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- Les chefs d'orchestre | Lola
Les chefs d’ orchestre D es chefs d'orchestre prestigieux qui ont défendu et servi la musique de Liszt de son vivant jusqu'à aujourd'hui ..dès son époque Il faut toutefois distinguer les chefs qui ont réellement dirigé Liszt avant sa mort, de ceux qui l’ont surtout défendu après. À son époque, la profession de chef d’orchestre au sens moderne était encore en pleine évolution. Liszt qui fut lui-même le premier grand chef de ses œuvres orchestrales, contribua à cette modernisation à Weimar. Voir Liszt chef d'orchestre Cliquez ici Franz Liszt (1811-1886) – Il faut commencer par Liszt lui-même. À Weimar, il dirigea les créations de plusieurs de ses poèmes symphoniques et de la Faust-Symphonie , faisant de l’orchestre le laboratoire de ses conceptions nouvelles. Il ne fut donc pas seulement le compositeur de cette musique : il en fut son premier interprète . Hans von Bülow ( 1830-1894) – Élève de Liszt et longtemps l’un de ses plus proches défenseurs, Bülow dirigea notamment la Faust-Symphonie à Weimar en 1861, de mémoire, dans une exécution remarquée pour sa précision et son énergie. Sa relation avec Liszt fut ensuite plus complexe, mais il joua un rôle capital dans la diffusion de sa musique, également comme pianiste. Eduard Lassen (1830-1904) – Liszt le recommanda pour lui succéder à la direction musicale de la cour de Weimar en 1858. Lassen se trouva ainsi au cœur même du lieu où étaient nés les poèmes symphoniques et contribua à maintenir vivant le répertoire de la « Nouvelle École allemande » après le retrait de Liszt. Camille Saint-Saëns (1835-1921) - il a été l'un des tous premiers musiciens à introduire et diriger en France les poëmes synphoniques. Dans les années 1870 et 1878 il n'ésita pas à engager ses propres deniers pour faire jouer des grandes pièces orchestrales de son ami Liszt. Hans Richter (1843-1916) – Grande figure de la génération wagnérienne, Richter entretint un lien direct avec Liszt. En 1873, à Budapest, il dirigea Christus lors des célébrations du cinquantième anniversaire de la carrière artistique du compositeur : un témoignage particulièrement important de la reconnaissance du Liszt religieux de son vivant. Max Erdmannsdörfer (1848-1905) – Correspondant de Liszt , il créa à Sondershausen en 1876 le poème symphonique Hamlet . Son rôle est précieux dans l’histoire lisztienne : il appartient à ces chefs qui firent sortir les œuvres orchestrales de Liszt du cercle de Weimar pour les installer progressivement dans le répertoire allemand. Arthur Nikisch (1855-1922) – Né en Hongrie comme Liszt, Nikisch appartient à la génération immédiatement suivante et connut encore l’époque du compositeur. Il allait devenir l’un des grands défenseurs de Liszt au tournant du XXe siècle, privilégiant une direction souple, sensuelle et très colorée, particulièrement adaptée au caractère rhapsodique de cette musique. et plus tard… « Les œuvres de Liszt pour piano sont reconnues, mais ses œuvres symphoniques ne sont pas assez jouées, alors que Liszt est un compositeur de premier ordre, l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, aussi important que Beethoven. Il a écrit dans de multiples genres et a été le plus célèbre de son temps. Il a eu une grande influence sur beaucoup d’autres compositeurs, comme Wagner et Debussy, qui n’ ont cessé d’être joués, alors que lui ne l’est toujours pas suffisamment. Pourquoi ? » Leonard Bernstein De Toscanini à François-Xavier Roth, Franz Liszt occupe une place essentielle dans l’histoire de la direction d’orchestre. L’audace de son orchestration, la puissance dramatique de ses poèmes symphoniques et la modernité de son langage ont attiré plusieurs générations de chefs. Chacun y a révélé une facette différente : romantisme, virtuosité, profondeur spirituelle ou modernité visionnaire. Cette diversité d’interprétations témoigne de l’inépuisable richesse de l’œuvre orchestrale de Liszt. Quelques chefs parmi les plus importants : Arturo Toscanini – célèbre pour Les Préludes et les Rhapsodies hongroises . Chez Toscanini, Liszt trouve une grandeur orchestrale débarrassée de toute emphase gratuite : clarté, tension et puissance dramatique dominent. Thomas Beecham – pour sa Faust-Symphonie . Son approche fait ressortir le caractère théâtral, fantastique et généreusement romantique de Liszt. Ernest Ansermet – a développé une passion pour Liszt dans ses dernières années. Il fut particulièrement sensible à l’audace harmonique et orchestrale d’un compositeur qu’il considérait avec un intérêt croissant comme un précurseur de la musique moderne. Wilhelm Furtwängler – a dirigé notamment la Faust-Symphonie . Sa conception profondément romantique trouve dans Liszt un terrain privilégié pour déployer tension, architecture et profondeur métaphysique. Herbert von Karajan – a enregistré Les Préludes, Mazeppa, Tasso et plusieurs Rhapsodies hongroises . Karajan met particulièrement en valeur la somptuosité des couleurs, l’ampleur des lignes et le spectaculaire orchestral de Liszt. Willi Boskovsky – spécialiste des Rhapsodies hongroises. Son approche souligne le caractère populaire, dansant et spontanément magyar de cette partie de l’univers lisztien. Georg Solti – interprète majeur de la Faust-Symphonie et des concertos. Son tempérament énergique et théâtral épouse particulièrement bien les contrastes, les élans dramatiques et la puissance orchestrale de Liszt. Leonard Bernstein – son interprétation de la Faust-Symphonie compte parmi les grandes lectures de l’œuvre. Bernstein trouve chez Liszt ce qu’il recherche lui-même dans la musique : le théâtre, la passion, la transformation des thèmes et une interrogation profondément humaine derrière le spectaculaire. Pierre Boulez - a révélé la modernité visionnaire de Liszt en s’associant avec Daniel Barenboim au piano et la Staatskapelle de Berlin dans les deux concertos pour piano de Liszt. Son regard est particulièrement important : Boulez permet d’entendre derrière le grand romantique un expérimentateur de la forme, de l’harmonie et de la couleur orchestrale qui annonce le XXe siècle. Kurt Masur – exceptionnel dans la Dante-Symphonie. Héritier de la grande tradition germanique, Masur met en valeur l’architecture, la gravité et la dimension spirituelle de Liszt plutôt que le seul éclat virtuose. Bernard Haitink – a enregistré l'intégrale des poèmes symphoniques avec le London Philharmonic Orchestra. Son approche équilibrée et sans surcharge rhétorique permet de mesurer la cohérence et l’inventivité de Liszt dans la naissance du poème symphonique. Claudio Abbado – a souvent programmé les concertos et les poèmes symphoniques. Il privilégie chez Liszt la transparence des textures, la poésie des timbres et la mobilité du discours, révélant une musique souvent plus subtile qu’on ne l’imagine. Michel Plasson – a dirigé les concertos pour piano de Liszt avec de grands solistes. Sa sensibilité à la couleur et au lyrisme fait ressortir le dialogue entre le piano virtuose et un orchestre qui, chez Liszt, est un véritable partenaire dramatique. Zubin Mehta – a dirigé Orpheus et d'autres œuvres orchestrales. Son Liszt conjugue ampleur sonore et lyrisme, particulièrement adaptés aux grandes fresques symphoniques et à leur pouvoir narratif. Michael Halász – a enregistré les poèmes symphoniques. Son travail discographique contribue à faire entendre Liszt au-delà des quelques pages les plus célèbres et à restituer l’étendue de sa production symphonique. Iván Fischer – spécialiste du répertoire hongrois, notamment les Rhapsodies hongroises. Sa proximité culturelle avec cette tradition lui permet d’en souligner les rythmes, les inflexions et les couleurs populaires sans réduire Liszt au pittoresque hongrois. Riccardo Chailly – reconnu pour ses interprétations de Liszt avec le Gewandhaus de Leipzig. Il inscrit Liszt dans la grande tradition orchestrale européenne tout en faisant ressortir la précision de son écriture et son extraordinaire imagination sonore. Louis Langrée – a dirigé plusieurs œuvres de Liszt en concert. Son approche contribue à défendre un Liszt orchestral vivant et théâtral, dont les œuvres gagnent toute leur force lorsqu’elles sont replacées au cœur du concert plutôt que considérées comme de simples pièces de répertoire. Gianandrea Noseda – a enregistré un cycle moderne très apprécié des œuvres orchestrales de Liszt. Son engagement permet de redécouvrir un corpus beaucoup plus vaste que Les Préludes , en faisant apparaître la continuité et l’ambition du projet symphonique lisztien. François-Xavier Roth et l'orchestre Les Siècles ont marqué la critique par leurs interprétations de Franz Liszt, notamment la Dante-Symphonie et des partitions rarement jouées, en utilisant des instruments d'époque adaptés au XIXe siècle. Cette démarche renouvelle profondément l’écoute de Liszt : équilibres, couleurs et transparence orchestrale rapprochent ces œuvres de l’univers sonore que le compositeur pouvait lui-même imaginer. Les œuvres sacrées Elles révèlent un compositeur très différent du virtuose flamboyant. À partir des années 1860, sa musique devient plus intérieure, contemplative, parfois même visionnaire. Voici quelques-uns des principaux chefs qui ont contribué à faire connaître et à défendre les œuvres sacrées de Liszt après sa mort. Antal Doráti (1906-1988) – pour Christus. Doráti donne à cette immense fresque religieuse une ampleur symphonique et une intensité dramatique remarquables. Il montre que, chez Liszt, la ferveur religieuse peut s’unir à la puissance de l’orchestre et faire de Christus l’une des grandes œuvres chorales du romantisme. Helmuth Rilling (1933-2025) – pour les grandes œuvres sacrées de Liszt, notamment les oratorios et les psaumes. Rilling occupe une place importante dans la redécouverte du Liszt religieux. Son approche, attentive au texte, au chœur et à l’architecture des œuvres, révèle que la musique sacrée constitue l’un des versants essentiels de la maturité du compositeur. Michel Corboz ( 1934-2021) – pour la Missa solemnis , dite Messe de Gran . Grand interprète du répertoire choral sacré, Corboz met en valeur la ferveur, le lyrisme et la dimension méditative de Liszt. Sous sa direction, la Messe de Gran apparaît moins comme une démonstration monumentale que comme l’expression d’une foi profondément personnelle. Gerd Albrecht (1935-2014) – pour La Légende de sainte Élisabeth . Albrecht révèle la dimension narrative et théâtrale de ce vaste oratorio. Son interprétation montre comment Liszt unit la ferveur religieuse, le drame et la richesse de l’écriture orchestrale pour construire une véritable fresque spirituelle. Zoltán Peskó (1937-2020) – pour Christus . Peskó met particulièrement en lumière la construction et l’audace du langage de Liszt. Son approche de Christus permet d’entendre, derrière la tradition de l’oratorio romantique, un compositeur qui expérimente déjà de nouvelles couleurs harmoniques et orchestrales. Remarquable direction en 2011 du Christus de Liszt aux Invalides à Paris Reinbert de Leeuw ( 1938-2020) – pour les œuvres tardives et Via Crucis . Grand défenseur de la musique moderne et contemporaine, de Leeuw trouve dans le dernier Liszt un véritable précurseur. Il souligne dans Via Crucis les silences, les dissonances et l’extrême dépouillement d’une musique qui semble parfois annoncer le XXe siècle. Frieder Bernius (né en 1947) – pour Via Crucis . Bernius révèle avec une grande sobriété la spiritualité de Via Crucis . La transparence du chœur, l’économie des moyens et l’attention portée aux silences font apparaître un Liszt radicalement éloigné du virtuose flamboyant : intérieur, austère et étonnamment moderne. La succession chronologique de ces chefs raconte aussi l’évolution de notre perception de Liszt. Doráti privilégie encore la grande fresque romantique, tandis que de Leeuw et Bernius nous conduisent progressivement vers le Liszt dépouillé, expérimental et presque contemporain. Retour à la page "Aimez-vous Liszt Cliquez ici
- Introduction | Lola
