape: « Si Sa Sainteté voulait plus tard donner suite à l'idée d'établir, pour ainsi dire, le canon du chant d'Église sur la base exclusive du chant grégorien, c'est une œuvre à laquelle je me dévouerai corps et âme. » Le chant grégorien, chant sacré exécuté à l'unisson et a cappella sur des textes latins, est considéré par l'Église comme plus important que l'accompagnement musical lui-même, celui-ci se limitant éventuellement à l'orgue. C'est donc vers cette forme liturgique par excellence que Liszt souhaite revenir. À Rome, on lui laisse croire que l'on n'attend que lui pour renouveler la musique d'Église. Il est reçu au Vatican, à Castel Gandolfo, et le pape Pie IX vient même lui rendre visite, entretenant ainsi son espoir d'une réforme prochaine. Pie IX, d'abord considéré comme un pape libéral, est devenu un conservateur résolu. Il condamne toute forme de modernisme dans l'Église, proclame le dogme de l'Immaculée Conception, soutient celui de l'infaillibilité pontificale et ira jusqu'à justifier l'esclavage. Son pontificat, de trente-deux années, demeure le plus long de l'histoire. Le pape possède cependant peu de culture musicale. Il apprécie surtout les pièces faciles. S'il rend visite à Liszt, c'est principalement pour l'entendre jouer et, pourrait-on dire aujourd'hui avec humour, faire un « karaoké » du XIXᵉ siècle. Ainsi, lla rumeur court que Pie IX aurait demandé à Liszt de jouer Casta Diva, extrait de La Norma de Bellini, afin de pouvoir chanter lui-même cet air, et que le pianiste s'y serait volontiers prêté. Il lui dédie sa Missa choralis , que le pape ne fera pourtant jamais exécuter. La relation demeure donc superficielle et sans véritable lendemain. Les promesses de réforme ne sont pas tenues. Liszt a le sentiment d'avoir été manipulé. De plus, il doit faire face à l'opposition des cardinaux, attachés au baroque italien et peu disposés à modifier leurs habitudes. Profondément déçu, il écrit : « La musique ne compte guère dans l'Église ; elle y est la Cendrillon des beaux-arts. » Voici donc notre abbé Liszt en soutane qui entre dans la dernière grande période de sa vie, celle qu'il appellera lui-même sa vie trifurquée, partagée entre Weimar, Budapest et Rome. Il n'a obtenu du Vatican aucune des réformes qu'il espérait. Malgré sa proximité avec le pape, il ne réussit même pas à faire admettre les femmes dans les chœurs d'Église, où elles continuent d'être remplacées par des enfants. Pourtant, il demeure un grand admirateur de Pie IX. Malgré les promesses non tenues, il accepte sans discussion toutes les décisions pontificales. Il conserve intacte sa foi, poursuit son œuvre de compositeur religieux et devient progressivement un adepte du cécilianisme. Sa musique se fait alors plus dépouillée et plus austère. 5. Le drame spirituel de Liszt Un croyant fasciné par la mort La foi n'a pas aidé Liszt à être heureux. Il demeure sujet à d'importantes phases dépressives, obsédé par la mort et souvent tenté par le suicide. Carolyne disait volontiers : « Liszt d’ ailleurs, aime la mort. » Sous une énergie remarquable avec des dons que beaucoup lui envient, -- n’ a t’ on pas dit que les fées s’ étaient penchées sur son berceau -- les ovations, les honneurs, les succès du pianiste virtuose comme ceux du compositeur — malgré de féroces détracteurs — se cache une profonde attirance pour la mort et la souffrance. Il dira lui-même : « Ma véritable nature, c'est la passion du martyre. » Tout au long de sa vie, il écrit : « Depuis mon enfance, mon sentiment de la vie a été triste et celui de la mort doux. » « Mourir me paraît plus simple que vivre. » « Dans mon adolescence, je me suis endormi souvent en espérant ne pas me réveiller. » « La vie n'est qu'un long et amer suicide. Il y a une ambivalence frappante. Celui qui répète sans cesse : « Je mourrai l'âme attachée à la Croix » s'interroge pourtant lui-même : « Si j'affirme croire, comment se fait-il que la mort provoque en moi cette peur ? La mort ne devrait-elle pas m'apparaître comme la porte d'entrée de la vie éternelle ? Le lieu même du repos et de la paix promise ? » Nous ne répondrons pas à sa place. S'il ne s'est jamais suicidé, c'est, écrit-il, à cause du cinquième commandement : « Encore une fois, je vous dirai que ma fatigue de vivre est extrême ; mais comme je crois que le cinquième commandement de Dieu, "Tu ne tueras point", concerne aussi le suicide, je continue d'exister. » La plupart de ses œuvres, sacrées comme profanes, témoignent de cette obsession de la mort. Pensons notamment à : Pensées des morts ; Totentanz (Danse macabre) ; Funérailles ; Héroïde funèbre ; Marche funèbre ; Les Morts ; Du berceau à la tombe ; les Trois Odes funèbres ; les Faust- et Dante-Symphonies ; les Méphisto Valses. Aucun autre musicien du XIXᵉ siècle n'a sans doute consacré autant d'œuvres à la mort. Un croyant déchiré Sa foi ne lui apporte pas la paix intérieure. Bien au contraire, elle semble renforcer ses doutes et accentuer son déchirement. Toute sa vie apparaît comme un terrible combat entre la foi, la chair et la musique. Il écrit : « Ma vie n'a été qu'un long égarement du sentiment de l'amour […] singulièrement mené par la musique — l'art divin et satanique à la fois ; plus que tous les autres, il nous induit en tentation. » Cette lutte permanente entre l'amour, la religion et sa vocation de compositeur constitue son véritable drame. Elle nourrit chez lui un profond sentiment d'échec, à la fois comme homme et comme artiste. Il a le sentiment de n'avoir pleinement réussi dans aucun domaine : ni auprès de Dieu, puisqu'il n'est pas allé jusqu'au sacerdoce ; ni en amour : « Je n'étais propre qu'à aimer — et je n'ai su que mal aimer. » Ni même comme compositeur, tant il lui fut difficile d'imposer la modernité de son langage musical. À cela s'ajoute un degré d'exigence exceptionnel qui le laisse rarement satisfait de ses propres œuvres. Tout cela s'inscrit sur un fond permanent de culpabilité : « Je continue d'exister avec la plus grande repentance et contrition d'avoir ostensiblement violé autrefois… le neuvième commandement. » L'angoisse de la mort, du Jugement dernier et de la rencontre avec Dieu ne le quittera jamais. Comme beaucoup de ses contemporains, Janka Wohl, femme de lettres et amie de Franz Liszt, demeure frappée par ce qu' on appelle sa « foi du charbonnier ». Après la mort de Liszt, elle écrit : « La philosophie allemande n'avait pas non plus de secrets pour Liszt, et je n'ai jamais pu comprendre comment le même cerveau pouvait être en si bons rapports avec tous les grands athées, déguster leurs argumentations en connaisseur et en gourmet, et avoir en même temps une foi aussi vive, aussi naïve, aussi profonde, la foi de quelque jeune villageoise qui ne sait pas lire. » Liszt avait déjà donné sa réponse dans une lettre de 1855 adressée à à la princesse Carolyne : « S'il était constaté que toutes les preuves métaphysiques à l'appui de l'existence de Dieu sont réduites à néant par les arguments de la philosophie, il en resterait toujours une absolument invincible : l'affirmation de Dieu par nos gémissements, le besoin que nous avons de lui, l'aspiration de nos âmes vers son amour. Cela me suffit, et je n'en demande pas davantage pour rester croyant jusqu'au dernier souffle de ma vie. » Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Franz Liszt ou l'espérance du bon larron d'Alain Galliari, Editions Fayard 2011 Saint François de Paule, par Murillo (XVIIe siècle), musée du Prado , Madrid . L'abbé Liszt, par Canzi et Heller 1860 Portrait de Carolyne à Rome Félicité de Lamennais Charles Baugniet 1841 Pie IX par les Frères D'Alessandri , v 1865 Retour à l'engagement de Liszt Cliquez ici
- Musique de chambre et orgue | Lola
La musique de chambre et musique pour orgue La musique de chambre Liszt a relativement peu écrit pour la musique de chambre. Ce petit corpus est néanmoins précieux, notamment parce qu'il permet d'observer sa pratique constante de la réécriture. ★ Duo — Sonate Pour violon et piano, sur des thèmes polonais — S.127 Une ambitieuse œuvre de jeunesse qui montre que Liszt s'intéressa très tôt au dialogue entre le piano et un autre instrument. ● Grand Duo concertant Sur Le Marin de Lafont — S.128 Œuvre brillante pour violon et piano dans laquelle les deux instruments sont traités comme de véritables partenaires virtuoses. ● Romance oubliée Romance oubliée — S.132 Œuvre tardive d'une grande intériorité, connue notamment dans sa version pour alto et piano. ● La lugubre gondole Liszt adapta cette méditation funèbre pour différents effectifs. Les versions avec instrument à cordes donnent à la ligne mélodique une couleur particulièrement sombre. ○ Pour aller plus loin ○ Élégie nº 1 ○ Élégie nº 2 ○ Die Zelle in Nonnenwerth ○ Am Grabe Richard Wagners Oeuvres pour orgue ★ Fantaisie et Fugue sur « Ad nos, ad salutarem undam » 1850 — S.259 Fondée sur le choral des anabaptistes du Prophète de Meyerbeer. Par son ampleur et sa construction, l'œuvre est parfois comparée à un poème symphonique pour orgue. Pour en savoir plus Cliquez ici A lire aussi, Liszt et l'orgue, dossier (4) Crescendo Magazine par Benoît Jacquemin Cliquez ici ★ Prélude et Fugue sur B-A-C-H 1855, révision 1870 — S.260 Les notes correspondant en notation allemande aux lettres B-A-C-H fournissent la cellule fondamentale d'une œuvre qui associe hommage à Bach et langage harmonique romantique. ★ Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » 1862 — S.673 Liszt utilise la basse chromatique d'une cantate de Bach, également présente dans le Crucifixus de la Messe en si mineur, pour construire une vaste méditation sur la douleur. ● Évocation à la Chapelle Sixtine S.658 Liszt rapproche dans une même méditation musicale Allegri et Mozart, deux compositeurs associés pour lui au souvenir de la Chapelle Sixtine. Retour à l'oeuvre de Liszt Cliquez ici
- Le pédagogue | Lola