La carrière de Liszt Le compositeur Franz Liszt est souvent présenté par de nombreux musicologues comme le compositeur le plus innovant du XIXᵉ siècle romantique. Pianiste virtuose, il transforma profondément la manière de jouer, de composer et de concevoir la musique ; il fut un véritable révolutionnaire du langage musical. Son influence fut considérable. Pour en savoir plus Cliquez ici Le virtuose "La prodigieuse virtuosité de LISZT résulte de la conjonction de son incomparable don de « fascination magnétique », allié à une technique éblouissante hors pair, et une sensibilité suprêmement aiguisée. LISZT est l’inventeur de la technique dite « transcendante », un langage nouveau qui n’existait pas auparavant". Pour en savoir plus Cliquez ici L’ écrivain « Liszt grandit en spirale, car il présente toujours de nouvelles faces : être extraordinaire. Je ne serais pas étonné de le voir quitter la musique tout à fait pour ne s’occuper que de littérature . » Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, 1851 Pour en savoir plus Cliquez ici Le pédagogue Liszt a eu plus de 400 élèves, tout au long de sa carrière. La dernière période, de 1873 à 1886, est la plus documentée, car certains élèves ont écrit des journaux et des témoignages, tels que, entre autres, Amy Fay, Carl Lachmund, Walter Damrosch, Arthur Friedheim, Alexander Siloti, August Göllerich, et Lina Schmalhausen. Pour en savoir plus Cliquez ici Le chef d´orchestre « Lorsqu’il dirige Beethoven, Berlioz, Wagner, il s’identifie au compositeur ; il pénètre entièrement dans l’univers mental de ces esprits avec lesquels il est en parfaite affinité. Il joue sur l’orchestre comme il joue sur le piano. » Richard Pohl, 1854 Pour en savoir plus Cliquez ici
- Biographie de Liszt
Décourir Liszt, ses oeuvres sa vie, ses amis ses amours ... Les femmes de Franz Liszt Fut-il un "séducteur"? Il fut une des premières victimes du « Rock Star System ». Bel homme, très séduisant, musicien doué, cultivé et éclectique dans ses savoirs, célèbre, charismatique et généreux, il ne lui manquait rien pour être courtisé à outrance, aujourd’hui nous dirions harcelé. Tous ceux qui le rencontraient étaient séduits. Parmi les multiples éloges, retenons en un tout simple, celui de l’écrivaine Georges Eliott en 1854 lors d’un voyage à Weimar, Liszt avait 43 ans : « Génie, bienveillance et tendresse rayonnent de toute son attitude, il maniait l’instrument avec calme et aisance et son visage était tout simplement magnifique » (1). Il fréquentait les salons, les milieux huppés où l’on rencontrait les femmes qui par leur fortune pouvaient être les plus élégantes, les plus séduisantes et les plus cultivées. Il avait l’embarras du choix et on lui a prêté beaucoup de conquêtes, cela continue encore aujourd’hui. Il existe un site faisant l’inventaire de toutes les femmes qu’il a côtoyées ou avec qui il a vécu sans faire le distingo sous le titre, Liszt, « Unions et enfants » Pour accéder à ce site cliquez ici Il avait un type de femme, pas toujours les plus jolies, mais toutes intelligentes et cultivées, avec souvent un faible pour les femmes inaccessibles soit par leur rang, soit par leur engagement dans leur mariage (Caroline de Saint Cricq, la Comtesse Marie d’Agoult, la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein ) . Il fut donc harcelé, courtisé jusqu’ à la folie, on ramassait ses bouts de cigare, lui coupait les cheveux, on l’observait au télescope, on l’épiait, le surveillait, on se pâmait. Et il en fut ainsi même dans sa vieillesse, citons Adelheid von Schorn, écrivaine allemande : « Je n ai jamais vu qu’avec dégout ce don qu’avait Liszt d’attirer les femmes. Cela n’eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable….malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu’ on aurait pu penser que les rôles étaient inversés » (2). Fut-il sensible à toutes ces démonstrations ? En profita-t-il ? A t-il eu ce que l’on appelle aujourd’hui une vie de coureur ? Que disent les principaux exégètes de Liszt ? Opposons ceux dont les ouvrages font référence sur notre compositeur. Si Serge Gut dans son livre Liszt est le plus accusateur et lui prête maintes conquêtes, Alan Walker dans son Franz Liszt considère qu’on lui en a données beaucoup trop sans preuves ; « pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes a été de nature sexuelle ». Nous ne les départagerons pas, d’autant qu’il y a eu tant d’autres biographes qui se sont penchés sur la question sans trouver un consensus, même après avoir décortiqué sa volumineuse correspondance. Liszt n’était pas du genre à étaler ses exploits amoureux, restant toujours discret. Il faudrait définir par quoi démarre l’engagement amoureux. A la lecture de la pléthorique correspondance romantique, on se rend compte de l’emphase qui était mise dans les rapports humains, beaucoup de pleurs, d’embrassades et de mots d’amour sans qu’il n’y ait eu quoi que ce soit. Ainsi, citons George Sand concernant Liszt : « j’aime Franz c’est une partie de mon propre sang ». Liszt n’a jamais attrapé la syphilis contrairement à nombre de ses « collègues » artistes, pour ne citer que ceux qu’il a connus ou qui lui ont été contemporains : Beethoven, Paganini, Schubert, Heinrich Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Guy de Maupassant, Rimbaud, Manet… Que disent celles qui l’ont bien fréquenté ? Marie d’Agoult et sa fameuse phrase : « je veux bien être votre maitresse, pas une de vos maitresses », Carolyne Sayn-Wittgenstein : « il aimait la compagnie des femmes parce qu’elles l’adulaient, le valorisaient et lui apportaient la consolation dont il avait besoin de l’acharnement dont il était victime de la part de la critique et de tant d’autres qui le jalousaient et n’avait de cesse de l’assassiner » (1). Lorsque vieillissante à Rome, jalouse et alimentée par toutes les rumeurs qui lui parvenaient elle lui écrivait, lui reprochant ses tardives aventures ; « cela gâtera votre biographie » (3). Enfin ses élèves disaient qu’il était de nature affectueuse avec la gente féminine et sans prêter à mal. Il a sans aucun doute été un grand séducteur, écartelé entre ses sentiments et sa vocation religieuse, mais pas un grand collectionneur ni un grand libertin. Les séducteurs n'ont pas forcément de rapports sexuels avec toutes celles qu'ils séduisent. Comme le dit la Princesse, Liszt était trop pris par son travail, sa musique et ses appétences religieuses. Ne serait-ce pas en raison de ce dernier élément qu’il suscita tant de rumeurs ? Franz Liszt a rejoint les franciscains en 1865, ne recevant que les ordres mineurs mais portant la soutane et il continuait à séduire parfois à son corps défendant comme ce fut le cas avec Olga Janina (voir ci-après). Peut-on imaginer plus croustillant pour alimenter les rumeurs et les conversations de salon, et cela continue encore aujourd’hui ! Alan Walker Franz Liszt Fayard Serge Gut Liszt Editions de Fallois Guy de Pourtales 1926 La vie de Franz Liszt ebooks-bnr.com Françoise Quédeville Marmey La Comtesse Marie d'Agoult la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein Un cas d’harcèlement : Olga Janina Olga Janina, sous le pseudonyme de Robert Franz, raconte dans un livre pamphlet intitulé Souvenirs d’une cosaque comment souffrant d’une addiction pathologique à l’égard du compositeur, elle harcela « X », en fait Liszt, jusqu’a à y laisser toute sa fortune. Janina dans ce roman autobiographique se venge, comme Marie d’Agoult l’a fait avec Nélida. Les faits : en 1869 Liszt a 58 ans, il porte la soutane et se voit harcelé par une de ses élèves Olga Janina, prétendue Comtesse cosaque de 26 ans. Après avoir tenté de le tuer parce qu’il ne voulait pas répondre à ses avances elle se voit expulsée de Budapest. L’ouvrage : on se l’arrache dès sa première publication en 1874, et il rencontra un tel succès qu’il n’y eut pas moins de 13 éditions sous différents titres et différents pseudonymes. Liszt et la Princesse Sayn-Wittgenstein en furent meurtris, citons cette dernière dans un courrier à Edouard Liszt : « le monde sait bien que le pamphlet de Janina est plein de fausseté ; mais qu’on dit que ce sont les détails qui sont faux » (1) Petit roman agréable à lire en raison de l’humour dont fait preuve l’auteur, ainsi évoquant Weimar « petite ville où les chaussettes du souverain sèchent sur les haies des frontières ». Janina est ouverte, intelligente et presque féministe. La première rencontre avec « X » (Liszt) donne le ton au roman, c’est un coup de foudre : « je revins malade, fascinée, éblouie ». Commence un harcèlement qui va durer des mois et qui la mène partout où Liszt de sa vie trifurquée se trouve, à Weimar, en Hongrie, à Rome : « je ne pouvais aimer qu’avec violence, frénésie … il serait à moi ou je le tuerai ». Elle nous fait découvrir son acharnement au travail et sa religiosité : « j’assistais tous les jours à la messe de 6 heures, placée dans l’ombre d’un confessionnal, je le regardais prier ». Son addiction la conduira à tous les excès : « je m’abaissais à un triste espionnage et ne cessait de l’épier jour et nuit jusqu’ à l’épuisement … enfin « X » paraissait. J’oubliais mon mal et ma douleur, je l’avais vu ! Je m’en retournais consolée, guérie, pour recommencer le lendemain » Elle dépense toute sa fortune et plus tard celle de sa fille pour séduire « X », elle le couvre de fleurs et va jusqu’ à le harceler à la Villa d’ Este où il s’ est réfugié. De toute évidence et à l’aveu de Janina, il refusait de donner suite. A l’époque, les lois contre le harcèlement sexuel n’existaient pas. Comment cela s’est il terminé ? « X » a-t-il cédé ? elle mentionne à la fin du livre une scène qui a fait scandale où « X » après la messe du Vendredi Saint l’enlace et l’étouffe de baisers. C’est la scène la plus chaude du livre, il n’y a aucune mention de rapports sexuels . Compte tenu de ses confessions débridées, s’ils avaient eu lieu, elle les aurait bien complaisamment mentionnés. Elle termine son livre méchamment comme marie d’Agoult avec Nélida en nous montrant un Liszt vaniteux, hypocrite, qui l’a ruinée parce qu’il aimait le luxe et tous ses raffinements « il m’a aimée pour ma richesse ». A-t-elle confondu Liszt avec Wagner ? Faut-il la croire ? Toute sa vie selon les biographes, n’est que mensonges. Les grands moments de son enfance qu’elle décrit dans les premiers chapitres font douter de la véracité des faits. Laissons à Olga Janina les derniers mots de cette histoire qu’elle place dans la bouche de « X », trop content de s’en être débarrassé après qu’elle eut tenté de le tuer parce qu’il refusait de répondre à ses avances : « la violence de vos sentiments trouble la paix qui est une des conditions de mon existence. Souffrez donc que je m’abstienne de recevoir vos étranges élucubrations jusqu’ au moment où vous aurez compris qu’il n’y a pas de bonheur possible en dehors de l’observation des lois divines. Il faudra aussi vous réconcilier avec votre sort, qui n’est d’ailleurs que le fruit de vos diverses imprudences ». Souvenirs d’une Cosaque par Robert Franz deuxième édition, librairie internationale Lacroix et Cie, éditeurs 1874 (1) Serge Gut Liszt FQM En 1869 Liszt a 58 ans, il porte la soutane et se voit harcelé par une de ses élèves Olga Janina, prétendue Comtesse cosaque de 26 ans. Olga Janina « je ne pouvais aimer qu’avec violence, frénésie … il serait à moi ou je le tuerai ». Auriez-vous aimé avoir Liszt comme voisin ? Voici un texte publié dans Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper (Hachette Littérature) dont nous vous conseillons la lecture en raison de la pertinence des documents choisis et annotés. Liszt travaillait de façon répétitive suivant les conseils de son maître Czerny qu’il n’a jamais désavoué. Liszt disait que ces exercices répétitifs et fastidieux étaient nécessaires et ajoutait qu’ il les travaillait pendant des heures tout en lisant pour ne pas s’ ennuyer. Ainsi, lassée de ces répétitions, la Comtesse Dash, dans l'extrait ci-dessous, nous montre des voisins voulant faire déménager Liszt. Pour voir le texte Cliquez ici La précocité de Liszt et sa maîtrise de la langue française. Liszt en son temps de Pierre Antoine Huré et Claude Knepper editions Hachette Littérature Pour accéder au texte cliquez sur le livre ci-dessus La précocité de Liszt et sa maîtrise de la langue française. Ses dons et sa précocité ne concernèrent pas que la musique mais se retrouvèrent dans bien d’autres domaines de sa personnalité, ainsi dans sa maîtrise de la langue française. Franz fut élevé dans un contexte germanophone, sa mère Anna et son père Adam ne parlaient qu' un allemand dénaturé (celui du Burgenland). Ce dernier échouant à l’apprentissage du hongrois, il ne l' inculqua donc pas à son fils. En outre au XIXe siècle, La Hongrie était sous domination autrichienne. Peut-être Liszt avait-il eu quelques notions de français avant d’arriver à Paris puisqu' en ce début du XIXe siècle toute l’Europe aristocratique et artistique était encore sous primauté linguistique française. Citons Adam Liszt, père de Franz: " je suis venu à Paris (.....) pour perfectionner le talent de mon fils par l’audition des grands artistes que cette capitale renferme en si grand nombre et pour lui faire cultiver la langue française dont il a déjà quelques notions et que l' on peut appeler à juste titre la langue européenne. " A son arrivée à Paris en décembre 1823, il vient d' avoir 12 ans, et 4 mois plus tard, en mars 1824, il maîtrise déjà honorablement le français. Comme en témoigne cette lettre touchante écrite à Londres par le jeune Franz et citée dans le Liszt de Alan Walker tome I. " Monsieur, je vous serai infiniment obligée si vous voudrais bien vous donner la peine de venir me voir aujourd'hui à trois heures et quart ayant quelques morceaux de fini, et comme je désire de les faire graver je m' adresse à vous en vous priant de bien vouloir les entendre pour que vous n' achetez pas le chat dans le sac,…" Entre cette lettre et celle inédite ci-dessous datée du 1er juin 1826 concernant un concert qu’il a donné à Lyon et dont nous pouvons vous offrir la primeur sur ce site grâce à Stéphane Monier , membre des Lisztomanias International, qui en a fait l' acquisition, il ne s' est écoulé que 2 ans. Années bien remplies, avec des tournées en Angleterre et en Suisse ainsi qu' une activité musicale importante en concerts et en compositions, son opéra "Don Sanche" écrit à 13 ans produit à l'Académie Royale de Paris et la composition et publication de son Étude pour le piano en 12 exercices (48 initialement prévus) qui deviendront plus tard Les Études d' exécution transcendante. Liszt a ensuite vécu une douzaine d' années à Paris où il a pu s' imprégner de la culture française; il a toujours préféré s' exprimer en français qu' il maîtrisait mieux que la langue allemande comme le prouve la quantité d'œuvres, essais et prose écrits dans un excellent français. Rappelons néanmoins qu' il s'est toujours défini comme " magyar" et qu' il se sentait avant tout Hongrois , nationalité qu’il revendiquait pour ses trois enfants. Françoise Quédeville Marmey Lettre inédite du 1 juin 1826, Liszt à 14 ans (voir ci contre) Voir ci-dessous commentaire de Stéphane Monier que nous remercions pour son intéressante contribution. LETTRE INEDITE DE FRANZ LISZT ECRITE DANS SA QUINZIEME ANNEE En l’an 1826 le jeune Liszt effectua une tournée de concerts dans le sud de la France. Il se produisit en effet dans les villes de Bordeaux, Marseille et Lyon. Dans la « Cité des Gaules » Liszt se présenta trois fois en public : le mardi 23 mai, le mercredi 31 mai, puis, suite à l’insistance du Préfet, du Maire et du Lieutenant général, le mardi 13 juin, invariablement à 8 heures du soir dans l’ancienne salle de la bourse au Palais Saint-Pierre. Cette lettre, écrite le lendemain du deuxième concert, témoigne de la maturité du jeune Liszt et de sa maîtrise (déjà) de la langue française. Grâce à un article de Antoine Salles, conseiller municipal de Lyon, publié en 1911 pour le centenaire de la naissance de Liszt, nous en savons un peu sur l’organisation et la teneur de ces concerts. Des personnalités musicales de la ville telles que Mrs Baumann et Donjon, l’un premier violon, l’autre flûtiste à l’orchestre du Grand-Théâtre et Mlle Falleville qui quelques semaines plus tôt avait créé « la Dame blanche » (François Adrien Boieldieu) s’étaient mis à sa disposition pour l’encadrer et le seconder. Le prix des places était modeste, fixé à 3 francs. Le programme du 31 mai comprenait une étude de piano probablement extraite de la première mouture des futures études d’exécution transcendante publiée chez Boisselot à Marseille en cette année 1826 sous le n° d’opus 6 - en fait 1- et dédiée à une jeune bossue Lydia Garella, son premier amour ! Figurait également un pot-pourri dans lequel s’enchaînaient des motifs du chœur des Montagnards écossais de la Dame blanche, un air des Noces de Figaro et divers autres morceaux connus. Enfin, une ouverture, celle de Don Sanche, jouée auparavant le 20 juin 1825 à Manchester. Lors de ce concert, Donjon exécuta des variations sur la flûte et Mlle Falleville chanta un air des Folies amoureuses. Que faut-il entendre par le terme « brioches » à prendre au sens figuré ? Certainement la fantaisie et les acrobaties pianistiques auxquelles le public était peu accoutumé à cette époque. Il faut remarquer aussi l’ardent et précoce désir du jeune Liszt de s’imprégner de la culture française. Le destinataire de la lettre « Mon cher Monsieur Fouquet » n’a pas été identifié. Stéphane Monier (membre de "Sur les pas de Liszt" ) Franz Liszt jeune musicien en 1825 Pour un texte agrandi cliquer ici Où Franz Liszt doit-il être inhumé ? Une querelle sans fin entre Weimar, Bayreuth et Budapest Après sa mort survenue le 31 juillet 1886 à Bayreuth où Cosima, sa fille, avait exigé, peut-on dire, que son père, bien malade, assista à la première représentation de Tristan au Festspielhaus, sa dépouille fut l' objet de querelles concernant son lieu d' inhumation. Qui furent les protagonistes qui " combattirent " pour s' approprier le corps du défunt? - Weimar , que Liszt ne cessa de fréquenter sur plus de 40 ans, faisant de cette ville une capitale musicale de premier ordre attirant l’élite mondiale des artistes de l’époque - Budapest : Liszt est Hongrois, il est né à Doborjàn aujourd'hui Raiding. Il fit maints séjours en Hongrie au cours de sa vie prouvant son attachement pour ce pays. - Bayreuth ou plutôt, devrions nous dire, Cosima qui tenait à ce que son père y soit inhumé et qui a fait ce qu' il fallait pour éliminer les deux autres compétiteurs. Concernant Weimar, elle exigea que son père fut enterré dans le caveau royal avec Goethe et Schiller, ce qui fut refusé et pour La Hongrie, elle prit ombrage d'un discours malencontreux du Premier Ministre de l' époque doutant du patriotisme de Liszt pour refuser jusqu' à la fin de ses jours qu' il y fut transféré. Finalement le mausolée fut construit à Bayreuth mais la querelle ne cessa pas et dura encore une quarantaine d' années. Même à ce jour certains Hongrois n'ont toujours pas perdu espoir. Que voulait Liszt? Peut-être est-il un peu responsable de cette situation puisqu'il a souvent donné des informations contradictoires quant à son lieu d’inhumation. Tout d’abord à Caroline Sayn-Wittgenstein et plus tard à son Valet Milka, il déclara qu'il souhaitait être enterré là où il mourrait. Puis d' autres fois il déclara que ce serait à Rome où il a souvent séjourné « si j’avais le choix de ma sépulture se serait au cimetière de Tivoli » ou à st Tropez, Blandine sa fille y avait acheté une maison juste avant de décéder. Cosima, selon Alan Walker, voyait en Liszt une ombre pour la renommée posthume de Wagner. La comparaison s' il était inhumé à Bayreuth, en bas de la colline, serait sans conteste favorable à Wagner. D'un côté le Festspielhaus consacré à l' œuvre de son mari, Wahnfried leur magnifique demeure (aujourd'hui musée) et le tombeau de Wagner dans le beau Parc. Pour Liszt, Juste de l'autre côté de la rue Siegfriedstrasse , un modeste appartement loué dans la maison de Frau Fröhlich, où il avait été hébergé durant ses derniers jours (Cosima n' en avait pas voulu à Wahnfried ) aujourd'hui transformé en un modeste musée et son mausolée au cimetière municipal de Bayreuth. Ainsi pour les visiteurs de la postérité, l'avantage en terme d’image serait à Wagner. Vengeance de la part de Cosima ? Liszt, son père, s’il ne manqua jamais de soutenir ses enfants matériellement, sur le plan affectif ne fut pas à la hauteur puisqu' il resta par exemple près de 9 ans sans venir les voir lorsqu'ils étaient à Paris élevés par leur grand-mère bien qu’ils ne cessèrent de le réclamer comme en témoignent leurs nombreuses lettres. Cosima n’a-t-elle pas écrit dans son Journal "qu’elle n' avait eu ni père ni mère et que seul Wagner l' avait aimé...". Pour en savoir plus, un livre incontournable, base pour tous ceux qui s' intéressent à Franz Liszt, le Liszt d’Alan Walker aux éditions Fayard en deux volumes. A lire les trois derniers chapitres du tome II relatant de façon très émouvante les derniers jours de ce grand musicien. Ouvrage bien documenté, sérieux, il se lit comme un roman, ce que fut la vie de Liszt. "en septembre 1887, le monument était en place. Au- dessus de l’entrée, on avait placé une inscription reproduisant une phrase du Nouveau Testament : " Ich Weiss dass mein Erlöser lebt " ( je sais que mon Rédempteur est vivant ). Le bâtiment fut endommagé au cours des dernières semaines de la Deuxième Guerre mondiale et le cercueil de Liszt fut provisoirement exhumé avant d’être réenterré au même endroit, recouvert cette fois d’une simple pierre tombale. En 1978, la ville de Bayreuth a restauré le mausolée d' origine qui est toujours en place aujourd'hui ." Extrait de Liszt d' Alan Walker tome 2 Fayard Copyright FQM Le Mausolée de Franz Liszt à Bayreuth "Ich Weiss dass mein Erlöser lebt" "Je sais que mon rédempteur est vivant" La tombe de Daniel Liszt à l'ombre du Mur de Berlin Une nouvelle contribution pour notre site de la part de Christine van Zandijcke (Belgique) fidèle lisztienne, qui lors d’un déplacement récent à Berlin s’est mise en quête de la tombe de Daniel, fils de Franz Liszt, qui est située là où passait le « mur » ! Voici ce que Christine nous écrit : « Dans Alan Walker j'avais lu que Daniel était décédé chez sa sœur Cosima à l’époque épouse de Hans von Bülow à Berlin. Walker (dans sa première édition, quand la RDA existait encore) écrivait aussi que le Mur de Berlin passait littéralement sur sa tombe. Avant de partir pour Berlin, j'ai consulté ce site: https://www.findagrave.com/memorial/29634052/daniel-liszt C'est au nord de Berlin-Mitte, métro (U-Bahn - ligne U6) Schwarzkopffstraße, pas loin du Museum für Naturkunde, à 3 stations au nord de Friedrichstr., dans la Liesenstraße nº6 , à droite dans la rue en venant du métro/Musée. Une partie du vieux Domfriedhof contient une section de la communauté française: c'est là ! Belle journée ! Christine van Zandijcke » Daniel Liszt est le troisième et le dernier enfant que Franz Liszt eut avec Marie d Agoult. Né le 9 mai 1839 à Palestrina près de Rome, il ne vécut qu’une vingtaine d’années, anéanti par une phtisie galopante en décembre 1859. Sa vie avait bien mal commencé, pendant ses deux premières années, il fut « abandonné » par ses parents chez une nourrice qui le laissa mourir de faim. Heureusement son parrain, le célèbre peintre et ami du couple, Henri Lehmann le retira à temps et le « ressuscita » alors que Marie d’Agoult semblait l’avoir déjà abandonné. N’écrira-t-elle pas à Lehmann : « Les nouvelles de Daniel me donnent une grande joie. Toutefois je vous défends absolument d’y retourner avant votre départ. C’est une vraie folie et au fond une folie sans résultat. Cet enfant est forcément confié à la Providence et au hasard, ce que j’ai de mieux à faire est d’y penser le moins possible ». Il fut ensuite confié à sa grand-mère Anna Liszt à Paris qui finit par le requinquer et le choya en lieu et place de ses parents. Liszt qui assura le bien-être matériel de ses enfants fut un père absent puisqu‘il resta, à partir de 1844, près de 9 ans sans venir les voir tout en refusant à Marie le droit de s’en occuper. Daniel fréquenta plus tard le lycée Bonaparte, aujourd’hui lycée Louis le Grand. Après des débuts un peu difficiles, il se révéla être un brillant élève faisant la fierté de sa famille. Pour le récompenser, Liszt le fit venir à l’Altenburg. Ainsi à 15 ans il rejoignit à Weimar son père qu’il va enfin découvrir et admirer. En 1857 il partit pour Vienne afin de faire des études de droit