Liszt pédagogue Par Dre Diane Kolin, chanteuse, musicologue, pedagogue Biographie Cliquez ici Cette section distingue, dans ses grandes lignes, trois périodes de la vie de Liszt en tant qu’enseignant, ainsi que des récits et témoignages d’élèves. Première période : de Paris à Genève Liszt arriva à Paris en 1823 avec son père Adam Liszt. Après la mort de son père en 1827 (Liszt avait 16 ans), sa mère Anna le rejoignit à Paris. Liszt commença à y enseigner le piano pour payer leur loyer. Cette période l’a aidé à développer une technique d’enseignement, cherchant son propre style en tant qu’artiste. Il a vite été submergé de cours, acceptant trop d’élèves, oscillant entre déprime et état de santé précaire. Il est tombé amoureux d’une jeune élève appelée Caroline de Saint-Cricq. Leurs conditions sociales étaient trop éloignées : Liszt était un pauvre musicien et Caroline appartenait à la haute bourgeoisie. Le père de la jeune femme a mis Liszt à la porte quand il a appris la relation entre sa fille et Liszt. Il rencontra Marie d’Agoult en 1833. Ils déménagèrent ensemble à Genève. Liszt enseigna au conservatoire de Genève qui venait juste d’être fondé, jusqu’en 1836. A Genève, il prit une décision qui attisant la colère de ses collègues, celle de ne plus faire payer ses leçons. Il suivit ce principe jusqu’à la fin de sa vie. S’il a développé des exercices au clavier, il n’a jamais placé la technique au premier plan. La technique était importante, mais il la plaçait derrière les sentiments qu’on met dans une interprétation. Pour Liszt, les deux étaient liés : les sentiments doivent être transmis au public lorsqu’on joue, ce qui passe d’abord par une bonne technique. Lorsque la technique est acquise, il faut donner quelque chose de sa personne. Il a toujours voulu jouer sur les nuances et chercher des correspondances avec d’autres arts, comme la poésie, la peinture et la sculpture, transposant ses émotions dans ses œuvres telles que Les Préludes ou Mazeppa, qu’on écoute également en poésie, d’où leur appellation de poèmes symphoniques. Ce qu’on sait peu de Liszt, c’est qu’il était aussi auteur et musicologue. Il a écrit, entre autres, la première biographie de Chopin, un traité sur les bohémiens et leur musique, des articles dans des revues musicales, et des essais et livres à propos de la musique. Deuxième période : Weimar La seconde période d’enseignement de Liszt est emprunte de son inventivité. C’est encore une fois un aspect de Liszt dont on parle finalement assez peu : il a inventé beaucoup de premières choses en musique. A Londres en 1840, il avait inventé le récital, se mettant en avant en tant qu’interprète en tournant le piano pour que ses mains soient visibles par le public. La même année, il effectua sa première masterclass, enseignant en groupe pour que chaque élève puisse profiter de ses conseils. Entre 1847 et 1861, il révolutionna la manière de diriger les orchestres lorsqu’il est devenu Kapellmeister à Weimar. Il voulait porter un nouveau monde musical qui se reflétait dans sa pédagogie. Avec Wagner, Liszt représentait ce qu’on appelait la Nouvelle École Allemande, c’est-à-dire une transformation de ce que faisaient les compositeurs traditionnels en intégrant de nouveaux sons, des dissonances, qui pouvaient choquer les puristes, tout en respectant ses maîtres, les compositeurs du passé tel que Beethoven qui était partout dans la maison de Liszt. Son portrait a suivi Liszt toute sa vie. Il avait un profond respect pour ses collègues, même ceux qui n’appréciaient ou ne comprenaient pas ses compositions. D’ailleurs son groupe d’élèves de cette période d’enseignement, tels que Peter Cornelius, Hans von Bülow ou Joachim Raff, étaient des élèves qui défendaient également la Nouvelle école de musique allemande. Ses cours comprenaient en permanence une quinzaine d’élèves. Il voyageait parfois avec ses élèves, ce qui lui permettait un équilibre entre sa vie personnelle, sa vie professionnelle et son activité de compositeur. C’est une période où il a beaucoup composé, et dirigé beaucoup de concerts. Ses élèves le suivaient et apprenaient. Liszt donnait ses cours là où il se trouvait. Ses cours étaient gratuits. Lorsqu’il a enseigné au conservatoire de Genève, il a décrété qu’il n’y avait pas de raisons de faire payer de jeunes artistes sans le sou pour leur passion. Il a appliqué ce principe jusqu’à la fin de sa vie. Troisième période : la vie trifurquée, Budapest, Rome, et Weimar De 1861 à 1886, sa vie était partagée entre religion et musique. C’est une période passionnante, qu’on surnomme dans la littérature lisztienne sa « vie trifurquée » (une voie à trois branches) puisque son temps, ses activités et son enseignement étaient partagés en trois endroits : Budapest, Rome, et Weimar. Rome était le lieu de pratique de la religion. Chez Liszt, il existait un rapport étroit entre la musique et la religion. Il est rentré dans les ordres et est devenu abbé en 1865, après quoi on l’a appelé l’Abbé Liszt. Il a été logé dans les appartements de la Villa d’Este, où les impressionnantes fontaines du jardin lui ont servi de source d’inspiration pour Les Jeux d’Eaux à la Villa d’Este. Il enseignait également là-bas. Budapest représentait l’Académie Royale de Musique, qu’il a créée en 1875. Il en était le président. Il y enseignait et avait ses appartements dans les étages. A Weimar, il poursuivait ses masterclass. Ses élèves, qu’il appelait ses « enfants », venaient suivre des cours dans sa maison, nommée la maison du jardinier (la Hofgärtnerei), qu’on peut encore visiter aujourd’hui puisqu’il s’agit du Musée Liszt. La maison est petite mais on a presque l’impression que l’esprit de Liszt y est encore. On y ressent de l’émotion. Il recevait des élèves venant de partout dans le monde, d’origines très variées : il avait des élèves de la Russie, des Etats-Unis, du Canada et d’Europe. Lorsque ses élèves rentraient dans leurs pays d’origine, ils emportaient les partitions d’œuvres de Liszt, ce qui a vraiment permis une diffusion très large, mondiale, de ses œuvres. Il y a de nombreux témoignages sur la manière dont Liszt travaillait avec ses élèves. Il était très ouvert, recevait et testait l’élève et le gardait s’il montrait des qualités humaines. Il y avait d’abord une audition, et si au piano l’élève montrait qu’il comprenait qu’il fallait qu’il y mette de sa personne, Liszt l’acceptait comme élève. Mais parfois ce n’était pas le cas, et lorsque l’élève était doué techniquement mais pas humainement, il lui disait qu’il n’avait pas sa place dans ces lieux et de retourner au conservatoire. Les cours étaient très vivants, pleins d’énergie. La pièce était toujours pleine, non seulement des élèves, mais aussi des auditeurs qu’il acceptait, des amis, et puis il était constamment à faire des activités ensemble avec ses élèves, même en dehors des cours, la vie sociale bâtait son plein, par exemple lors des « saucisses party » de son ami Carl Gille, pendant lesquels les élèves jouaient, ou les après-midis musicaux des sœurs Stahr. Weimar c’était plus que l’endroit de ses masterclasses, il créait des liens avec ses élèves, jusqu’à devenir une famille. Il a continué à enseigner jusqu’à la fin de sa vie, malgré une santé déclinante et le manque d’argent. D’une part il ne faisait pas payer ses élèves, et d’autre part, il leur donnait parfois de l’argent. Lorsqu’il entendait parler de difficultés financières d’un ou d’une de ses élèves, il leur disait qu’il venait justement de recevoir une somme d’argent et leur glissait une enveloppe dans la poche. Il est allé jusqu’à faire livrer un piano qu’on lui avait offert chez une de ses élèves qui n’en avait pas. La santé était un sujet très sensible chez Liszt. Il se voyait décliner, et ses élèves se faisaient du souci, mais il détestait parler de sa santé. Dans ses lettres, il se disait déprimé par ses problèmes de santé, il avait des problèmes de mobilité, de dents, de vue… Il devait d’ailleurs se faire opérer d’une cataracte en août 1886, mais il est décédé avant la date prévue. Ses élèves lui apportaient non seulement de la joie, mais aussi de l’aide lorsqu’il en avait besoin, que ce soit comme assistant lors de ses voyages ou comme secrétaire. Son dernier voyage l’a amené sur les routes de Paris, le Luxembourg, et Bayreuth. Il ne voulait pas aller à Bayreuth, d’après ses confidences à des amis et élèves avant le voyage. Il était fatigué car il venait tout juste de rentrer d’un voyage très éprouvant en Angleterre en avril, puis après l’Angleterre il a continué sa tournée pour assister à des concerts et pour voir des amis ou de la famille, à Anvers, à Bruxelles, à Rome, brièvement à Paris, avant de rentrer à Weimar en mai 1886, épuisé. Sa fille Cosima lui a rendu visite à Weimar. Il n’y avait pas d’amour de la fille pour le père. Elle a trouvé des arguments commerciaux pour le faire venir à Bayreuth, ayant besoin de faire de la publicité pour le festival de Bayreuth créé par Richard Wagner, qui était à la fois son ami et beau-fils, époux de Cosima. Après le décès de Wagner, le festival battant un peu de l’aile, Cosima a planifié le mariage de sa fille Daniella, la petite-fille préférée de Liszt, juste avant le festival, pour le forcer à venir se montrer. Il ne pouvait donc pas refuser de venir. Il a donné ses derniers cours à la fin du mois de juin 1886, puis il s’est fait accompagner à la gare par ses élèves. Liszt est parti pour faire sa dernière tournée, accompagné d’un de ses meilleurs élèves, Bernhard Stavenhagen. Ils sont partis ensemble à Paris, puis au Luxembourg, et finalement à Bayreuth. Lorsque Wagner était encore en vie, lors de ses passages à Bayreuth, Liszt logeait à Wahnfried, le domicile des Wagner. Après le décès de Wagner, Cosima a décrété qu’il serait bien mieux seul dans un appartement non loin de Wahnfried, dans le cas où il souhaiterait recevoir ses amis ou ses élèves. En réalité, elle ne voulait pas d’une charge à gérer chez elle. L’ appartement en question était situé juste derrière Wahnfried, et est aujourd’hui un musée Liszt. Pendant le trajet, il a attrapé froid, puis son état s’est dégradé, et il est mort dans cet appartement, dans d’affreuses conditions, le 31 juillet 1886. Sa fille avait interdit tout accès à la maison à ses élèves, qui attendaient de ses nouvelles à l’extérieur. Liszt et ses élèves Liszt a eu plus de 400 élèves, tout au long de sa carrière. La dernière période, de 1873 à 1886, est la plus documentée, car certains élèves ont écrit des journaux et des témoignages, tels que, entre autres, Amy Fay, Carl Lachmund, Walter Damrosch, Arthur Friedheim, Alexander Siloti, August Göllerich, et Lina Schmalhausen. Description d’une masterclass à Weimar Les cours avaient lieu les lundis, mercredis et vendredis, de 15h30 à 18h. Les groupes d’étudiants étaient de taille variée, allant du petit groupe de quatre personnes à une salle pleine de 40 élèves. La maison dans laquelle les masterclass avaient lieu, la maison du jardinier, la Hofgärtnerei, était assez petite et très simple. Le rez-de-chaussée