qui ne l’enthousiasmaient pas. Il passera ses vacances d’été à Berlin chez Cosima encore mariée avec Hans von Bülow et c’est chez elle qu’il mourut de phtisie le 15 décembre 1859. Son père alerté par Cosima eut juste le temps d’arriver 2 jours avant sa disparition. Il se serait endormi dans ses bras et ses derniers mots auraient été : « je vais préparer vos places ». Cosima fut très marquée par le décès de son frère et appela sa première fille Daniela. L’enterrement eut lieu le 15 décembre au cimetière catholique de Berlin. En 1860, Liszt composa « les Morts », ode funèbre à la mémoire de Daniel. Comme nous le montre la photo envoyée par Christine, une grande croix blanche se dresse sur la tombe portant cette inscription : Daniel Liszt Né à Rome le 9 mai 1839 Mort à Berlin le 13 décembre 1859 Daniel Liszt Né à Rome le 9 mai 1839 Mort à Berlin le 13 décembre 1859 Crédit photo : Christine Van Zandijcke Musée virtuel Richard Wagner : Daniel Liszt à 15 ans lors de son séjour à Weimar (médaille) Les voyages de l'association "Sur les pas de Liszt" sur les rives du Danube juin 2019 Il y a eu tant de bons moments au cours de cette croisière lisztienne sur le Danube, tant de moments magiques sublimés par les 170 croisiéristes choristes, pianistes, mélomanes embarqués, qu’il est difficile d’en faire un résumé. Nous allons donc nous limiter pour ce site à quelques évocations purement lisztiennes de notre parcours, mais avant remercions les Listomanias International et en particulier Alain Rechner qui nous a donné la chance du 24 juin au 1er juillet dernier de passer des moments inoubliables en compagnie de Liszt bien sûr mais aussi de Beethoven, Schubert, Bartock, Offenbach et de tant d’autres. C’était un voyage de plus, organisé à la perfection par LI qui chaque année nous permet de découvrir Liszt dans de nouveaux environnements et de mieux comprendre ce compositeur virtuose. Raiding / Doborjan Lieu de naissance de Liszt le 22 octobre 1811. Ce petit village hongrois qui faisait jadis partie de l’Empire austro-hongrois sous le nom de « Doborjan » est aujourd’hui appelé « Raiding » et se situe en Autriche. Sous un soleil éclatant, nous avons visité la maison, bien restaurée convertie en lieu de souvenir. Nous avons essayé d'oublier le nouvel auditorium qui le jouxte et où chaque année a lieu le « Liszt Festival Raiding » pour ne voir que la petite église à quelques pas et le ru qui passe au fond du jardin et imaginer le petit Franciscus attentif aux leçons de musique de son père. Au retour, nous avons pu apercevoir au loin le Château des Esterhazy à Eisenstadt, employeurs d'Adam Liszt, le père nommé Intendant des Bergeries qui s'était fait tant d'amis parmi les musiciens de la cour. Szekszard Petite ville située au sud-ouest de la Hongrie à 140 km de Budapest le long du Danube. En 1838, Liszt a 27 ans et va revenir en Hongrie pour la première fois depuis son départ. Les grandes inondations du Danube qui ont dévasté Budapest l’incite à quitter Marie d’Agoult pour quelques concerts d’ entraide. Il y reçoit un accueil extraordinaire et il rencontre le Baron Antal Augusz ami indéfectible qui lui remettra le fameux sabre. A chaque fois que Liszt reviendra en Hongrie il sera reçu par Antal et souvent hébergé dans la propriété de ce dernier à Szekszard où plusieurs fêtes seront données en l’honneur de Liszt qui tentera d’en faire un petit « Altenburg ». Tous les musiciens, peintres, sculpteurs passaient pour le rencontrer. Même Olga Janina qui tenta de le tuer parce qu’il refusait ses avances. En 1871 Liszt y effectua un exode de 8 mois en raison de la guerre franco-prussienne. Lorsqu’ Antal décède, en 1878, Liszt dira « Nous ne faisions qu’une âme ». Nous avons visité la demeure d'Antal aujourd'hui école de musique Franz Liszt. Une statue du compositeur est à découvrir entre les branches du petit parc qui jouxte le bâtiment. Puis nous sommes allés voir le Palais du Gouvernement Provincial ancienne préfecture sur les ruines d'une Abbaye qui comprend un petit musée avec une pièce consacrée à Liszt où trônait un des ses pianos Chickering. Dans la grande salle de conseil nous avons pu écouter avec grand plaisir l’une des croisiéristes pianiste, Catherine Joly jouer "sospiro". Estergom Estergom fut la capitale de la Hongrie du X au XIIIème siècle. Sa cathédrale est la plus grande de Hongrie mais également la plus grande basilique d’Europe centrale. Sa construction a été lancée en 1820. Située au bord du Danube et au sein de l’Empire des Habsbourg, son inauguration a été honorée en 1858 par la présence de l’Empereur François Joseph, Liszt y dirigea pour la première fois sa célèbre messe d’Estergom encore appelée « Estergomi Misse » ou « Messe de Gran » ou encore « Missa Solemnis ». Elle fera dire à Liszt « J’ai plus prié cette messe que je ne l’ai composée ». Nous avons tous été touchés d’y entendre sous la direction de Gabriella Boda le « Salve Regina » de Liszt chanté magnifiquement par les choristes de la croisière. Budapest Les séjours de Liszt à Budapest furent nombreux notamment au cours de sa vie trifurquée. A chaque inondation grave du Danube, il y reviendra pour donner des concerts d’entraide, fêté et reconnu comme un héros national. Retenons deux lieux essentiels parmi ceux que nous avons visités. Eglise Saint Mathias Il y fut joué la "Messe hongroise du Couronnement " que Liszt composa pour l’Empereur François Joseph, couronné Roi de Hongrie. Liszt très controversé à l’époque en raison de son soutien aux patriotes hongrois n’eut pas la chance de diriger son œuvre et ne reçut même pas d’invitation officielle. Il fut néanmoins ovationné selon Alan Walker, biographe de Liszt, presqu'autant que l'Empereur et s'en retourna à son domicile, les appartements de l’Eglise paroissiale de Pest, à pied après avoir franchi le fameux pont des Chaines. Rien n'ayant beaucoup changé, il était si facile de l'imaginer. Réconciliation fut faite peu après avec l’Empereur François Joseph qui le décora. Liszt Memorial Museum Construit en 1881, ce bâtiment appelé "Vieille Académie de musique" , accueille le mémorial et le centre de recherche Franz Liszt. C'est une composante de l’Académie de musique de Budapest (aussi nommée Université de Musique Franz Liszt). Liszt y a vécu au premier étage de 1881 à 1886 année de sa mort à Bayreuth, dans un appartement qui a été reconstitué en 1986 et qui accueille le musée Franz Liszt de Budapest. Sans doute l'endroit le plus émouvant en raison de la présence de Liszt que l'on sentait dans chaque pièce où étaient disposés tant de souvenirs qui l'ont accompagné de son vivant, des tableaux dont des dessins de Gustave Doré, des portraits, des tapisseries de la princesse Carolyne, des bustes de Beethoven, Schubert et Weber, des meubles et surtout plusieurs instruments de musique, harmonium, harmonica en verre, pianos orgues, un Bôsendorfer et deux grands pianos Chickering dont un spécialement fabriqué pour Liszt sur lequel Nicolas Stavy a joué avec émotion quelques mesures de la consolation n°3. Bratislava Presbourg ou Pozsony du temps de Liszt. Dans cette ville le souvenir de Liszt est à chaque coin de rue omniprésent. En grande pompe avec une statue sur le fronton de l’opéra aux côtés de Mozart, Beethoven… ou plus modestement par un buste ou une plaque commémorative dans la ville ou même par quelques affiches taguées. Cette croisière nous a permis beaucoup d’autres visites très enrichissantes, Melk, Dürnstein et des rencontres inoubliables avec les croisiéristes ; Pierre Reach, Nicolas Stavy, Nicolas Dufetel avec une arrivée magistrale en bateau sur la basilique d'Estergom lors d'une de ses conférence évoquant le lieu, Katalin Vâmosi, Yanis et Marouan Benabdallah et surtout Gabriella Boda qui de main de maître a dirigé nos chanteurs venus des quatre coins du monde ; 14 nationalités représentées. Nous attendons avec impatience la prochaine croisière sur le Rhin, toujours à la rencontre de Liszt et surtout de Beethoven en cette année 2020, année anniversaire de sa naissance. FQM Maison de naissance de Franz Liszt à Raiding Maison d'Antal Augusz à Szekszard La basilique d'Estergom Basilique d'Estergom : les choristes croisièristes Eglise Saint Mathias La statue de Liszt, place Liszt devant l'Académie Royale Consolation n°3 par Nicolas Stavy sur le piano Chickering fabriqué pour Liszt Cliquez ici Affiche taguée dans une rue piétonne de Bratislava Franz Liszt fut-il un "séducteur"? Il fut une des premières victimes du « Rock Star System ». Bel homme, très séduisant, musicien doué, cultivé et éclectique dans ses savoirs, célèbre, charismatique et généreux, il ne lui manquait rien pour être courtisé à outrance, aujourd’hui nous dirions harcelé. Tous ceux qui le rencontraient étaient séduits. Parmi les multiples éloges, retenons en un tout simple, celui de l’écrivaine Georges Eliott en 1854 lors d’un voyage à Weimar, Liszt avait 43 ans : « Génie, bienveillance et tendresse rayonnent de toute son attitude, il maniait l’instrument avec calme et aisance et son visage était tout simplement magnifique » (1). Il fréquentait les salons, les milieux huppés où l’on rencontrait les femmes qui par leur fortune pouvaient être les plus élégantes, les plus séduisantes et les plus cultivées. Il avait l’embarras du choix et on lui a prêté beaucoup de conquêtes, cela continue encore aujourd’hui. Il existe un site faisant l’inventaire de toutes les femmes qu’il a côtoyées ou avec qui il a vécu sans faire le distingo sous le titre, Liszt, « Unions et enfants » Pour accéder à ce site cliquez ici Il avait un type de femme, pas toujours les plus jolies, mais toutes intelligentes et cultivées, avec souvent un faible pour les femmes inaccessibles soit par leur rang, soit par leur engagement dans leur mariage (Caroline de Saint Cricq, la Comtesse Marie d’Agoult, la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein ) . Il fut donc harcelé, courtisé jusqu’ à la folie, on ramassait ses bouts de cigare, lui coupait les cheveux, on l’observait au télescope, on l’épiait, le surveillait, on se pâmait. Et il en fut ainsi même dans sa vieillesse, citons Adelheid von Schorn, écrivaine allemande : « Je n ai jamais vu qu’avec dégout ce don qu’avait Liszt d’attirer les femmes. Cela n’eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable….malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu’ on aurait pu penser que les rôles étaient inversés » (2). Fut-il sensible à toutes ces démonstrations ? En profita-t-il ? A t-il eu ce que l’on appelle aujourd’hui une vie de coureur ? Que disent les principaux exégètes de Liszt ? Opposons ceux dont les ouvrages font référence sur notre compositeur. Si Serge Gut dans son livre Liszt est le plus accusateur et lui prête maintes conquêtes, Alan Walker dans son Franz Liszt considère qu’on lui en a données beaucoup trop sans preuves ; « pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes a été de nature sexuelle ». Nous ne les départagerons pas, d’autant qu’il y a eu tant d’autres biographes qui se sont penchés sur la question sans trouver un consensus, même après avoir décortiqué sa volumineuse correspondance. Liszt n’était pas du genre à étaler ses exploits amoureux, restant toujours discret. Il faudrait définir par quoi démarre l’engagement amoureux. A la lecture de la pléthorique correspondance romantique, on se rend compte de l’emphase qui était mise dans les rapports humains, beaucoup de pleurs, d’embrassades et de mots d’amour sans qu’il n’y ait eu quoi que ce soit. Ainsi, citons George Sand concernant Liszt : « j’aime Franz c’est une partie de mon propre sang ». Liszt n’a jamais attrapé la syphilis contrairement à nombre de ses « collègues » artistes, pour ne citer que ceux qu’il a connus ou qui lui ont été contemporains : Beethoven, Paganini, Schubert, Heinrich Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Guy de Maupassant, Rimbaud, Manet… Que disent celles qui l’ont bien fréquenté ? Marie d’Agoult et sa fameuse phrase : « je veux bien être votre maitresse, pas une de vos maitresses », Carolyne Sayn-Wittgenstein : « il aimait la compagnie des femmes parce qu’elles l’adulaient, le valorisaient et lui apportaient la consolation dont il avait besoin de l’acharnement dont il était victime de la part de la critique et de tant d’autres qui le jalousaient et n’avait de cesse de l’assassiner » (1). Lorsque vieillissante à Rome, jalouse et alimentée par toutes les rumeurs qui lui parvenaient elle lui écrivait, lui reprochant ses tardives aventures ; « cela gâtera votre biographie » (3). Enfin ses élèves disaient qu’il était de nature affectueuse avec la gente féminine et sans prêter à mal. Il a sans aucun doute été un grand séducteur, écartelé entre ses sentiments et sa vocation religieuse, mais pas un grand collectionneur ni un grand libertin. Les séducteurs n'ont pas forcément de rapports sexuels avec toutes celles qu'ils séduisent. Comme le dit la Princesse, Liszt était trop pris par son travail, sa musique et ses appétences religieuses. Ne serait-ce pas en raison de ce dernier élément qu’il suscita tant de rumeurs ? Franz Liszt a rejoint les franciscains en 1865, ne recevant que les ordres mineurs mais portant la soutane et il continuait à séduire parfois à son corps défendant comme ce fut le cas avec Olga Janina (voir ci-après). Peut-on imaginer plus croustillant pour alimenter les rumeurs et les conversations de salon, et cela continue encore aujourd’hui ! Alan Walker Franz Liszt Fayard Serge Gut Liszt Editions de Fallois Guy de Pourtales 1926 La vie de Franz Liszt ebooks-bnr.com Françoise Quédeville Marmey Un cas d’harcèlement : Olga Janina Olga Janina, sous le pseudonyme de Robert Franz, raconte dans un livre pamphlet intitulé Souvenirs d’une cosaque comment souffrant d’une addiction pathologique à l’égard du compositeur, elle harcela « X », en fait Liszt, jusqu’a à y laisser toute sa fortune. Janina dans ce roman autobiographique se venge, comme Marie d’Agoult l’a fait avec Nélida. Les faits : en 1869 Liszt a 58 ans, il porte la soutane et se voit harcelé par une de ses élèves Olga Janina, prétendue Comtesse cosaque de 26 ans. Après avoir tenté de le tuer parce qu’il ne voulait pas répondre à ses avances elle se voit expulsée de Budapest. L’ouvrage : on se l’arrache dès sa première publication en 1874, et il rencontra un tel succès qu’il n’y eut pas moins de 13 éditions sous différents titres et différents pseudonymes. Liszt et la Princesse Sayn-Wittgenstein en furent meurtris, citons cette dernière dans un courrier à Edouard Liszt : « le monde sait bien que le pamphlet de Janina est plein de fausseté ; mais qu’on dit que ce sont les détails qui sont faux » (1) Petit roman agréable à lire en raison de l’humour dont fait preuve l’auteur, ainsi évoquant Weimar « petite ville où les chaussettes du souverain sèchent sur les haies des frontières ». Janina est ouverte, intelligente et presque féministe. La première rencontre avec « X » (Liszt) donne le ton au roman, c’est un coup de foudre : « je revins malade, fascinée, éblouie ». Commence un harcèlement qui va durer des mois et qui la mène partout où Liszt de sa vie trifurquée se trouve, à Weimar, en Hongrie, à Rome : « je ne pouvais aimer qu’avec violence, frénésie … il serait à moi ou je le tuerai ». Elle nous fait découvrir son acharnement au travail et sa religiosité : « j’assistais tous les jours à la messe de 6 heures, placée dans l’ombre d’un confessionnal, je le regardais prier ». Son addiction la conduira à tous les excès : « je m’abaissais à un triste espionnage et ne cessait de l’épier jour et nuit jusqu’ à l’épuisement … enfin « X » paraissait. J’oubliais mon mal et ma douleur, je l’avais vu ! Je m’en retournais consolée, guérie, pour recommencer le lendemain » Elle dépense toute sa fortune et plus tard celle de sa fille pour séduire « X », elle le couvre de fleurs et va jusqu’ à le harceler à la Villa d’ Este où il s’ est réfugié. De toute évidence et à l’aveu de Janina, il refusait de donner suite. A l’époque, les lois contre le harcèlement sexuel n’existaient pas. Comment cela s’est il terminé ? « X » a-t-il cédé ? elle mentionne à la fin du livre une scène qui a fait scandale où « X » après la messe du Vendredi Saint l’enlace et l’étouffe de baisers. C’est la scène la plus chaude du livre, il n’y a aucune mention de rapports sexuels . Compte tenu de ses confessions débridées, s’ils avaient eu lieu, elle les aurait bien complaisamment mentionnés. Elle termine son livre méchamment comme marie d’Agoult avec Nélida en nous montrant un Liszt vaniteux, hypocrite, qui l’a ruinée parce qu’il aimait le luxe et tous ses raffinements « il m’a aimée pour ma richesse ». A-t-elle confondu Liszt avec Wagner ? Faut-il la croire ? Toute sa vie selon les biographes, n’est que mensonges. Les grands moments de son enfance qu’elle décrit dans les premiers chapitres font douter de la véracité des faits. Laissons à Olga Janina les derniers mots de cette histoire qu’elle place dans la bouche de « X », trop content de s’en être débarrassé après qu’elle eut tenté de le tuer parce qu’il refusait de répondre à ses avances : « la violence de vos sentiments trouble la paix qui est une des conditions de mon existence. Souffrez donc que je m’abstienne de recevoir vos étranges élucubrations jusqu’ au moment où vous aurez compris qu’il n’y a pas de bonheur possible en dehors de l’observation des lois divines. Il faudra aussi vous réconcilier avec votre sort, qui n’est d’ailleurs que le fruit de vos diverses imprudences ». Souvenirs d’une Cosaque par Robert Franz deuxième édition, librairie internationale Lacroix et Cie, éditeurs 1874 (1) Serge Gut Liszt FQM Franz Liszt fut-il un "séducteur"? Il fut une des premières victimes du « Rock Star System ». Bel homme, très séduisant, musicien doué, cultivé et éclectique dans ses savoirs, célèbre, charismatique et généreux, il ne lui manquait rien pour être courtisé à outrance, aujourd’hui nous dirions harcelé. Tous ceux qui le rencontraient étaient séduits. Parmi les multiples éloges, retenons en un tout simple, celui de l’écrivaine Georges Eliott en 1854 lors d’un voyage à Weimar, Liszt avait 43 ans : « Génie, bienveillance et tendresse rayonnent de toute son attitude, il maniait l’instrument avec calme et aisance et son visage était tout simplement magnifique » (1). Il fréquentait les salons, les milieux huppés où l’on rencontrait les femmes qui par leur fortune pouvaient être les plus élégantes, les plus séduisantes et les plus cultivées. Il avait l’embarras du choix et on lui a prêté beaucoup de conquêtes, cela continue encore aujourd’hui. Il existe un site faisant l’inventaire de toutes les femmes qu’il a côtoyées ou avec qui il a vécu sans faire le distingo sous le titre, Liszt, « Unions et enfants » Pour accéder à ce site cliquez ici Il avait un type de femme, pas toujours les plus jolies, mais toutes intelligentes et cultivées, avec souvent un faible pour les femmes inaccessibles soit par leur rang, soit par leur engagement dans leur mariage (Caroline de Saint Cricq, la Comtesse Marie d’Agoult, la Princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein ) . Il fut donc harcelé, courtisé jusqu’ à la folie, on ramassait ses bouts de cigare, lui coupait les cheveux, on l’observait au télescope, on l’épiait, le surveillait, on se pâmait. Et il en fut ainsi même dans sa vieillesse, citons Adelheid von Schorn, écrivaine allemande : « Je n ai jamais vu qu’avec dégout ce don qu’avait Liszt d’attirer les femmes. Cela n’eut point de cesse même dans sa vieillesse et il était pénible de constater qu’il se trouvait des femmes capables de regarder le vieillard comme une proie désirable….malheureusement je n’ ai vu que trop souvent comment les femmes se jetaient sur lui, si bien qu’ on aurait pu penser que les rôles étaient inversés » (2). Fut-il sensible à toutes ces démonstrations ? En profita-t-il ? A t-il eu ce que l’on appelle aujourd’hui une vie de coureur ? Que disent les principaux exégètes de Liszt ? Opposons ceux dont les ouvrages font référence sur notre compositeur. Si Serge Gut dans son livre Liszt est le plus accusateur et lui prête maintes conquêtes, Alan Walker dans son Franz Liszt considère qu’on lui en a données beaucoup trop sans preuves ; « pas une seule pièce véritablement probante n’a été mise à jour qui prouve que le lien de Liszt avec l’une de ces femmes a été de nature sexuelle ». Nous ne les départagerons pas, d’autant qu’il y a eu tant d’autres biographes qui se sont penchés sur la question sans trouver un consensus, même après avoir décortiqué sa volumineuse correspondance. Liszt n’était pas du genre à étaler ses exploits amoureux, restant toujours discret. Il faudrait définir par quoi démarre l’engagement amoureux. A la lecture de la pléthorique correspondance romantique, on se rend compte de l’emphase qui était mise dans les rapports humains, beaucoup de pleurs, d’embrassades et de mots d’amour sans qu’il n’y ait eu quoi que ce soit. Ainsi, citons George Sand concernant Liszt : « j’aime Franz c’est une partie de mon propre sang ». Liszt n’a jamais attrapé la syphilis contrairement à nombre de ses « collègues » artistes, pour ne citer que ceux qu’il a connus ou qui lui ont été contemporains : Beethoven, Paganini, Schubert, Heinrich Heine, Schumann, Flaubert, Baudelaire, Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, Nietzsche, Gauguin, Guy de Maupassant, Rimbaud, Manet… Que disent celles qui l’ont bien fréquenté ? Marie d’Agoult et sa fameuse phrase : « je veux bien être votre maitresse, pas une de vos maitresses », Carolyne Sayn-Wittgenstein : « il aimait la compagnie des femmes parce qu’elles l’adulaient, le valorisaient et lui apportaient la consolation dont il avait besoin de l’acharnement dont il était victime de la part de la critique et de tant d’autres qui le jalousaient et n’avait de cesse de l’assassiner » (1). Lorsque vieillissante à Rome, jalouse et alimentée par toutes les rumeurs qui lui parvenaient elle lui écrivait, lui reprochant ses tardives aventures ; « cela gâtera votre biographie » (3). Enfin ses élèves disaient qu’il était de nature affectueuse avec la gente féminine et sans prêter à mal. Il a sans aucun doute été un grand séducteur, écartelé entre ses sentiments et sa vocation religieuse, mais pas un grand collectionneur ni un grand libertin. Les séducteurs n'ont pas forcément de rapports sexuels avec toutes celles qu'ils séduisent. Comme le dit la Princesse, Liszt était trop pris par son travail, sa musique et ses appétences religieuses. Ne serait-ce pas en raison de ce dernier élément qu’il suscita tant de rumeurs ? Franz Liszt a rejoint les franciscains en 1865, ne recevant que les ordres mineurs mais portant la soutane et il continuait à séduire parfois à son corps défendant comme ce fut le cas avec Olga Janina (voir ci-après). Peut-on imaginer plus croustillant pour alimenter les rumeurs et les conversations de salon, et cela continue encore aujourd’hui ! Alan Walker Franz Liszt Fayard Serge Gut Liszt Editions de Fallois Guy de Pourtales 1926 La vie de Franz Liszt ebooks-bnr.com Françoise Quédeville Marmey Yuncham Lim jeune pianiste virtuose mais déjà un immense interprète de Liszt Yuncham Lim jeune pianiste virtuose mais déjà un immense interprète de Liszt Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile.
- questions | Lola
Questions sur Franz Liszt ? Pour des éléments de réponse cliquez directement sur la question La personnalité Qui était réellement Franz Liszt ? Pourquoi Liszt est-il considéré comme un génie ? Était-il heureux ? Pourquoi se dépréciait-il sans cesse ? Liszt souffrait-il du syndrome de l'imposteur ? Les femmes Liszt était-il vraiment un Don Juan ? Pourquoi parle-t-on de « l'abbé libertin » ? Combien de femmes a-t-il réellement aimées ? Qui était la princesse Carolyne ? La religion Liszt est-il devenu abbé ? Était-il réellement prêtre ? Quelle était sa foi ? Pourquoi voulait-il réformer la musique religieuse ? Pourquoi était-il fasciné par la mort ? La musique Liszt etait-il un compositeur révolutionnaire ? Qu'a-t-il inventé ? Pourquoi ses œuvres religieuses sont-elles si importantes ? La relation ambigüe entre Liszt et Wagner ? L'homme Pourquoi voyageait il autant ? Parlait-il français ? Était-il hongrois ? Pourquoi enseignait-il gratuitement ? Était-il riche ? Pourquoi aidait-il tant les autres ? La politique Liszt était-il révolutionnaire ? Était-il franc-maçon ? Que pensait-il de Napoléon III ? Pourquoi admirait-il Lamennais ? Était-il européen avant l'heure ?