était privatif, et à l’étage se trouvait un appartement circulaire. Les pièces communicantes incluaient la chambre de Liszt, avec un lit, un lavabo et une chaise, la salle à manger, et enfin la salle de musique, avec deux pianos, un Bechstein et un Ibach. Le Bechstein a été offert par le facteur de piano Carl Bechstein, qui était un des amis de Liszt. Le piano date de 1862, et a été restauré en 2020. Le célèbre piano droit Ibach, sur lequel Liszt a posé pour de nombreuses photos avec ses élèves, n'a été livré à la Hofgärtnerei qu'en avril 1885. Dans les premières années à Weimar, le piano droit était fourni par Höhne, un fabricant local de la ville. Les élèves se rassemblaient en bas de l’immeuble, dans la cour, sous l’œil de Pauline Apel, la majordome de la maison. Sa maison se trouvait dans la cour, en face de la maison de Liszt. (Après le décès de Liszt, la Hofgärtnerei est devenu le Musée Liszt, et Pauline Appel la première gardienne du musée. Elle y est restée jusqu’à son décès en 1926, à l’âge de 88 ans.) Les élèves attendaient que Liszt apparaisse à la fenêtre et leur fasse signe de monter. Il disait bonjour à chaque élève, avec un petit mot pour chacun. Il y avait aussi des auditeurs libres que Liszt autorisait à écouter depuis le salon. Une fois à l’intérieur, les élèves posaient leurs partitions sur une petite table à droite du piano. Liszt choisissait une partition, mais jamais deux fois le même morceau. Il disait « Qui a amené ce morceau ? » L’élève s’asseyait alors au piano. Pendant que l’élève jouait, Liszt marchait entre la salle de musique et le salon. Tout en écoutant, il glissait quelques mots à l’oreille de l’un ou l’autre au passage, revenait près du piano, arrêtait l’élève, le faisait reprendre à un certain endroit, donnait ses commentaires. Il s’asseyait parfois pour jouer. Pour Liszt, l’important était ce que l’interprète avait à faire passer comme émotion dans son jeu. Une masterclass durait environ 2 heures 30, après quoi il invitait parfois certains élèves favoris à rester plus longtemps, soit pour jouer, soit pour discuter, soit pour partager un repas. Ces élèves chanceux avaient droit aux confidences de leur professeur. Le rôle d’élève au-delà de celui d’étudiant Liszt a toujours eu un secrétaire ou une aide ou un majordome pour ses tâches quotidiennes. Il avait une routine assez bien faite dans la journée : il se levait très tôt, répondait au courrier, faisait une promenade, retournait se coucher, faisait des siestes dans la journée, pour pouvoir remplir ses autres activités d’enseignement et de composition. En prenant de l’âge, il a eu besoin d’aide pour s’habiller, s’organiser. Même avec l’aide d’un valet de chambre, il lui fallait la présence de ses élèves, soit comme compagnon de voyage, soit pour le distraire lorsqu’il était malade. Il confiait ces tâches à ses élèves favoris, notamment dans les dernières années, entre 1883 et 1886. Il détestait parler de ses problèmes de santé, et détestait encore plus qu’on le voit malade. Liszt avait décidé que, parce qu’il était abbé, il ne devrait voyager qu’en 3e classe dans les trains, avec des conditions de voyages qui n’étaient pas vraiment optimales pour un homme de son âge, avec ses problèmes de mobilité, de dents, de vue, de dépression. C’était inconfortable, il y avait des courants d’air. Il avait les jambes qui enflaient, jusqu’au jour où il s’est retrouvé dans l’incapacité de marcher, demandant à ses élèves de le porter du train à la calèche. A la fin de sa vie, il ne se déplaçait jamais sans être accompagné d’un ou plusieurs élèves. Être Lisztien n’était donc pas uniquement être un élève de Liszt venant prendre des cours de piano, cela signifiait aussi faire partie d’une famille créée par Liszt, ayant en quelque sorte remplacé sa propre famille – sa fille Cosima Wagner et presque tous ses petits-enfants (sauf Daniella) l’avaient abandonné. En juillet 1886, Liszt s’est rendu à Bayreuth à la demande de Cosima pour soutenir le festival créé par Wagner. Il est tombé malade lors de son voyage. Ses élèves sont venus lui tenir compagnie quand il était encore en état de tenir une conversation. Lorsqu’il a dû garder le lit, Cosima a fermé les portes de l’appartement, en interdisant l’accès à ses élèves. Mis à part son aide Miska, l’un des rares élèves ayant le droit d’entrée à l’appartement était Bernhard Stavenhagen, qui n’a pas réalisé à quel point l’état de mauvaise santé de son professeur était sérieux. Liszt est mort seul, abandonné de sa famille, ses élèves attendant de ses nouvelles è l’extérieur de la maison. Quelques élèves de Liszt Arthur Friedheim Arthur Friedheim est né en octobre 1859 et est décédé en octobre 1932, à 73 ans. Ce pianiste et compositeur de concert d'origine russe a été l'un des principaux élèves de Liszt. Il a d’abord étudié avec Anton Rubinstein, qui lui a suggéré d’aller étudier avec Liszt, ce qui est étonnant car Liszt et Anton Rubinstein étaient rivaux. Lorsqu’il est arrivé chez lui, Liszt n'aimait pas le jeu de Friedheim, bien qu'il reconnût l'individualité de son style. Liszt l’a finalement accepté comme élève en 1880. Plus qu’une relation élève-professeur, Friedheim est devenu son secrétaire, puis ils sont devenus amis. Il a écrit un journal en anglais sur son expérience avec Liszt de 1880 à 1886, intitulé Life and Liszt, The Recollections of a Concert Pianist (Taplinger Publishing Co., Inc., New York, 1961). Amy Fay Contrairement à Friedheim qui est resté six ans auprès de Liszt, Amy Fay a étudié avec Liszt uniquement pendant 5 mois, de mai à septembre 1873. Cette rencontre a changé sa carrière. Ils sont devenus amis par la suite et se sont souvent écrit. Amelia Muller Fay est née en mai 1844 et est décédée en novembre 1928, à 84 ans. C’était une pianiste de concert américaine, directrice de la New York Women's Philharmonic Society et chroniqueuse, connue surtout pour ses mémoires sur la scène musicale classique européenne. Élève de Theodor Kullak, Fay voyage en Europe pour étudier avec Franz Liszt. Ses lettres d'Allemagne, comprenant des descriptions de sa formation et des concerts auxquels elle a assisté, ont été publiées en 1880 sous le titre Music Study in Germany (McClurg & Company, Chicago). Extrait : Je passe un moment paradisiaque à Weimar, j'étudie avec Liszt, et parfois j'ai peine à me rendre compte que je suis au sommet de mon ambition, être son élève ! Il est tellement envahi par les gens que je pense que c'est étonnant qu'il soit courtois envers qui que ce soit, mais c'est l'homme le plus aimable que j'aie jamais connu, même s'il peut aussi être terrible, quand il le souhaite, et il sait comment mettre les gens à la porte dans le plus court laps de temps possible. Je vais chez lui trois fois par semaine. À la maison, Liszt ne porte pas son long manteau d'abbé, mais un manteau court, dans lequel il a l'air beaucoup plus artistique. Sa taille est remarquablement légère, mais sa tête est des plus imposantes. — Son appartement est si délicieux ! Tout a été meublé et mis en ordre pour lui par la Grande-Duchesse elle-même. Liszt se promène généralement, fume, marmonne (on ne peut jamais dire qu'il parle) et appelle l'un ou l'autre d'entre nous à jouer. De temps en temps, il s'assoit et joue lui-même là où un passage ne lui convient pas, et quand il est de bonne humeur, il fait tout le temps de petites plaisanteries. Son jeu a été pour moi une révélation complète et m'a donné une toute nouvelle vision de la musique. On ne peut concevoir, sans l'entendre, combien il est poétique, ni les mille nuances qu'il peut mettre dans les choses les plus simples, et il est également grand de tous côtés. Du zéphyr à la tempête, toute la gamme est également à sa disposition. (…) Vous ne pouvez jamais lui demander de jouer quelque chose pour vous, même si vous mourez d'envie de l'entendre. S'il est d'humeur, il jouera, sinon il faudra se contenter de quelques remarques. (Traduction depuis l’anglais : Diane Kolin) Emil von Sauer Emil Georg Conrad von Sauer est né en octobre 1862 et est décédé en avril 1942, à 79 ans. Compositeur, pianiste, éditeur de partitions et professeur de piano allemand, il a été l'élève de Liszt, et est devenu un des concertistes les plus distingués de sa génération. Point à la fois amusant et troublant, un autre élève de Liszt, Martin Krause, a dit de von Sauer : « C’est l'héritier légitime de Liszt ; il a plus de son charme et de sa génialité que n'importe quel autre élève de Liszt ». Tout le monde n’était pas complètement d’accord avec cet avis, à commencer par Emil von Sauer, lui-même. Il a d’abord étudié au Conservatoire de Moscou entre 1879 et 1881. Lors d'une visite en Italie en 1884, il rencontre la comtesse von Sayn-Wittgenstein, la compagne de Liszt, qui l’a chaudement recommandé. Sauer a ensuite étudié avec Liszt pendant deux ans. Cependant, pendant un certain temps, il ne se considérait pas comme un élève de Liszt. Dans une interview de 1895, il a même dit : « Il n'est pas correct de me considérer comme un élève de Liszt, même si je suis resté avec lui quelques mois. Il était alors très vieux et ne pouvait pas m'apprendre grand-chose. Mon professeur principal a été, sans aucun doute, Nicholas Rubinstein. » Mais dans ses dernières années, Emil von Sauer a changé d’opinion. Il a réalisé l'influence de Liszt sur lui-même et sur la musique en général. Emil von Sauer a été un interprète régulier des œuvres de Franz Liszt pendant sa carrière. Auguste Göllerich August Göllerich est né en juillet 1859 et décédé en mars 1923, à 63 ans. Pianiste, chef d'orchestre, professeur de musique et écrivain autrichien, il a d’abord étudié les mathématiques à l'Université de Vienne, comme le souhaitait son père. En 1882, il assiste au Festival de Bayreuth. Après la mort de son père en 1883, il se consacre entièrement à la musique, étudiant le piano à Vienne avec Toni Raab et la composition avec Anton Bruckner. Raab le présenta à Liszt en 1884, qui l'a accepté comme son élève. Il a reconnu le talent littéraire et pianistique de Göllerich, et il en a fait son secrétaire et compagnon de voyage lors de tournées de concerts en Allemagne, en Italie et en Russie. Il est resté que deux ans à ses côtés – deux années extrêmement importantes pour sa carrière. Après la mort de Liszt en 1886, il a travaillé comme critique musical à Vienne. Dans son livre « Les masterclasses pour piano de Franz Liszt 1884-1886 » (titre original allemand : Franz Liszts Klavierunterricht