- Aimez-vous Liszt | Lola
Aimez-vous Liszt ? Les témoignages d'hier et d'aujourd'hui Les témoignages des contemporains de Franz Liszt Dans cette rubrique vous aurez la possibilité de mieux connaître Franz Liszt à travers ses contemporains. Beaucoup l'ont admiré d'autres n'ont pas su percevoir son côté novateur, révolutionnaire. " Je reste très attaché au journal Le Temps. C'est le seul qui en 1866 des principaux journaux de Paris a loué ma Messe de Gran , qui à l'époque a été rejeté par mes plus proches amis - Berlioz- d'Ortigue, m'exhortant de continuer à charmer les salons avec mon activité de pianiste célèbre" . Franz Liszt à Olga Meyendorff en novembre 1879 Pour en savoir plus Cliquez ici Les témoignages d'artistes qui ont participé activement à la réhabilitation posthume de l'oeuvre de Franz Liszt Après sa mort, la réputation de Liszt en tant que compositeur connut un certain déclin, tandis que son image restait souvent réduite à celle du virtuose spectaculaire. Pourtant, des musiciens qui l’avaient connu et admiré, tel Camille Saint-Saëns, continuèrent à défendre son œuvre. Puis, au cours du XXᵉ siècle, de grands compositeurs et interprètes contribuèrent à une véritable réévaluation de son héritage. Ils mirent progressivement en lumière un Liszt visionnaire et novateur, dont les recherches dans les domaines de l’harmonie, de la forme, de l’écriture pianistique et de l’orchestration annonçaient certaines des grandes évolutions de la musique moderne. Béla Bartók fut l’un des défenseurs les plus importants de cette conception de Liszt. Il insista notamment sur la portée de ses innovations et sur l’influence considérable qu’elles exercèrent sur les générations de compositeurs qui lui succédèrent. Pour en savoir plus Cliquez ici Les témoignages des pianistes d'aujourd'hui inspirés par Franz Liszt À l’époque du compositeur, on disait que seul Liszt était capable de jouer ses propres œuvres. Il est d’ailleurs à noter que certains interprètes auxquels Liszt avait dédié une œuvre ne furent pas en mesure de la jouer. Depuis, la technique pianistique et son enseignement ont considérablement évolué, et tout jeune concertiste virtuose se doit d’inscrire Liszt à son répertoire. Cependant, certaines de ses œuvres exigent une telle souplesse et une telle virtuosité que des pianistes choisissent de les retirer progressivement de leurs programmes en fin de carrière. Pour en savoir plus Cliquez ici Les chefs d'orchestre prestigieux qui ont défendu et servi la musique de Liszt de son vivant jusqu'à aujourd'hui "Les œuvres de Liszt pour piano sont reconnues, mais ses œuvres symphoniques ne sont pas assez jouées, alors que Liszt est un compositeur de premier ordre, l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, aussi important que Beethoven". Léonard Berstein Pour en savoir plus Cliquez ici Retour à la page d'accueil Cliquer ici
- Cercle Wagner Paris | Lola
Le Cercle National Richard Wagner - Paris Le Cercle National Richard Wagner (CNRW), fondé en 1965 est avant tout un lieu de rencontres pour les amateurs de l’art wagnérien, pour tous ceux qui désirent découvrir ou approfondir l’œuvre et la vie de Richard Wagner, mais aussi son temps et ses contemporains, et au-delà pour tous ceux enfin, qui aiment l’art lyrique et la musique. Pour en savoir plus sur le Cercle National Richard Wagner Paris Cliquer ici Le Cercle compte environ 200 membres dont 30% sont hors de la région parisienne. Pour faire connaissance avec les membres du Comité Directeur, il suffit de cliquer ici . Tous les ans, le Cercle permet à un jeune étudiant « boursier » (musicien, artiste-interprète, metteur en scène, etc.) de participer au Festival de Bayreuth grâce à la Fondation Richard Wagner. Réunions mensuelles Le Cercle organise un cycle de conférences – une par mois, de septembre à juin – dont les sujets se rapportent de près ou de loin à Richard Wagner et à son œuvre . Toutes les conférences sont illustrées de musique, et parfois de projections (diapositives, vidéo, etc.). Le Cercle organise, environ une fois par an, une projection d’opéra en vidéo sur grand écran. Ces réunions ont lieu à l’Hôtel Bedford , 17 rue de l’Arcade à Paris 8e : – le lundi soir à 20h00, en septembre, avril, mai et juin ; – le dimanche après-midi à 15h15, d’octobre à mars inclus. Location de spectacles Le Cercle offre à ses adhérents la possibilité d’obtenir des billets pour certaines manifestations wagnériennes importantes (spectacles, concerts, expositions, etc.) à Paris ou en province, et parfois même à l’étranger. Cercle international Richard Wagner L’Association internationale des Cercles Richard Wagner, à laquelle est affilié notre Cercle, et qui a son siège à Bayreuth, regroupe les associations Richard Wagner du monde entier. Chaque année, au mois de mai, un congrès annuel est organisé dans une ville différente, et rassemble, durant quelques jours, les wagnériens venus du monde entier. Notre Cercle a déjà organisé deux fois ce congrès, en 1974 et 1985. Les adhérents (et leurs proches) qui le souhaitent, peuvent se rendre à ce congrès, et forment ainsi la délégation du Cercle de Paris. Celle-ci est toujours importante. Notre Cercle est jumelé avec celui de Cologne , sous l’égide du cercle international et le parrainage du chef d’orchestre James Conlon, membre d’honneur de nos deux Cercles. Ce rapprochement permet à nos adhérents respectifs de se rencontrer occasionnellement, tant à Paris qu’à Cologne, pour assister à des événements artistiques importants. Site internet : www.richard-wagner.org Festival de Bayreuth Nos adhérents ont la possibilité d’adresser leurs commandes de billets au « Kartenbüro » du Festival, en se recommandant du Cercle. Chaque année, vers le mois d’avril, des instructions leur sont données sur la marche à suivre pour obtenir le programme du Festival de l’année suivante. Il est aussi possible de s’inscrire par internet. >> Site internet : www.bayreuther-festspiele.de En outre, grâce à l’Association internationale des Cercles Richard Wagner , un contingent de places est réservé pour les différents Cercles mondiaux, dont le nôtre (à titre d’exemple, 29 places nous ont été attribuées en 2018). C’est, pour nos adhérents, une autre possibilité d’obtenir des places pour ce Festival. Publications En plus de ces activités, le Cercle envoie à chaque adhérent la revue réalisée par le Cercle belge francophone Richard Wagner de Bruxelles. Cette publication contient des articles de fond sur la vie et l’œuvre de Richard Wagner, des critiques de spectacles et de concerts, des chroniques discographiques et littéraires. Le Cercle donne, par ailleurs, diverses informations à ses adhérents par sa circulaire de liaison, trimestrielle, La lettre du Cygne. Il les informe ainsi du cycle des conférences, des propositions de location de spectacles et leur fournit tous les renseignements pratiques et utiles sur la vie de l’association. Enfin, le Cercle dispose d’un site internet, et permet, à ceux qui disposent d’un accès, d’être informés sur ses activités. Adhésions La cotisation couvre la période du 1er septembre de l’année en cours au 31 août de l’année suivante, et comprend les envois de la revue du Cercle belge francophone Richard Wagner et de La Lettre du Cygne. Si nos différentes activités vous séduisent, alors vous pouvez devenir membre du Cercle National Richard Wagner de Paris ! Il vous suffit, pour cela, de nous adresser le bulletin d’adhésion dûment rempli et accompagné de votre règlement. Vous recevrez, par retour, votre carte d’adhérent, ainsi que la dernière circulaire en cours, et vous pourrez participer aux activités de la saison. À bientôt peut-être le plaisir de vous accueillir au sein de notre Cercle !
- Liszt préciosité langue française | Lola
La précocité de Liszt et sa maîtrise de la langue française. Ses dons et sa précocité ne concernèrent pas que la musique mais se retrouvèrent dans bien d’autres domaines de sa personnalité, ainsi dans sa maîtrise de la langue française. Franz fut élevé dans un contexte germanophone, sa mère Anna et son père Adam ne parlaient qu' un allemand dénaturé (celui du Burgenland). Ce dernier échouant à l’apprentissage du hongrois, il ne l' inculqua donc pas à son fils. En outre au XIXe siècle, La Hongrie était sous domination autrichienne. Peut-être Liszt avait-il eu quelques notions de français avant d’arriver à Paris puisqu' en ce début du XIXe siècle toute l’Europe aristocratique et artistique était encore sous primauté linguistique française. A son arrivée à Paris en décembre 1823, il vient d' avoir 12 ans, et 4 mois plus tard, en mars 1824, il maîtrise déjà honorablement le français. Comme en témoigne cette lettre touchante écrite à Londres par le jeune Franz et citée dans le Liszt de Alan Walker tome I. " Monsieur, je vous serai infiniment obligée si vous voudrais bien vous donner la peine de venir me voir aujourd'hui à trois heures et quart ayant quelques morceaux de fini, et comme je désire de les faire graver je m' adresse à vous en vous priant de bien vouloir les entendre pour que vous n' achetez pas le chat dans le sac,…" Entre cette lettre et celle inédite ci-dessous datée du 1er juin 1826 concernant un concert qu’il a donné à Lyon et dont nous pouvons vous offrir la primeur sur ce site grâce à Stéphane Monier qui en a fait l' acquisition, il ne s' est écoulé que 2 ans. Années bien remplies, avec des tournées en Angleterre et en Suisse ainsi qu' une activité musicale importante en concerts et en compositions, son opéra "Don Sanche" écrit à 13 ans produit à l'Académie Royale de Paris et la composition et publication de son Étude pour le piano en 12 exercices (48 initialement prévus) qui deviendront plus tard Les Études d' exécution transcendante. Liszt a ensuite vécu une douzaine d' années à Paris où il a pu s' imprégner de la culture française; il a toujours préféré s' exprimer en français qu' il maîtrisait mieux que la langue allemande comme le prouve la quantité d'œuvres, essais et prose écrits dans un excellent français. Rappelons néanmoins qu' il s'est toujours défini comme " magyar" et qu' il se sentait avant tout Hongrois , nationalité qu’il revendiquait pour ses trois enfants. Françoise Quédeville Marmey Lettre inédite du 1 juin 1826, Liszt à 14 ans (voir ci contre) Voir ci-dessous commentaire de Stéphane Monier que nous remercions pour son intéressante contribution. LETTRE INEDITE DE FRANZ LISZT ECRITE DANS SA QUINZIEME ANNEE En l’an 1826 le jeune Liszt effectua une tournée de concerts dans le sud de la France. Il se produisit en effet dans les villes de Bordeaux, Marseille et Lyon. Dans la « Cité des Gaules » Liszt se présenta trois fois en public : le mardi 23 mai, le mercredi 31 mai, puis, suite à l’insistance du Préfet, du Maire et du Lieutenant général, le mardi 13 juin, invariablement à 8 heures du soir dans l’ancienne salle de la bourse au Palais Saint-Pierre. Cette lettre, écrite le lendemain du deuxième concert, témoigne de la maturité du jeune Liszt et de sa maîtrise (déjà) de la langue française. Grâce à un article de Antoine Salles, conseiller municipal de Lyon, publié en 1911 pour le centenaire de la naissance de Liszt, nous en savons un peu sur l’organisation et la teneur de ces concerts. Des personnalités musicales de la ville telles que Mrs Baumann et Donjon, l’un premier violon, l’autre flûtiste à l’orchestre du Grand-Théâtre et Mlle Falleville qui quelques semaines plus tôt avait créé « la Dame blanche » (François Adrien Boieldieu) s’étaient mis à sa disposition pour l’encadrer et le seconder. Le prix des places était modeste, fixé à 3 francs. Le programme du 31 mai comprenait une étude de piano probablement extraite de la première mouture des futures Etudes d’exécution transcendante publiée chez Boisselot à Marseille en cette année 1826 sous le n° d’opus 6 - en fait 1- et dédiée à une jeune bossue Lydia Garella, son premier amour ! Figurait également un pot-pourri dans lequel s’enchaînaient des motifs du chœur des Montagnards écossais de la Dame blanche, un air des Noces de Figaro et divers autres morceaux connus. Enfin, une ouverture, celle de Don Sanche, jouée auparavant le 20 juin 1825 à Manchester. Lors de ce concert, Donjon exécuta des variations sur la flûte et Mlle Falleville chanta un air des Folies amoureuses. Le terme de "brioche" indique une bévue ou une bourde provenant de l'argot du XIXème. Il désignait une amande que les musiciens fautifs de l'orchestre de l'Opéra de Paris devaient payer et qui permettait d'acheter une brioche. Il faut remarquer aussi l’ardent et précoce désir du jeune Liszt de s’imprégner de la culture française. Le destinataire de la lettre « Mon cher Monsieur Fouquet » n’a pas été identifié. Stéphane Monier P our un texte agrandi cliquer ici Retour à Liszt écrivain Cliquer ici
- Concours | Lola
Les concours Franz Liszt dans le monde À la découverte des interprètes lisztiens de demain La musique pour piano de Franz Liszt demeure, près d'un siècle et demi après sa mort, l'un des grands défis proposés aux pianistes. Mais jouer Liszt ne consiste pas seulement à faire preuve de virtuosité. Derrière les difficultés techniques parfois redoutables se trouvent une extraordinaire diversité de styles, une connaissance profonde de la littérature et des arts, une recherche permanente de nouvelles sonorités et une conception presque orchestrale du piano. Il n'est donc pas étonnant que plusieurs concours internationaux aient choisi Franz Liszt comme figure tutélaire. Certains comptent aujourd'hui parmi les rendez-vous importants de la vie pianistique internationale. D'autres s'adressent aux jeunes interprètes ou privilégient de nouvelles formes de sélection, notamment en ligne. Cette page ne cherche pas à recenser tous les concours de piano dans lesquels une œuvre de Liszt peut être jouée. Elle privilégie les manifestations où Franz Liszt et son œuvre occupent une place centrale et clairement revendiquée. LES GRANDS CONCOURS INTERNATIONAUX Utrecht — International Franz Liszt Piano Competition Créé en 1986, le Concours international Franz Liszt d'Utrecht est devenu l'un des concours les plus importants entièrement consacrés à Liszt. Organisé aux Pays-Bas, il ne se limite plus à la seule compétition : il accompagne également les jeunes pianistes dans le développement de leur carrière et organise concerts, tournées et rencontres. Le concours permet d'entendre différentes générations de pianistes se confronter à l'immense diversité du répertoire lisztien : œuvres originales, transcriptions, paraphrases et grandes pages de virtuosité. Pour découvrir Liszt Utrecht : Cliquer ici Pécs — Franz Liszt International Piano Competition La Hongrie occupe naturellement une place particulière dans le monde des concours lisztiens. L'histoire du Franz Liszt International Piano Competition remonte à 1933. La première édition fut organisée sous la direction d'Ernő Dohnányi et remportée par une jeune pianiste appelée à devenir l'une des grandes interprètes du XXᵉ siècle : Annie Fischer. Le concours perpétue aujourd'hui cette tradition sous l'égide de Filharmonia Hungary. L'édition 2026 se déroule à Pécs et propose un programme presque entièrement consacré à Liszt : études, transcriptions, paraphrases, Années de pèlerinage, Rhapsodies hongroises, Sonate en si mineur et œuvres concertantes. La finale avec orchestre permet notamment aux candidats de choisir entre les deux Concertos pour piano et Totentanz. Pour découvrir le Franz Liszt International Piano Competition : Cliquer ici Weimar — Bayreuth — International Franz Liszt Piano Competition Peu de concours peuvent revendiquer une géographie aussi symbolique. Weimar, où Liszt fut maître de chapelle et l'un des principaux animateurs de la vie musicale européenne, et Bayreuth, où il mourut en 1886, sont associées dans l'organisation de l'International Franz Liszt Piano Competition Weimar-Bayreuth. Organisé par la Hochschule für Musik Franz Liszt Weimar en coopération avec la ville de Bayreuth, le concours est considéré par ses organisateurs comme l'un des grands concours internationaux centrés sur l'œuvre de Franz Liszt. Les épreuves se déroulent entre les deux villes, reliant ainsi symboliquement deux lieux majeurs de la vie du compositeur. Pour découvrir le Concours Franz Liszt Weimar Bayreuth : Cliquer ici Parme — Concours international Franz Liszt — Prix Mario Zanfi L'Italie possède elle aussi un important concours entièrement consacré à Liszt. Le Concorso Pianistico Internazionale “Franz Liszt” — Premio Mario Zanfi est organisé par le Conservatoire Arrigo Boito de Parme. Créé à l'initiative du pianiste Mario Zanfi, grand interprète de Liszt, le concours a pour particularité de n'accepter que des œuvres composées, transcrites ou arrangées par Franz Liszt. La douzième édition se déroule en 2026. Après les éliminatoires et la demi-finale, les finalistes se produisent avec l'Orchestre du Conservatoire dans l'Auditorium Paganini. Pour découvrir le Concours international Franz Liszt — Prix Mario Zanfi : Cliquer ici Londres — Liszt Society International Piano Competition La Liszt Society britannique organise à Londres son propre concours international de piano. Ouvert aux pianistes de toutes nationalités et de tous âges, il demande aux candidats de présenter un programme entièrement consacré aux œuvres de Liszt : compositions originales, transcriptions, fantaisies ou paraphrases. Le jury accorde également une attention particulière à l'imagination dans le choix et la construction du programme. Le lauréat est ensuite invité à se produire lors de l'Annual Day de la Liszt Society. Pour découvrir le Liszt Society International Piano Competition : Cliquer ici → Voir également sur notre site : Sociétés et associations lisztiennes Cliquez ici Los Angeles — International Liszt Competition Les États-Unis entretiennent depuis longtemps une importante tradition lisztienne. Le Los Angeles International Liszt Competition est organisé depuis 1990. Sa dix-neuvième édition biennale se déroule en novembre 2026 à Azusa Pacific University, en Californie. Sa particularité est remarquable : il s'adresse non seulement aux pianistes, mais également aux chanteurs, rappelant ainsi l'importance du répertoire vocal de Liszt, souvent moins connu du grand public. Plusieurs catégories permettent également à des interprètes d'âges et de niveaux différents de participer. Certains prix ouvrent sur des concerts à Budapest et à New York, créant ainsi des passerelles entre les jeunes interprètes et les grandes institutions lisztiennes internationales. Pour découvrir le Los Angeles International Liszt Competition : Cliquer ici https://www.lalisztcompetition.com/ Senlis — Concours Georges Cziffra Impossible d'évoquer les concours liés à l'univers lisztien sans rappeler l'aventure du Concours Georges Cziffra. Georges Cziffra fut l'un des interprètes les plus spectaculaires et les plus personnels de Franz Liszt au XXᵉ siècle. Virtuose hors norme, il consacra également une part importante de son énergie à aider de jeunes artistes. À Senlis, autour de la Chapelle royale Saint-Frambourg et de la Fondation qui porte son nom, le Concours Georges Cziffra a permis pendant plusieurs décennies de découvrir et soutenir de nombreux jeunes interprètes. La finale du 47ᵉ Concours Georges Cziffra s'est encore tenue à Senlis en 2017 dans le cadre du Festival SenLiszt. Le concours est aujourd'hui appelé à connaître une nouvelle étape de son histoire. Son retour permettrait de renouer avec l'une des grandes intuitions de Georges Cziffra : mettre sa propre notoriété au service de ceux qui commencent leur carrière. Pour découvrir le Concours Cziffra la Fondation Georges Cziffra : Cliquer ici LES JEUNES INTERPRÈTES Chine — Liszt International Youth Piano Competition La présence de Liszt en Asie témoigne de l'extraordinaire internationalisation de son héritage pianistique. Le Liszt International Youth Piano Competition — China s'adresse particulièrement aux jeunes pianistes et organise différentes catégories selon leur âge. Il participe également aux échanges musicaux entre la Chine et l'Europe et entretient des liens avec le monde lisztien international. Pour découvrir le Liszt International Youth Piano Competition : Cliquer ici Turquie - Concours international de piano à Istanbul Franz Liszt a fait un séjour de cinq semaines à Constantinople en 1847, placé dans le contexte général de l’Orientalisme au XIXe siècle, illustré par les artistes et les écrivains, connus ou inconnus, que Liszt a fréquentés. Ainsi les Saint-Simoniens, Lamartine, Delacroix, Ingres, Gérôme, etc. sont évoqués à travers des manuscrits, partitions, livres, tableaux, gravures, portraits et divers objets qui lui ont appartenu (par exemple le diplôme de l’Ordre du Nishan Iftikhar que le Sultan Abdulmecit lui a décerné et la tabatière en argent, ornée de perles et de diamants, qu’il lui a offerte après ses concerts au Palais de Tcheregan) Les Lisztomanias de Châteauroux en partenariat avec le Lycée Français ND de Sion Fransiz Lisesi ont organisé le Concours international de piano d'Istanbul Plus de détails sur cette initiative Cliquez ici LES NOUVELLES FORMES DE CONCOURS Le développement du numérique a également fait apparaître des concours entièrement organisés à distance. Des pianistes situés dans des pays très éloignés peuvent désormais participer en envoyant leurs enregistrements vidéo, sans avoir à supporter immédiatement les frais importants d'un voyage international. Plusieurs compétitions utilisant le nom de Franz Liszt fonctionnent aujourd'hui selon ce principe. Nous avons choisi de les distinguer des grands concours internationaux organisés devant jury et public, tout en les signalant comme une nouvelle forme de diffusion de l'héritage lisztien. Liszt International Piano Competition Online Ce concours entièrement en ligne est ouvert aux pianistes de différents âges ainsi qu'aux duos de piano. Pour découvrir le concours : Cliquer ici https://liszt-competition.com/ Franz Liszt Center International Piano Competition Également organisé en ligne, ce concours international propose plusieurs catégories d'âge et s'adresse notamment aux jeunes pianistes. Pour découvrir le concours : Cliquer ici UN INVENTAIRE APPELÉ À ÉVOLUER Comme notre inventaire des festivals, cette liste est volontairement ouverte. Certains concours sont annuels, d'autres biennaux ou organisés à intervalles plus espacés. De nouvelles compétitions apparaissent tandis que d'autres connaissent des périodes d'interruption avant, parfois, de renaître. Nous mettrons donc progressivement cet inventaire à jour. Vous connaissez dans le monde un concours dans lequel Franz Liszt et son œuvre occupent une place centrale et qui ne figure pas encore ici ? N'hésitez pas à nous le signaler. Cliquez ici Retour à connaître Franz Liszt Cliquez ici
- Oeuvres pour piano seul | Lola