von 1884 bis 1886: Aus den Tagebüchern von August Göllerich (Studien zur Musikgeschichte des 19. Jahrhunderts) , Gustav Bosse Verlag KG, Kassel, 1975), il note scrupuleusement les dates des cours, les lieux des cours (Rome, Weimar ou Budapest) et pour chaque cours les interprètes et les répertoires (le fait qu’il ait été mathématicien de formation l’a poussé à être très rigoureux dans ses notes). Il marque les commentaires de Liszt qui sont parfois piquants. Extraits : (Göllerich indique toujours le compositeur, le titre de l’œuvre, et l’interprète) Vendredi 19 juin 1885, 16h – Weimar Liszt : Le triomphe funèbre du Tasse – Göllerich « Qui joue cet horrible morceau funéraire ? C'est absolument à condamner, car 'L'art est joyeux.' À la mesure 20, jouez immédiatement un crescendo très fort, plein et grandiose jusqu'au premier thème de la mesure 21, qui doit être joué strictement dans les temps mais pas trop lentement, avec de longs trémolos pleins, dans les basses. » À la phrase en la majeur de la mesure 41, il a dit : « Cela pourrait être pire. » Il a demandé que ce thème soit très soutenu et chanté, comme l'indique la partition. « Au thème du Tasse, commençant à la mesure 92, ne jouez pas les triolets de manière trop importante. » Il remarqua que c'était la seule section qu'il avait tirée du poème symphonique Le Tasse. « Tout culmine très rapidement, enflammé et puissant. A la fin, faites ressortir les cloches des mesures 228-231. » Le maître a ensuite joué lui-même plusieurs passages, notamment les passages à l'octave de la main gauche qui interrompent à trois reprises le développement du deuxième thème et qu'on est tenté de jouer agité. Il a fait remarquer qu'ici il souhaitait que cela ne soit ni agité ni ralenti. Il a ajouté : "Le compositeur de cette pièce (donc Liszt lui-même) est quelqu'un qui s'est évadé d'un asile avant d'avoir terminé ses études au conservatoire !" Le maître dirigeait avec enthousiasme la plupart des passages. (Traduction de l’anglais : Diane Kolin) Bach-Liszt : Fugue de six préludes et fugues pour orgue – Miss Fokke Le maître a joué la plupart des passages. À la page 5 (quasi presto), il dit : "Là, toute la famille 'Bach' [24 enfants] grimpe dans les arbres." Il mit alors particulièrement l’emphase sur les mesures 3 à 6 et 9. Il joua magnifiquement le passage du bas de la page 8, qui commence par le sol dièse de la main droite. Puis il joua le thème de la fugue très doucement et indistinctement, en remarquant : « Ce n'était pas aussi facile de continuer qu'on le pense. » Il appelait les passages des pages 16 et 17 « le goûter du milieu de la matinée » et, sans regarder le clavier ni la musique, les jouait à merveille. A la fin, il dit : « À la fin de la pièce, j'écrirai une nécrologie pour le pauvre compositeur qui a été expulsé de deux conservatoires et qui est finalement mort dans un asile près de Bayreuth ! » (Traduction de l’anglais : Diane Kolin) Dans ce dernier extrait, Liszt parle de lui-même. Il a effectivement été expulsé de deux conservatoires, celui de Paris lorsqu’il était enfant, qui n’acceptait pas les élèves non français, et celui de Genève lorsqu’il a décidé d’y enseigner gratuitement. La réflexion sur Bayreuth est troublante car elle n’est pas loin de la réalité. Frederic Lamond Dans les années 1920 et 1930, Lamond a enregistré de nombreuses œuvres de Liszt et de Beethoven, y compris un enregistrement acoustique complet du Concerto « Empereur », ce qui était très rare à l’époque. Frederic Archibald Lamond est né en 1868 et décédé en février 1948, à 80 ans. Pianiste et compositeur classique écossais, il a été l'avant-dernier élève survivant de Liszt, quelques mois avant son collègue portugais José Vianna da Motta. En 1882, Lamond entre au Raff-Konservatorium, à Francfort. Il a étudié le violon, la composition et le piano. Ses professeurs de piano ont été Hans von Bülow, qui a été l’élève puis le beau-fils de Liszt, Clara Schumann, qui a été une amie de Liszt avant de mettre cette amitié de côté, et finalement Liszt. Lamond étudia avec Liszt à Weimar et Rome en 1885, et à Londres en 1886. En avril 1945, trois ans avant son décès, Lamond a réalisé une série d’enregistrements dans les studios de la BBC à Glasgow, parlant de son temps avec Franz Liszt. Cet entretien a ensuite été transformé en chapitre de livre, le chapitre 5 de ses mémoires, qui n’ont été publiées qu’après sa mort (The Memoirs of Frederic Lamond, William MacLellan, Glasgow, 1949). Le chapitre 5 décrit l'époque de Lamond en tant qu'élève de Franz Liszt en 1885-1886. Bernhard Stavenhagen Bernhard Stavenhagen est né en novembre 1862, et est décédé en décembre 1914 à 52 ans. Pianiste, compositeur et chef d'orchestre allemand, son style musical a été complètement influencé par Liszt, en tant que pianiste mais aussi en tant que chef d'orchestre. C’était un ardent défenseur de la nouvelle musique allemande. Il a étudié le piano à Berlin avec Theodor Kullak en 1874, puis est entré à l'université de musique de Berlin en 1878, ajoutant à son curriculum la composition. En 1885, Stavenhagen devint l'élève de Liszt à Weimar. Il gagna vite sa confiance et voyagea avec lui à Rome, Budapest, Paris, Londres et Bayreuth. Après la mort de Liszt en 1886, Stavenhagen entreprit une série de dix années de tournées de concerts de piano en Europe et en Amérique du Nord, comme l’avait fait Liszt à son âge. Stavenhagen a enregistré des œuvres de Liszt grâce à une des premières techniques d’enregistrement sur rouleau de piano, qui enregistre le mouvement des touches en perçant un rouleau, qui pouvait ensuite être rejoué. Les rouleaux réalisés par deux élèves de Liszt, Stavenhagen et Alfred Reisenauer, portent l'inscription « tel que joué par le compositeur » ou « d'après des souvenirs personnels » – en d’autres termes, le plus proche possible de ce qu’ils ont appris avec Liszt, même si ce type d’enregistrement reste très statique. Alexander Siloti Alexander Ilitch Siloti, né en octobre 1863, décédé en décembre 1945, à 82 ans. Pianiste, chef d'orchestre et compositeur virtuose russe, il étudia le piano au Conservatoire de Moscou à partir de 1871, puis à partir de 1875 avec Nikolai Rubinstein, frère du célèbre Anton Rubinstein. Après l'obtention de son diplôme, Siloti partit pour Weimar grâce à une bourse pour poursuivre ses études avec Liszt, avec qui il étudia jusqu’à sa mort en 1886. Il a co-fondé le Liszt-Verein à Leipzig. Après la mort de Liszt, il retourna en Russie en 1887, devenant professeur de piano au Conservatoire de Moscou. Note de l’auteure : ces éléments biographiques ont été présentés au cours de deux épisodes de l’émissions de radio « Dans les pas de Liszt » présenté sur Fréquence Protestante par Catherine Gras et Paul-Hubert des Mesnards, diffusés les 7 décembre 2024 et 9 janvier 2025. Lien vers les deux émissions sur Liszt pédagogue Émission 1 Pour écouter Cliquez ici Émission 2 Pour écouter Cliquez ici Diane Kolin Pour en savoir plus Liszt and his pupils Alan Walker Cliquez ici Boissier, Mme Auguste , Liszt pédagogue , Paris, Honoré Champion, 1928. Leçon de Liszt à ses élèves : Le Liszt Paedagogium de Lina Ramann présenté et annoté par Nicolas Dufetel, Edition Symétrie 2025 YouTube Franz Liszt ´s pupils and friends play Liszt . Lire le commentaire « Plus » Cliquez ici Franz Liszt avec ses élèves à la Hofgätnerei à Weimar Photo Wikipedia Frederic Lamond 1868-1948 Emil von Sauer 1862-1942 Amy Fay 1844 - 1928 Alexander Siloti 1863-1945 Bernhard Stavenhagen 1862-1914 Auguste Göllerich 1859-1923 Arthur Freidheim 1859-1932 Cosima et Richard Wagner, au centre Daniela von Bülow Villa Wahnfried, Bayreuth 1881 Frederic Chopin 1810-1849 Peter Cornelius 1824-1874 Hans von Bülow 1830-1894 Joachim Raff 1822-1882 Villa d'Este, Tivoli Académie Royale de Musique, Budapest Salon de la Hofgärtnerei, Weimar Retour à la carrière de Liszt Cliquez ici
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Liszt : un virtuose moderne | France Musique (Liszt : un virtuose moderne | France Musique Cliquez ici Les caricatures de Liszt au piano Les caricatures de Liszt au piano notamment pendant sa Glanz-Period sont célèbres en particulier celles de Jànos Janko peintre et caricaturiste Hongrois publiées en 1873 et celle du peintre portraitiste Henri Lehmann le montrant en gravitation alors qu´il interprète son fameux galop chromatique. Liszt vivait sa musique avec tout son corps et cela était innovant voire choquant pour l’époque aussi ne manquait on pas de l’opposer à son non moins célèbre et concurrent de l’époque, Sigismund Thalberg . Citons Heinrich Heine , écrivain allemand : « Il est impossible d’imaginer un contraste plus tranché que Thalberg, noble, sensible, intelligent, tendre, calme, Allemand et même Autrichien opposé à Liszt, emporté, orageux, volcanique, fougueux comme un titan » François Joseph Fétis , musicien et critique Belge qui détestait Liszt, autant que Heine , conclura que Thalberg est le champion de la musique de l’ avenir et Liszt l’ apôtre du passé ! Quelle clairvoyance ! Liszt a été le premier à mettre tout son corps y compris sa magnifique chevelure en osmose avec la musique qu’il jouait. Il entrait ainsi en transe subjuguant son public par sa virtuosité et son fascinant charisme. Cela lui vaudra des charges bien imagées, Heine que nous venons de citer : « Quand il s’assied au piano, qu’il a rejeté plusieurs fois en arrière sa longue chevelure et qu’il commence à improviser, il se jette souvent avec furie sur les touches d’ivoire, alors surgit une forêt de pensées chaotiques … ». Plus tard en 1841, il écrira : « Liszt est une sorte de phénomène météorologique, quand il dépeint un orage au piano, nous voyons des éclairs ébranlant ses traits convulsifs, ses membres semblent secoués par la tempête et ses longs cheveux semblent ruisseler de plui e » De nombreux autres témoignages dépeignent Liszt au piano, parmi les plus célèbres - Friedrich Wieck professeur de piano allemand, père de Clara Schuman, « Certains pianistes transpirent, balayent leurs cheveux qui tombent sur leurs yeux, lorgnent l’auditoire tout énamourés d’eux-mêmes. » - Ernest Legouvé , écrivain français le décrit comme "un animal sauvage jetant constamment ses cheveux en arrière, ses lèvres tremblantes, ses narines palpitantes, balayant le public de son sourire". - Louis Moreau Gottschalk , pianiste et compositeur américain, fit en 1860, l’une des charges les plus féroces « Quand il jouait, le mouvement de sa tête, le balancement miraculeux de son corps, les contractions de ses énormes doigts le faisait ressembler à un fakir dans les affres d’ une convulsion extatique. Se penchant en arrière , les yeux fermés, la bouche serrée, secouant son immense chevelure, se ruant sur le clavier comme une bête sauvage sur une proie, balayant de ses cheveux les touches, les emmêlant de ses doigts sur ses yeux endoloris, il semblait lutter comme les anciens pythons dans l’ étreinte d’ un dieu invisible ». Nous voyons que la chevelure fait largement partie du mythe lisztien . Pourtant Liszt n´ a pas été le premier à adopter cette coiffure romantique, à commencer par Beethoven et surtout Paganini. Il eut de nombreux suiveurs notamment parmi ses disciples, comme Anton Rubinstein et Arthur Friedheim qui tous deux avaient coutume de rejeter leurs cheveux en arrière quand ils jouaient. Toutes ces démonstrations acrobatiques étaient-elles gratuites, répondaient elles au désir de Liszt de se faire de la publicité ou plutôt, comme l’explique Jean Marc Onkelinx sur son blog, ne sont-elles pas liées à la pensée musicale très sophistiquée de Liszt : «Le geste possède une signification strictement musicale et même s’ il peut impressionner l’ auditeur et le spectateur, cette libération du corps permet au piano de faire un bond en avant. Et cela c’était vraiment nouveau » ? La modernisation de la technique des pianos D’autres éléments ont contribué au 19ieme siècle à améliorer la qualité, la rapidité du jeu, c’est la modernisation de la technique des pianos. Apparition du piano à 8 octaves, une plus grande longueur des cordes, les marteaux de cuir sont remplacés par des feutres et surtout le double échappement mis en place par Erard en 1821, amélioré en 1833, qui autorise une répétition rapide des notes. De l'interprétation des œuvres Voici la contribution d'une internaute « Il y a une grande mode aujourd'hui chez les jeunes interprètes, c'est de jouer le plus vite possible, et de faire le plus de mouvements possibles avec le corps, le visage, et les yeux en tournant la tête vers le public afin d'être vu. On a l'impression d'être dans la Rome antique, dans une arène, avec des fauves, la beauté n'est pas au rendez-vous dans ces cas-là. La vitesse est parfois tellement rapide que l'on ne reconnait même plus les œuvres. Pauvres compositeurs ! Quand on pense que Beethoven , avant d'être sourd, piquait des colères contre ceux qui jouaient trop vite ses œuvres ! Il doit se retourner dans sa tombe, le pauvre, tout comme les autres. Franz Liszt par exemple, sous prétexte que ses œuvres sont virtuoses, est joué très souvent sans sentiments. Mais pourquoi ne copient-ils pas les grands interprètes ? Parmi les vivants, il y a encore de merveilleux pianistes. Au festival Lisztomanias de Châteauroux, on a eu la chance d'entendre le merveilleux pianiste et professeur Bruno Rigutto en master class : il a passé son temps à ralentir ses élèves. Quelle interprétation des œuvres ! Et quelle maîtrise ! Beaucoup de jeunes laissent leurs doigts s'emballer. Le pire est lorsque le public applaudit à tout rompre ce genre d'exhibition. Heureusement qu'il reste quelques grands maîtres capables de faire comprendre à ces jeunes que la musique, c'est un art, et pas un duel contre son instrument. Une mélomane » La réponse de Liszt-franz.com , un jeune pianiste qui a bien compris cela. L’ouverture du festival Lisztomanias Châteauroux a démarré avec l’Orchestre Pasdeloup et François Dumont qui a dirigé du piano le concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur op37 de Beethoven dans la cadence de Franz Liszt. Quelle est cette cadence ? Citons Alan Walker dans son Liszt tome 1, "Ce n’était pas contre les tempi rapides en tant que tels que protestait Schindler (1795-1864, biographe de Beethoven) mais contre le fait que les détails y perdaient leur effet. D’après Schindler, trois des experts les plus qualifiés de l’époque, Hummel, Hiller et Czerny s’accordent à témoigner du fait que Beethoven lui-même dirigeait ses œuvres plus lentement que ne fut la mode par la suite. Ce furent les tempi lents de Liszt dans les symphonies de Beethoven qui attirèrent l’attention du critique J.C. Lobe (1797-1881) lorsqu’ il entendit pour la première fois Liszt diriger trois de ses œuvres à Weimar : « Liszt prit les symphonies de Beethoven dans un tempo généralement plus lent que nous ne les avions entendues précédemment et leur réalisation y puisa singulièrement bénéfice". L’interprétation de François Dumont avec la cadence de Beethoven a fait l’objet de la part de Bruno Rigutto dans le cadre de sa master class du lendemain de l’appréciation suivante : « Belle interprétation, on comprenait chaque note, c’était clair, tout ce qu’il a joué, c’était comme de la lumière » Nous sommes d’accord avec vous Maître ! Caricature de Henri Lehmann. Liszt a 32 ans, il est au cœur de sa Glanz-Period. Lehman peintre, ami de Liszt et de Marie d'Agoult dont il réalisa plusieurs portraits. Cette caricature est intitulée Galop chromatique exécutée par le Diable de l’harmonie le 18 avril 1843. Liszt semble léviter de son siège, accréditant les critiques de ses acrobaties au piano. Il se mettait tout en mouvement, doigts, poignets, bras corps et même la chevelure dont il jouait provoquant parfois l’hystérie des foules et la fameuse Lisztomania
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Franz Liszt, virtuose Par Catherine Joly, pianiste concertiste, professeure Biographie Cliquez ici Qu’est-ce qu’un virtuose ? Un artiste au talent exceptionnel et à la maîtrise technique extraordinaire, surmontant les plus grandes difficultés avec infiniment de facilité. LISZT a été le plus grand virtuose de tous les temps, et sa gloire de pianiste a été incommensurable ! Comme le note Serge Gut, la prodigieuse virtuosité de LISZT résulte de la conjonction de son incomparable don de « fascination magnétique », allié à une technique éblouissante hors pair, et une sensibilité suprêmement aiguisée. LISZT est l’inventeur de la technique dite « transcendante », un langage nouveau qui n’existait pas auparavant. (Se référer aux « Etudes d’exécution transcendante », le titre en dit long). Il y a en fait 3 aspects dans cette REVOLUTION de la Technique du Piano : -la révolution de l’écriture pianistique, par ses formes, -l’évolution dans la manière de l’interpréter, c’est-à-dire la gestuelle, -l’amélioration de la mécanique des pianos au 19ème siècle: le développement technique de l’instrument, grâce à Liszt. L’Ecriture : les OCTAVES deviennent martelées, alternées aux 2 mains, souvent chromatiques, permettant de grands crescendo (c’est une invention de Liszt !). Ces octaves amples et fréquentes ne se trouvent pas avant Liszt. Et le redoublement à l’octave de la mélodie, permet le « pathos » déclamatoire typique de Liszt. Les Trilles deviennent des TREMOLOS = Trilles plus riches en doubles notes. Cette alternance des mains dans les trilles assure plus de puissance, plus de brillance, par l’exploitation du poids du bras. Mentionnons enfin les SAUTS fulgurants (cf. la Campanella ), et vertigineux (cf. Méphisto-Valse ). Toutes ces figures d’écriture restent chez Liszt (malgré la difficulté technique), très « pianistiques », c’est-à-dire adaptées à l’instrument, contrairement à Schumann et Brahms… qui n’étaient pas virtuoses comme Liszt ! La Gestuelle : le nouveau style de Liszt fut nommé « La grande manière » (Grand Style, « grand piano »), avec un jeu fougueux, orchestral, virtuose. LISZT transfère directement la force du dos, des épaules et des bras aux doigts, ce qui explique la haute position de ses mains et de ses doigts sur les illustrations. Cette technique permet une variété de touchers inconnue jusqu’alors. En pratique, Liszt combine en permanence avec ses bras des poussées vers le haut, des gestes vers le bas, ainsi que des impulsions, des rebondissements… L’amélioration des pianos : Liszt joua souvent sur un Pleyel et le trouvait insuffisant : il le dépréciait en l’appelant « pianino ». L’ERARD de 7 octaves (piano typique de Liszt) avec son jeu plus lourd et sa sonorité plus ample, était plus adapté à son style pianistique. Puis les STEINWAY et BECHSTEIN, encore plus solides, arrivèrent vers 1850. C’est LISZT qui sortit le piano du salon (où jouait exclusivement Chopin) et le plaça dans la salle de concert moderne. Quand en 1837, il donna un récital devant 3000 spectateurs à la Scala de Milan, il a démocratisé cet instrument. LISZT est l’inventeur du « RECITAL » de piano. Aux ORIGINES de la Révolution de la technique du piano avec LISZT : 3 « chocs » dans sa carrière : -La « Symphonie fantastique » de BERLIOZ ( qu’il a transcrite pour piano), -Choc de son ami CHOPIN, qu’il a entendu dans les Salons Pleyel, -et surtout le choc PAGANINI ! En 1832, LISZT entend Paganini à Paris : il est impressionné, bouleversé par le génie diabolique du virtuose de l’archet, qui exerce sur lui une fascination incroyable ! Paganini avait un charme ensorcelant, et créait l’illusion (au violon) de différents instruments. LISZT reprit de Paganini l’art de subjuguer les foules, grâce à un don d’hypnotiseur et de séducteur ! On peut dire que Liszt est le véritable « héritier » de Paganini. Il a exploité toutes les ressources du piano dans e but d’opérer une projection sonore dans de grandes salles. Ce fut, selon son expression, une « Orchestration » du piano, qui lui permit aussi de réaliser de très nombreuses transcriptions d’œuvres symphoniques et d’opéras divers… Citons une œuvre (entre autres) où Liszt devient réellement le « Paganini du piano » : la « Grande Fantaisie de bravoure sur la Clochette de Paganini » (d’après le Rondo du 2 e concerto pour violon ) devient ensuite la scintillante CAMPANELLA , où Liszt rivalise avec les prouesses acrobatiques de son modèle, et crée une technique nouvelle qui exploite de manière étincelante le registre aigu du piano. En composant ses «Etudes d’après Paganini », Liszt déclarait : «Mon esprit et mes doigts travaillent comme des damnés »… Il est important de noter que chez LISZT, les grands passages virtuoses sont bien loin d’être un simple étalage de bravoure technique, que beaucoup interprètent malheureusement ainsi ! Ils sont avant tout l’expression de force, de passion, de grandeur, du sens le plus élevé de la vie dans la joie comme dans la douleur. L’élément mécanique se transmue en POESIE … Il y a encore des préjugés sur cette virtuosité de LISZT : on le catalogue hélas comme un virtuose qui épate les foules, en oubliant son côté merveilleusement sensible, son côté mystique méconnu. En conclusion, les puissants moyens techniques qu’utilise LISZT dans son écriture, permettent l’expression totale de son AME. Par sa révolution de la technique du piano, LISZT a été un Visionnaire, et le PERE de la Musique Moderne . Il a influencé aussi bien Debussy, Ravel, Saint-Saëns, Albéniz, que Wagner, Busoni, Scriabine, Rachmaninov, et Messiaen. Catherine Joly Podcast, Fréquence Protestante et Catherine Joly, Dans les pas de Liszt, Franz Liszt et Stephen Heller Cliquez ici Liszt, un virtuose caricaturé Les caricatures de Liszt au piano notamment pendant sa Glanzperiod sont célèbres en particulier celles de János Janko peintre et caricaturiste Hongrois publiées en 1873 et celle du peintre portraitiste Henri Lehmann le montrant en gravitation alors qu´il interprète son fameux galop chromatique. Liszt vivait sa musique avec tout son corps et cela était innovant voire choquant pour l’époque aussi ne manquait on pas de l’opposer à son non moins célèbre et concurrent de l’époque, Sigismund Thalberg . Citons Heinrich Heine , écrivain allemand : « Il est impossible d’imaginer un contraste plus tranché que Thalberg, noble, sensible, intelligent, tendre, calme, Allemand et même Autrichien opposé à Liszt, emporté, orageux, volcanique, fougueux comme un titan » François Joseph Fétis , musicien et critique Belge qui détestait Liszt, autant que Heine , conclura que Thalberg est le champion de la musique de l’ avenir et Liszt l’ apôtre du passé ! Quelle clairvoyance ! Liszt a été le premier à mettre tout son corps y compris sa magnifique chevelure en osmose avec la musique qu’il jouait. Il entrait ainsi en transe subjuguant son public par sa virtuosité et son fascinant charisme. Cela lui vaudra des charges bien imagées, Heine que nous venons de citer : « Quand il s’assied au piano, qu’il a rejeté plusieurs fois en arrière sa longue chevelure et qu’il commence à improviser, il se jette souvent avec furie sur les touches d’ivoire, alors surgit une forêt de pensées chaotiques … ». Plus tard en 1841, il écrira : « Liszt est une sorte de phénomène météorologique, quand il dépeint un orage au piano, nous voyons des éclairs ébranlant ses traits convulsifs, ses membres semblent secoués par la tempête et ses longs cheveux semblent ruisseler de plui e » De nombreux autres témoignages dépeignent Liszt au piano, parmi les plus célèbres - Friedrich Wieck professeur de piano allemand, père de Clara Schuman, « Certains pianistes transpirent, balayent leurs cheveux qui tombent sur leurs yeux, lorgnent l’auditoire tout énamourés d’eux-mêmes. » - Ernest Legouvé , écrivain français le décrit comme "un animal sauvage jetant constamment ses cheveux en arrière, ses lèvres tremblantes, ses narines palpitantes, balayant le public de son sourire". - Louis Moreau Gottschalk , pianiste et compositeur américain, fit en 1860, l’une des charges les plus féroces « Quand il jouait, le mouvement de sa tête, le balancement miraculeux de son corps, les contractions de ses énormes doigts le faisait ressembler à un fakir dans les affres d’ une convulsion extatique. Se penchant en arrière , les yeux fermés, la bouche serrée, secouant son immense chevelure, se ruant sur le clavier comme une bête sauvage sur une proie, balayant de ses cheveux les touches, les emmêlant de ses doigts sur ses yeux endoloris, il semblait lutter comme les anciens pythons dans l’ étreinte d’ un dieu invisible ». Nous voyons que la chevelure fait largement partie du mythe lisztien . Pourtant Liszt n´ a pas été le premier à adopter cette coiffure romantique, à commencer par Beethoven et surtout Paganini. Il eut de nombreux suiveurs notamment parmi ses disciples, comme Anton Rubinstein et Arthur Friedheim qui tous deux avaient coutume de rejeter leurs cheveux en arrière quand ils jouaient. Toutes ces démonstrations acrobatiques étaient-elles gratuites, répondaient elles au désir de Liszt de se faire de la publicité ou plutôt, comme l’explique Jean Marc Onkelinx sur son blog, ne sont-elles pas liées à la pensée musicale très sophistiquée de Liszt : «Le geste possède une signification strictement musicale et même s’ il peut impressionner l’ auditeur et le spectateur, cette libération du corps permet au piano de faire un bond en avant. Et cela c’était vraiment nouveau » ? FQM Auriez-vous aimé avoir Liszt comme voisin ? Voici un texte publié dans Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper (Hachette Littérature) dont nous vous conseillons la lecture en raison de la pertinence des documents choisis et annotés. Liszt travaillait de façon répétitive suivant les conseils de son maître Czerny qu’il n’a jamais désavoué. Liszt disait que ces exercices répétitifs et fastidieux étaient nécessaires et ajoutait qu’ il les travaillait pendant des heures tout en lisant pour ne pas s’ ennuyer. Ainsi, lassée de ces répétitions, la Comtesse Dash, dans l'extrait ci-dessous, nous montre des voisins voulant faire déménager Liszt. Pour voir le texte Cliquez ici La modernisation de la technique des pianos D’autres éléments ont contribué au 19ieme siècle à améliorer la qualité, la rapidité du jeu, c’est la modernisation de la technique des pianos. Apparition du piano à 8 octaves, une plus grande longueur des cordes, les marteaux de cuir sont remplacés par des feutres et surtout le double échappement mis en place par Erard en 1821, amélioré en 1833, qui autorise une répétition rapide des notes. Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Burger, Ernst Franz Liszt. Chronique en images et en documents, Paris, Fayard, 1988. Moysan Bruno , Liszt virtuose subversif , Lyon, Symétrie, Collection Perpetuum mobile « L’ excellent Liszt, virtuose subversif de Bruno Moysan renouvelle notre vision du romantisme en proposant une (re)lecture érudite et captivante du genre mésestimé de la Fantaisie pour piano, situé au croisement du musical, de l’ historique, du social et du politique. » Pianiste Reynaud, Cécile, Liszt et le virtuose romantique, Paris, Honoré Champion, 2006. Jankélévitch, Vladimir, Liszt et la rhapsodie. Essai sur la virtuosité, Paris, Plon, 2019. Podcasts France musique Anne-Charlotte Remond Musicopolis France Musique Liszt un virtuose moderne Pour en savoir plus Cliquez ici Une matinée chez Franz Liszt Lithographie de Josef Kriehuber 1846 Concert du 18 mai 1872, salle de la Redoute Budapest Peinture de Schams et Lafitte Liszt au piano 1869 par Edgard Hanfstaeng Caricature de Henri Lehmann. Liszt a 32 ans, il est au cœur de sa Glanz-Period. Lehman peintre, ami de Liszt et de Marie d'Agoult dont il réalisa plusieurs portraits. Cette caricature est intitulée Galop chromatique exécutée par le Diable de l’harmonie le 18 avril 1843. Liszt semble léviter de son siège, accréditant les critiques de ses acrobaties au piano. Il se mettait tout en mouvement, doigts, poignets, bras corps et même la chevelure dont il jouait provoquant parfois l’hystérie des foules et la fameuse Lisztomania Wikimedia Commons Caricatures de Janos Janko Portrait-charge de Liszt, sculpture de JP Dantan Wikimédia Commons Piano Erard sur lequel Liszt donna une série de concerts en 1844 Musée de la musique Retour à la carrière de Liszt Cliquez ici
- autour de Liszt
Décourir Liszt, ses oeuvres sa vie, ses amis ses amours ... Lang Lang joue Czerny Lang Lang "l'école de la vélocité" Czerny Op. 299, 1. Presto Voir sur YouTube Cliquez ici Carl Czerny : Piano Concerto N°.1 in D minor Allegro molto agitato Concession Naxos of America Pour écouter sur You Tube Cliquez ici Franz Liszt au piano "Ein Matinée bei Liszt" -1846 Face à lui, Czerny et Berlioz Liszt et Sainte Cécile L'histoire de Saint Cécile Ste Cécile qui vécut à Rome avait réussi à préserver sa virginité bien que mariée et à convertir son mari et d´ autres au christianisme ce qui lui valut d'être condamnée à mort. Le légende raconte qu’ allant au martyre elle entendit une musique céleste. Cette anecdote en fera la patronne des musiciens . En 1585, quelques siècles après, elle fut faite patronne de la fameuse Académie nationale de Rome consacrée à la musique, l’ une des plus anciennes sociétés musicales du monde qui gère aujourd’hui hui l’ Orchestre nationale de Sainte Cécile . Cette consécration faite à Sainte Cécile, une femme, n’ a pas sauvé Maria Rosa Croccia (1759-1833) grande musicienne et compositrice italienne. En 1716 le Pape Clément Xl avait décrété que toute personne pratiquant la musique devait s´inscrire à l'Accademia et réussir l’ examen pour devenir Maître de Chapelle. A 16 ans Maria Rosa Croccia réussit brillamment cet examen mais l’ entrée lui en fut interdit parce que femme. On y joua néanmoins quelques unes de ses pièces. Liszt Écrivain et la Sainte Cécile de Raphaël Liszt y consacre la 11ieme Lettres d’ un Bachelier ès musique . Marie d’ Agoult l’ aurait écrite sous l´égide de Liszt. La première fois que le couple vit ce tableau à Bologne en 1839, ils n’ en furent pas enchantés surtout Marie qui le critiqua vivement et Liszt à qui le visage de Ste Cécile ne plaisait pas trop. Or la surprise arrive lorsque quelques mois plus tard, Liszt et Marie écrivent la fameuse 11ieme lettre du bachelier, très élogieuse à l’ égard du tableau de Raphaël . Nous citons…. "je crus reconnaître un symbolisme admirable et complet de l’ art auquel nous avons voué notre vie.. " "N’ eussiez - vous pas vu ainsi que moi dans cette noble figure le symbole de la musique à son plus haut degré de puissance". Pourquoi, que s’ est il passé entre temps ? Ceux qui auront la chance de faire le voyage en Italie avec Le conférencier, écrivain Jean-Claude Menou, pourront découvrir le tableau et peut être percer le mystère Voir le programme du voyage "Sur les pas de Liszt et Marie d'Agout en Emilie Romagne et Toscane en mai 2021 "Pour en savoir plus Cliquez ici Liszt compositeur inspiré par Sain te Cécile Deux œuvres : - La transcription pour piano de Liszt, librement inspirée de la Messe de Sainte Cécile de Gounod , que vous pouvez suivre tout au long de sa partition Cliquez ici - Une œuvre composée en 1875 pour soprano solo et orchestre, en langue française et très rarement interprétée, mais qui a été chantée par Karine Deshayes sous la direction de Laurence Equilbey, La légende de Sainte Cécile Cliquez ici Maria Rosa Coccia, 1759-1833 claveciniste et compositrice italienne Sainte Cécile par Raphaël Cosima Liszt Wagner, comment déshériter sa fille, un sujet toujours d'actualité Cosima Liszt Wagner, comment déshériter sa fille, un sujet toujours d'actualité Franz Liszt appelait sa fille « ma terrible fille » Le fut-elle jusqu’ à déshériter sa propre fille Isolde, la première qu’elle eut avec R.Wagner tout en étant encore mariée et vivant avec son premier mari Hans Von Bülow qui reconnut Isolde, prêt à tout pardonner à Cosima ? Isolde eut la fâcheuse idée d’épouser un chef d’orchestre suisse Franz Beidler qui risquait de faire de l’ombre à Siegfried, le dernier rejeton que Cosima eut avec Wagner et l’unique de sexe masculin de ses cinq enfants *. C’est donc à ce dernier, Siegfried qu’il incombait d’assurer une « digne » descendance d’autant qu’il a choisi de travailler dans le même secteur que papa, la musique et qu’il se piquait d’être chef d’orchestre comme Franz Beidler, mari d’Isolde. Il y en avait un de trop, ce fut Franz qui fut chassé de Bayreuth par sa belle mère Cosima. En 1909, Isolde très fâchée, intenta un procès à sa mère pour être reconnue fille biologique de Wagner, ce qu’elle était, et avoir sa part d’héritage. Hélas Hans Von Bülow l’ayant déclarée comme sa fille, elle fut déboutée. Cette affaire poussa enfin Siegfried toujours célibataire à 46 ans à se marier et à avoir des enfants. Ouf la descendance est assurée mais plus jamais on osa évoquer le nom d’Isolde sur la colline. A lire Cosima Wagner, la maitresse de la colline par Oliver Hilmes *Pour mémoire, les deux premières dont le père est Hans Von Bülow, Daniela 1860/1940 et Blandine 1863/1941 et les trois derniers dont le père est Richard Wagner, Isolde 1865/1919, Eva 1867/1942 et Siegfried 1869/1930 Liszt et Wagner Cosima avec son fils Seigfried, le futur chef d'orchestre Isolde, fille de Cosima, épouse de Franz Beidler, chef d'orchestre Un sujet qui déchaîne parfois les passions. En effet, il y a encore quelques wagnériens passionnés (voire intégristes ?) qui opposent Liszt à Wagner en mettant à mort le premier pour mieux glorifier le second ... Sujet à mon avis bien stérile sur lequel je n' épiloguerai pas, ils sont incomparables. Néanmoins, je soumets à votre réflexion la dernière page de l' avant-propos de Georges Liébert à la passionnante Correspondance Franz Liszt / Richard Wagner, édition Gallimard 2013, présentée et annotée par Georges Liébert: "aujourd'hui, si le canon de la littérature pianistique comprend plusieurs œuvres de Liszt, ses ouvrages symphoniques et choraux (...) ont presque disparu des programmes de concerts mais l’homme est quasiment sanctifié, tandis que Wagner dont les opéras ne quittent pas l’affiche, est diabolisé. Notre époque a donc plus d’indulgence pour les défauts et les faiblesses de Liszt que pour les qualités de Wagner. Puisse cette édition de leur correspondance contribuer à rétablir entre eux l' équilibre". Et Liébert d' enchaîner dans une note en bas de page sur l' œuvre en deux volumes d' Alan Walker ...en la qualifiant « d' hagiographie lisztienne entachée de nombreuses erreurs ». Reprenant ainsi la critique de Serge Gut auteur d’un des livres concurrents intitulé Liszt. Toujours dans la veine Liszt et Wagner : Les deux mages de Venise de Philippe André éditions Le Passeur 2015 qui conte « le récit du périple imaginaire de deux génies romantiques Liszt et Wagner dans le labyrinthe vénitien » Pour en savoir plus consultez sur le net « Luminesciences » le Blog de Jean-Pierre Luminet astrophysicien qui vous donnera vraiment envie de le lire. https://blogs.futura-sciences.com/luminet/2015/02/22/les-deux-mages-de-venise-par-philippe-andre/ FQM liszt-franz.com Jean-Yves Clément ; "Les romantiques étaient les premiers écologistes" Propos recueillis par Claire Julliard BIBLI OBS Philosophe, musicien, auteur d’essais sur Liszt et Chopin, le co-fondateur du Passeur Editeur est aussi le directeur artistique du «Nohant Festival Chopin» présidé par Yves Henry. Dans le domaine de George Sand, au charme champêtre intact, celui-ci convie chaque année en juin et juillet des talents internationaux. A travers causeries-rencontres et spectacles littéraires et musicaux, la manifestation propose sa vision d’« un romantisme nature». Entretien avec Jean-Yves Clément. BibliObs. Qu’est-ce qui vous a conduit à reprendre ce festival, dont ce sera cette année la 52e édition ? Jean-Yves Clément. Je suis depuis toujours amoureux de Chopin. J’allais chaque année comme en pèlerinage à Nohant, à une heure de Bourges où je suis né. Je m’imprégnais de l’atmosphère de ce lieu magique où il a composé ses plus grands chefs d’œuvre entre 1839 et 1947, à son retour de Majorque avec George Sand. Je n’imaginais pas alors reprendre un jour le festival ! Nous y avons été nommés ensemble en 1995, Yves Henry et moi. Nohant c’est à la fois le piano, la littérature, l’art… on n’était pas trop de deux pour s’en occuper. A l’époque, la manifestation occupait les week-ends de juin. On l’a prolongée jusqu’au 24 juillet et on y a introduit des causeries avec des écrivains, des penseurs des musiciens, des comédiens, Jean-Claude Brialy, Régine Desforges, Françoise Chandernagor pour ne citer qu’eux. Par la suite j’ai aussi lancé «lesLisztomanias» à Châteauroux dans la même région En savoir plus... . Liszt est venu deux fois à Nohant, où George Sand avait créé de manière spontanée la première communauté naturelle artistique de l’histoire. On sent chez vous une admiration pour George Sand… Oui j’admire sa modernité, sa liberté d’esprit qui pouvait en remontrer à tous les hommes qu’elle croisait. Balzac, Flaubert ou Delacroix faisaient quarante heures de diligence pour rendre visite à cette femme d’un mètre cinquante qui les toisait avec affection. Cette romancière de valeur était dotée d’un incroyable magnétisme, d’une grande vivacité, d’une générosité d’âme et d’un sens de l’amitié inégalable. Elle était supérieure à tous ces hommes sur tous ces points. Flaubert se faisait tout petit devant elle. Le Passeur republie leur correspondance en octobre. C’est une véritable leçon de vie. Dans cet échange entre deux génies, Sand a toujours le dernier mot avec sa vision de la vie, qui, pour elle, est plus grande que l’art. Les plus grands écrivains de l’époque la tenaient en grande estime. Balzac souhaitait qu’elle préface «La Comédie humaine». Hugo a fait son éloge funèbre. Vous reconnaissez-vous dans le Romantisme ? Oui, mais pas au sens convenu du terme. Le Romantisme est un mouvement de révolte contre l’ordre établi, il a parfois pris une tournure violente comme lors de l’insurrection de 1830. Liszt est allé au chevet des Canuts de Lyon, il est monté sur les barricades. Sand s’est engagée dans la Commune. Les Romantiques étaient des êtres audacieux, téméraires, rebelles, anti-bourgeois. Les valeurs qu’ils ont exaltées au XIXe siècle restent des valeurs éternelles. Je me sens proche de cette subjectivité romantique qui est au cœur de l’homme et qui a engendré des chefs d’œuvre. Pour le festival, j’ai inventé ce slogan de «romantisme nature» car les Romantiques étaient les premiers écologistes. Ils ont aimé la nature, y ont trouvé refuge et l’ont exaltée dans leurs œuvres. Le Domaine de Nohant à lui seul symboliserait-il ce mouvement ? Oui, le lieu-dit est connu dans le monde entier. La gentilhommière a gardé son charme initial, sa simplicité. Sa grande bergerie a été rénovée, elle contient quatre cents places. C’est là que sont donnés les concerts. Les plus grands pianistes y sont venus: Cziffra, Samson François, Rubinstein. L’édition 2018 accueillera entre autres pianistes Fazil Say, Marc-André Hamelin, Seong-Jin Cho. Fabrice Luchini s’y produira pour un concert littéraire avec Henri Demarquette au violoncelle et Vanessa Benelli Mosell au piano. Pour son «récit initiatique» autour de Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt sera accompagné par Nicolas Stavy au piano. Et Marie-Christine Barrault donnera une lecture musicale des romans champêtres de George Sand avec Yves Henry au piano. Grâce à eux, l’esprit de la Bonne Dame reste présent à Nohant. Propos recueillis par Claire Julliard BIBLIOBS https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180430.OBS5965/les-romantiques-etaient-les-premiers-ecologistes.html Jean-Yves Clément a fait paraître en 2017 une édition revue et augmentée de son essai Les Deux Âmes de Frédéric Chopin (le Passeur Editeur) Informations pratiques : www.festivalnohant.com Gravure Maurice Sand - Domaine de Nohant "Le Monde illustre" de 1857. "Il y a des heures où je m'échappe de moi, où je vis dans une plante, où je me sens herbe, oiseau, cime d’arbre, nuage, eau courante, horizon, couleur, formes et sensations changeantes, mobiles, indéfinies ; des heures où je cours, où je vole, [...], où je brille avec les étoiles et les vers luisants, où je vis enfin dans tout ce qui est le milieu qui est comme une dilatation de mon être". George Sand Ecoutez "Le monde en un jardin" sur France Culture Cliquez ici... George Sand Festival Nohant Chopin Chaque année en juin et juillet www.festivalnohant.com Nicolas Dufetel : Richard Wagner par Franz Liszt Merci Nicolas, ce sont tout à fait les informations que nous apprécions pour la dynamique de ce site. Un livre que nous allons vite acquérir en attendant la correspondance entre Liszt et le Grand-Duc de Saxe-Weimar FQM "Chers amis, un grand bravo pour ces belles initiatives! Je réagis juste : il n’y a pas de « secret » de recherches, puisque justement, tout est publié publiquement! Vous en trouverez la liste ici (livres, articles) : http://www.iremus.cnrs.fr/fr/membres-permanents/nicolas-dufetel . Juste deux petites précisions: 1) je vous signale mon édition des textes de Liszt sur Wagner chez Actes Sud, avec un essai sur le rapport entre les deux musiciens, et 2) il n’y a pas de traduction à faire de La Mara : ses volumes (qu’on trouve en ligne maintenant, sur archive.org notamment) contiennent les lettres de Liszt dans les langues qu’il a utilisées (français et allemand). Malheureusement, ces volumes sont loin de contenir toutes les lettres qu’il a écrites, et La Mara a opéré des censures, modifications, etc. Je m’occupe actuellement de la correspondance entre Liszt et le grand-duc de Saxe-Weimar, Carl Alexander, 598 lettres (quand La Mara en a publié seulement 203 il y a un peu plus de 100 ans!). Au plaisir de vous retrouver aux Lisztomanias, avant la croisière! Bien amicalement". Nicolas Dufetel Franz Liszt et la science Liszt contemporain de Charles Darwin (1809- 1882), d' Alfred Wallace ( 1823-1913), esprit éclectique dans un siècle riche en découvertes et en progrès, l' électricité, la locomotive, le téléphone ... quels furent ses contacts avec les scientifiques, a-t-il eu connaissance des théories de Darwin, a t' il participé aux débats évolutionnistes suite à la parution en 1859 de l' Évolution des Espèces? Ce sujet m' intéresse beaucoup, s'il a été abordé dans l' une de vos lectures je serais ravie que vous m' en donniez les références. Allez à la rubrique "commentez/contribuez" et laissez votre message FQM Les femmes de Liszt, thème du festival des Lisztomanias de Châteauroux octobre 2023 Lisztomanias 2023, un très grand crû Un avis unanime au niveau de tous les spectateurs qui ont eu la chance d’ assister aux Lisztomanias 2023 « les femmes de Liszt » dont les concertistes furent toutes des femmes. Cela nous a permis de constater qu’ il y a de grandes lisztiennes parmi les pianistes d’ aujourd’hui qui, avec un supplément d’ âme et d’ engagement, nous permettent de goûter différemment les œuvres du grand compositeur . Les Lisztomanias 2023 ont ainsi compensé le festival 2022 où il n’ y eut qu’ une seule invitée femme, Marie Vermeulin. Nous pouvons espérer que l’ an prochain, il y aura la parité à Châteauroux comme elle existe pour d’ autres festivals consacrés à Liszt ainsi de « Liszt en Provence » ou de la biennale Listz à Weimar. Françoise Quédeville Marmey Vous avez besoin de vous remémorer la place des femmes dans la vie de Liszt Cliquez ici Pour accéder au site internet des Lisztomanias de Châteauroux Cliquer ici Les très riches heures des Lisztomanias 2023 Le "billet" de Marie Hutin Pouvions-nous imaginer au XIXe siècle un tel enchantement musical deux cents ans plus tard ? Pouvions-nous imaginer que Franz Liszt, « la plus grande force musicale du XIXe siecle » selon Nicolas Dufetel, lors de cette rencontre internationale 2023 susciterait autant de considération et d'échanges ? Sous le signe de l'excellence, osons le dire, les Lisztomanias ont eu à cœur , cette saison, d'aborder le sujet des femmes qui ont été proches de notre compositeur, ont œuvré pour lui, ont su transmettre sa mémoire et furent connues grâce à lui: Inspiratrices, épistolières, romancières ,... femmes aimées, créatrices, amies ,... femmes demeurées dans son rêve ...; élèves, disciples, « membres de la petite église dispersée » (1) , mécènes, confidentes ; femmes pianistes, compositrices, cantatrices,... soutenues par Liszt, encouragées, recommandées et admirées. « Quand on ouvre une partition, on est devant du beau » (2) … Au cœur et à la source de notre séjour lisztien, les Cours d'Interprétation de Bruno Rigutto, épiphénomènes de sa réflexion et de son intériorité artistique, n'ont eu de cesse, à travers trois jeunes pianistes au féminin, de nous rendre plus familières encore les œuvres jouées. Au sein de cette Chapelle où règne une alchimie toute lisztienne, l'exigence de l’interprétation transmise par Bruno Rigutto fût dotée du don d'élever le jeu sans jamais vouloir changer la particularité de chacune. De Bach à Prokofiev, Rameau, Haydn, Chopin, Shumann, Liszt, Franck,Debussy , Ravel … Et pour terminer ce voyage musical du XVIIe au XXe siècle, le Concerto n° 2 de Rachmaninov sur deux pianos, … moment intense, dans la pensée que nous étions de cette rencontre prévue à la fin de l'année 1886 entre F. Liszt et le tout jeune Rachmaninov et qui n'a pu avoir lieu... « Liszt est plus que la musique, Liszt va au-delà de la musique ». Ces mots de Nicolas Dufetel nous invitent à nous pencher vers le regard qu'il nous propose, regard incarné, regard sensible sur l'homme qui rassembla en lui l'art virtuose, la création dans toute sa splendeur, l'écriture, mais aussi le questionnement intérieur, secret, constant,... et l'élan spirituel, source intarissable de son œuvre. Tout ce qu'il porte en lui, il le donne. Et c'est ici que Nike Wagner dans un dialogue avec N. Dufetel nous a offert des éléments de réflexion précieux, indispensables à notre compréhension de l'histoire lisztienne et de Liszt lui-même. Les liens entre Liszt et Clara Schumann, éclairés par Brigitte François-Sappey , nous ont montré à quel point Liszt était non seulement concerné par les artistes de son époque, mais nourrissait des liens tangibles, affectueux, amicaux , reconnaissants. La ville aux six pianos... Les pianos de Vincent Bergerault, spécialement dédiés aux Lisztomanias, posés ici et là, au fil des évènements, en toute discrétion. De la Chapelle F. Liszt, au Saint Hubert, à l'Equinoxe et autres lieux, Châteauroux fait sonner en son sein le rêve de Liszt et de George Sand. Six pianos réglés avec finesse ont reçu la pensée musicale de pianistes, si différentes les unes des autres et dédiant à nos sens leur propre rencontre avec Franz Liszt, Clara Schumann, Sophie Menter, Adèle aus der Ohe, etc... La reconnaissance de Franz Liszt pour ses pères, les sources littéraires, spirituelles et émotionnelles dont il s'imprègne, l'envie d'être acteur de cette offrande musicale ravive en nous ce moment unique du récital d'Anne Queffelec, évoquant le monde dans lequel nous vivons , puis jouant dans un recueillement collectif – silence absolu chargé de sens, des transcriptions de Bach, Haendel, ainsi que Scarlatti et Beethoven. Le décor est posé. Tout au long de cette semaine d'octobre, les sons s'envolent puis retombent, s'enfouissent et se posent et viennent chercher en nous l'écho... tout comme peut-être nous cherchons en eux la vibration intérieure. Noblesse de Véronique Bonnecaze dans Liszt , Chopin, Rachmaninov et Schubert … Fraîcheur et profondeur de Lynn Renouil-Hata, seize ans, en duo avec Eliane Reyes dans l'Elégie n° 1 pour violoncelle et piano de Liszt. Enfin, dans un partage chaleureux de ce qui l'anime, Béatrice Berrut a joué cet « élan d'amour » de Robert pour Clara Schumann qu'est la sonate en fa dièze mineur op.11, intitulée « Pour Clara... », ainsi que les deux ballades de Liszt. Toutes ces œuvres aimées, travaillées et pensées venant s'unir au passé musical de la Chapelle Franz Liszt. Dans une mise en scène étincelante, sombre ou chatoyante , mouvante et parfois symbolique, les récitals de L'Equinoxe de Châteauroux ont suscité l'enthousiasme d'un public curieux , souvent connaisseur à qui était proposé l'argument d'un émerveillement nouveau. Mariam Batsashvili, habitée par Liszt, théâtrale et authentique, nous a donné l'impression d'un jeu au delà du jeu, nous faisant peut-être approcher le sentiment de la « Lisztomanie » provoquée voici deux siècles par le jeu de Liszt lui-même... Autre période de la vie de Liszt, tant espérée, tant attendue par lui-même, celle de l'écriture de son œuvre. « Les harmonies poétiques et religieuses », sous les doigts de Saskia Giorgini suggérant avec art l'atmosphère de chaque poème de Lamartine, de chaque prière. Son jeu, empreint de délicatesse, de profondeur, de vérité et de fluidité nous entraîne loin en nous-mêmes et au-delà de nous-mêmes dans cette vision poétique. Enfin, les doigts de velours de Etsuko Hirose , irisent et scintillent, effleurent les touches dans la lumière dorée, éveillant notre admiration, retenant notre souffle, comme un rêve, entre temps et éternité, entre matière et immatérialité … Les perceptions erronées et les légendes cèdent désormais la place à une appréciation nouvelle de l'étendue de la personnalité de Liszt ainsi que de l'ampleur de son oeuvre. Et pour conclure notre sujet, nous aimons à dire que les liens avec Marie d'Agoult d'une part, puis avec Carolyne de Sayn-Wittgenstein d’autre part, furent instigateurs d’une force créatrice considérable et indomptable. « La musique de Liszt est une musique ouverte » nous dit Serge Gut, « il ouvre des voies, conclut N.Dufetel, qui ont permis à d'autres de s'en inspirer ». Il y aurait encore tant à dire, mais il y eut tant à vivre ! Marie Hutin, membre de SPL (1) : F. Liszt (2) : B. Rigutto Marie Hutin Nicolas Dufetel et Nike Wagner Brigitte François-Sappey Anne Queffelec Etsuko Hirose Françoise Quédeville Marmey Lisztomanias
- Les Rhapsodies* | Lola
Les Rhapsodies En simplifiant, car la question est complexe, on peut dire que les tziganes, bien implantés en Hongrie, avaient en quelque sorte « trusté » la musique de grande diffusion, celle qu’on jouait dans les cabarets, dans les cafés … Ils avaient un grand talent pour s’approprier toutes sortes de musiques et leur donner une couleur bien particulière. De sorte que l'on avait pris l’habitude d’appeler cela « musique hongroise ». Il a fallu attendre les travaux de Béla Bartók et de Zoltán Kodály au XXème siècle pour révéler qu’il y avait un vrai fonds de musique populaire authentiquement hongroise qui ne devait rien à la musique tzigane. C’est ainsi que ni les tziganes, ni les hongrois n’ont apprécié les explications de Liszt. Et aujourd’hui le malentendu subsiste puisque sur les 19 Rhapsodies Hongroises, qui se voulaient un cycle complet, on n’en joue que quelques-unes, les plus brillantes, en laissant de côté des trésors, comme cette Troisième Rhapsodie Hongroise. Troisième Rhapsodie Hongroise C’est donc une pièce d’inspiration tzigane. La musique tzigane est reconnaissable à plusieurs particularités. La mélodie d’abord, qui fait un usage intensif de l’intervalle dit de « seconde augmentée » (par exemple do – ré dièse) qui donne un parfum oriental. Puis la formule qui rythme les fins de phrase (longue - silence - brève - longue), appelée « cadence bokazo », du nom d’un mouvement tournant des chevilles du danseur. Enfin, il y a les instruments typiques de l’orchestre tzigane dont Liszt reproduit les effets au piano : le violon, bien sûr, souvent un peu plaintif, la clarinette, la contrebasse et surtout le cymbalum, instrument traditionnel d’Europe Centrale. Imaginez un piano dont on a retiré le clavier, la caisse, le couvercle, les pieds, les pédales ; ce sont des cordes métalliques tendues sur une table d’harmonie en bois, posée sur un support, que l’on frappe avec des baguettes recouvertes de feutre aux extrémités. Cette pièce commence par un air sombre, dans le grave, comme joué par une contrebasse ; il est repris dans le médium avec un timbre de clarinette. Après cela, on entend le violon plaintif dans un festival de secondes augmentées. Retour du thème du début encore plus sombre, puis les secondes augmentées viennent s’y superposer, et à la fin la musique s’évapore dans une ambiance de tristesse.