Les oeuvres originales pour piano seul Le piano accompagne Liszt pendant toute sa vie. Entre les œuvres éblouissantes du virtuose des années 1830-1840 et les pièces dépouillées et parfois énigmatiques des dernières années, son écriture se transforme profondément. ★ Sonate en si mineur Sonate h-Moll — 1852-1853 — S.178 L'un des monuments de la littérature pour piano du XIXe siècle. Construite en un vaste mouvement continu, elle repose sur quelques motifs constamment transformés et réalise une synthèse extraordinaire entre sonate traditionnelle, fantaisie et principe cyclique. C’ est la seule sonate de Liszt qui a bouleversé toutes les règles de la forme sonate. Richard Strauss écrit "Si Liszt n’ avait écrit que cette sonate en si mineur, œuvre gigantesque issue d’ une seule cellule, cela aurait suffi à démontrer la force de son esprit" . Robert Schumann en est le dédicataire, en retour à la Fantaisie 17 que ce dernier avait dédiée à Liszt. Mais il ne l'a jamais su, interné à l'époque, Clara Schumann n'a jamais voulu la lui transmettre. La sonate en si mineur est la seule sonate que Liszt composa mais elle est considérée par beaucoup de pianistes comme une œuvre majeure, celle qu’ il faut retenir pour illustrer le 19ième siècle. Diversement appréciée, comme d’ habitude en ce qui concernait les œuvres de Liszt, d’ une grande complexité, en rupture avec les canons de l’ époque, elle fut traitée d’ œuvre de fou . Liszt la composa à Weimar entre 1852 et 1853 alors qu'il habitait à l’ Altenburg avec la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein . Hans von Bülow, grand pianiste et chef d'orchestre qui allait devenir le gendre de Liszt en épousant Cosima, fut le premier à l’ interpréter publiquement. Depuis lors tous les grands pianistes n’ ont pas manqué de l’ enregistrer. Elle est devenue une pièce incontournable, sorte d’ adoubement de tout bon exécutant. Pour en savoir plus -Une discographie de la Sonate en si mineur Portraits de famille de Philippe Cassard, France -Musique 30 septembre 2023 Cliquez ici -La Sonate en si mineur de Franz Liszt expliquée par Leslie Howard Cliquez ici -La Tribune des critiques de disques de Jérémie Rousseau du 3 septembre 201 7 Cliquez ici ★ Années de pèlerinage Années de pèlerinage — env. 1835-1877 — S.160, S.161, S.162, S.163 Le grand journal poétique de Liszt. La Suisse, l'Italie, la littérature, la peinture, la nature et la spiritualité nourrissent un ensemble composé et remanié pendant plusieurs décennies. Liszt à propos des Années de pèlerinage dit s’ être adressé « à quelques uns plutôt qu’ à la foule, ambitionnant non le succès mais le suffrage du petit nombre de ceux qui conçoivent pour l’ art une destination autre que celle d’ amuser les heures vaines, et lui demandent autre chose que la futile distraction d’ un amusement passager » La Première année : Suisse contient notamment La Vallée d'Obermann Les Cloches de Genève, Au Lac Wallenstadt. La Deuxième année : Italie contient Sposalizio, les Trois Sonnets de Pétrarque, Philippe Cassard, Note du traducteur France Musique Cliquer ici et Après une lecture de Dante, Alexandre Kantorov, France Musique Cliquer ici . Venezia e Napoli constitue un supplément. Pour la Troisième année, il faut retenir Les Jeux d'eau à la Villa d'Este, aux Cyprès de la Villa d'Este, Marche funèbre et Sursum Corda Après une lecture de Dante, Texte de Yves Oualet, Université du Havre Cliquez ici Pour en savoir plus "Les années de pèlerinage ... quarante années d'errance" par Bernadette Beyne, dossier (5) de Crescendo Magazine du 7 mai 2020 Cliquez ici André, Philippe, Années de pèlerinage de Franz Liszt : I. La Suisse ; II. L’Italie ; III., Aléas, 2008. ★ Études d'exécution transcendante Études d'exécution transcendante — version définitive 1851 — S.139 Douze études qui dépassent largement la démonstration technique. Mazeppa, Feux follets, Vision, Wilde Jagd, Ricordanza, Harmonies du soir ou Chasse-neige sont de véritables poèmes pour piano. Pour en savoir plus, la Tribune des critiques de disques, Radio France, 12 études d'exécution transcendante Cliquer ici ★ Six Grandes Études de Paganini Grandes Études de Paganini — version définitive 1851 — S.141 Liszt transpose au piano l'univers virtuose de Paganini. La troisième étude, La Campanella , inspirée du Deuxième Concerto pour violon de Paganini, est devenue l'une de ses pièces les plus célèbres. Autre pièce qui requiert une excellente agilité des doigts, l'Etude n°5 La Chasse ★ Harmonies poétiques et religieuses Harmonies poétiques et religieuses — 1845-1852 — S.173 Cycle de dix pièces dont plusieurs titres proviennent de Lamartine. Bénédiction de Dieu dans la solitude et Funérailles en constituent deux sommets, entre contemplation religieuse, méditation et puissance dramatique. Pour en savoir plus sur France Musique, Philippe Cassard et le pianiste François Frédérique Guy Cliquez ICI La Tribune des critiques de disques de Radio France Cliquer ici ★ Rhapsodies Magyar rapszódiák / Ungarische Rhapsodien — principalement 1846-1853, puis œuvres tardives — S.244 Dix-neuf Rhapsodies hongroises dans lesquelles Liszt recrée au piano un imaginaire musical hongrois profondément marqué par les ensembles roms qu'il avait entendus. Les plus célèbres étant la 5ème, la 6ème, la 9ème, la 15ème dite Marche de Rakoczy et surtout la 2ème que l'on retrouve dans le populaire Tom et Jerry, le Concert du chat que Liszt ne supportait plus d'entendre. La Rhapsodie espagnole 185_ S.254 ● Trois Études de concert Trois Études de concert — 1848-1849 — S.144 Il lamento , La Leggierezza et Un Sospiro Pour en savoir plus Cliquez ICI Trois conceptions très différentes de l'étude de concert, depuis le chant élégiaque jusqu'à une écriture pianistique d'une extraordinaire fluidité. ● Deux Études de concert Waldesrauschen et Gnomenreigen — 1862-1863 — S.145 Murmures de la forêt et Ronde des lutins ● Deux Légendes Deux Légendes — 1862-1863 — S.175 Saint François d'Assise : La prédication aux oiseaux et Saint François de Paule marchant sur les flots. Pour en savoir plus Cliquez ICI Deux récits spirituels dans lesquels le piano devient successivement chant des oiseaux, eau, tempête et vision mystique. ● Consolations Consolations, Six Pensées poétiques — 1849-1850 — S.172 Six pièces intimes et méditatives. La célèbre troisième Consolation montre combien Liszt peut obtenir d'intensité expressive sans recourir à la virtuosité spectaculaire. ● Ballade nº 2 Ballade nº 2 en si mineur — 1853 — S.171 Grande narration dramatique, mystérieuse et passionnée. Sa construction par transformation des thèmes la rapproche du monde de la Sonate en si mineur. ● Weihnachtsbaum — L'Arbre de Noël Weihnachtsbaum don Carillon — 1873-1876 — S.186 Douze pièces composées pour sa petite-fille Daniela von Bülow. Elles révèlent un Liszt familial, tendre et parfois étonnamment dépouillé. Pour en savoir plus, la musique minimaliste de Philip Glass et Liszt Cliquez ICI ● Nuages gris Nuages gris — 1881 — S.199 Quelques pages seulement, mais une œuvre capitale du dernier Liszt. Les harmonies deviennent ambiguës, le mouvement presque immobile : le langage romantique semble se dissoudre. ● La lugubre gondole La lugubre gondola — 1882-1885 — S.200 Composée autour du dernier séjour de Liszt auprès de Wagner à Venise. Il en existe plusieurs états. La musique, sombre et suspendue, semble annoncer la mort prochaine de Wagner. ● Unstern! Sinistre, disastro Unstern! Sinistre, disastro — 1881 — S.208 L'une des œuvres les plus radicales de Liszt : intervalles agressifs, tonalité incertaine, longues plages méditatives. Le vieux compositeur s'éloigne presque entièrement du monde brillant de sa jeunesse. ● Bagatelle sans tonalité Bagatelle ohne Tonart — 1885 — S.216a Le titre est en lui-même saisissant en 1885. Cette courte pièce apparentée à l'univers de Méphistophélès pousse très loin l'affaiblissement de la tonalité traditionnelle. Pour aller plus loin ○ Album d'un voyageur — S.156 : laboratoire des futures Années de pèlerinage. ○ Apparitions — S.155 : trois pièces de jeunesse d'une remarquable liberté. ○ Les Glanes de Woronince ○ Mazeppa ○ Magyar Dalok et Magyar Rhapsodiák : premières étapes vers les Rhapsodies hongroises. ○ Historische ungarische Bildnisse — S.205 : portraits historiques hongrois du dernier Liszt. ○ Valses oubliées — S.215 : quatre valses tardives où le souvenir de la valse romantique devient parfois étrange et insaisissable. ○ Csárdás macabre — S.224 : danse grinçante et presque grotesque, très caractéristique du dernier Liszt. ○ Schlaflos! Frage und Antwort — S.203 : « Insomnie ! Question et réponse », miniature sombre et concentrée. ○ Am Grabe Richard Wagners — S.202 : méditation écrite après la mort de Wagner. Retour à l'oeuvre de Liszt Cliquer ici
- introduction | Lola
Liszt intime Liszt et sa famille Ses parents cliquez ici Adam "En toi je veux me rajeunir et me continuer" Anna "il n'y a qu'elle au monde que je puis aimer pleinement " Ses enfants, leur éducation cliquez ici Blandine "Je vous embrasse comme je vous aime du fond du cœur " Cosima "Il n'y a que Richard qui m'a aimée" Daniel "Je vais préparer vos places" Education et affection "Les enfants portent tous trois mon nom et j'ai sur eux un droit absolu" Ses grandes compagnes cliquez ici La comtesse Marie "C'est à lui que je dois tout. Il m'a inspiré un grand amour" La princesse Carolyne "Il est des dévouements sans borne" et un cas particulier ; La baronne Olga von Meyendorff Liszt sa santé, addictions cliquez ici "Il m'est désagréable d'aborder dans la conversation autant que dans mes lettres tout ce qui concerne ma santé" Liszt son caractère Cliquez ici "La contradiction est le signe de la vie, seuls les morts sont cohérents" George Sand
- Le compositeur | Lola
Liszt compositeur « … Liszt, celui qu’on s’obstine à nommer le grand artiste pour ne pas être obligé de convenir qu’il est un des premiers compositeurs de notre époque. » Camille Saint Saëns "Il y a un plus triste et plus infructueux métier que celui des virtuoses donneurs de concerts … c'est le métier des compositeurs voyageurs pour faire connaître leurs oeuvres au public qui ne s'en soucie guère …" Franz Liszt Franz Liszt est souvent présenté par de nombreux musicologues comme le compositeur le plus innovant du XIXᵉ siècle romantique. Pianiste virtuose, il transforma profondément la manière de jouer, de composer et de concevoir la musique ; il fut un véritable révolutionnaire du langage musical. Son influence fut considérable. Elle toucha aussi bien les musiciens et compositeurs de son époque que ceux du XXᵉ siècle. Sa musique est d’une telle nouveauté — elle s’étend sur plus d’un demi-siècle — qu’il est normal, comme l’écrivit Debussy, qu’en sortant des sentiers battus elle présente quelques imperfections ou faiblesses, reproche également adressé à Mozart, sur lesquelles les critiques purent s’épancher. D’autant que Liszt, contrairement à Brahms, détruisit très peu de ses œuvres, s’ en tenant à les autocritiquer, parfois même sévèrement. Cependant, il est intéressant de constater qu’un important renversement de la critique s’est produit. Plusieurs œuvres qui furent durement attaquées de son vivant sont aujourd’hui considérées comme des chefs-d’œuvre, notamment la Sonate en si mineur , la Faust Symphonie et la Dante Symphonie . À l’inverse, certaines œuvres autrefois très appréciées sont désormais délaissées, comme les Galops chromatiques ou plusieurs transcriptions d’opéras tombées en désuétude. Toujours en quête de nouveauté et doté d’un parcours sans frontières, partagé entre plusieurs cultures, Liszt développa une curiosité sans limite pour toutes les musiques, aussi bien celles du passé que celles de son temps. Il réalisa une remarquable synthèse entre la technique orchestrale allemande, l’art du bel canto italien et l’inspiration romantique française. Quelques chiffres, le hit parade En termes de quantité d’œuvres composées, Liszt figure dans le peloton de tête des compositeurs romantiques les plus prolifiques, avec Schubert et Camille Saint-Saëns. Il produisit deux à trois fois plus que la plupart de ses contemporains, tels que Berlioz, Schumann, Chopin, Wagner ou Brahms. Si l’on remonte au XVIIIᵉ siècle, seuls Telemann, Bach, Mozart et Haydn le devancent en nombre de compositions. De 1830 à 1874, soit pendant quarante-quatre années, il demeura dans le « top ten » des compositeurs les plus populaires, dont treize années à la première place, de 1838 à 1851, selon un indice de popularité historique établi à partir des publications, des ventes de partitions, de la fréquentation des concerts et de l’influence culturelle internationale. Cette longévité au premier rang ne fut dépassée que par Rossini, Verdi et Johann Strauss II. Most Popular Music Artists. From Beethoven to Taylor Swift (1700-2026) Cliquer ici Aujourd’hui, Liszt occupe approximativement la neuvième ou la dixième place parmi les compositeurs classiques les plus joués dans le monde. Si ses œuvres demeurent un peu moins populaires que celles de Chopin auprès du grand public, elles constituent désormais un passage obligé pour tout grand pianiste et attirent toujours un vaste public de mélomanes. Le classement des dix compositeurs classiques les plus écoutés sur Spotify, publié en 2021, permettait d’apprécier la place de Franz Liszt. Il aurait sans doute été heureux de se voir ainsi classé derrière ses grandes idoles : Beethoven, Bach, Mozart et Schubert. Bach : 6,7 millions d’écoutes mensuelles ; Beethoven : 6,5 millions ; Mozart : 6 millions ; Chopin : 5,4 millions ; Vivaldi : 3,6 millions ; Schubert : 2,9 millions ; Brahms : 2,6 millions ; Haendel : 2,519 millions ; Liszt : 2,516 millions. La formation et genèse du compositeur Franz Liszt (1811-1886) naquit dans l’Empire austro-hongrois. Son père, Adam Liszt, violoncelliste amateur et compositeur ayant appartenu à l’orchestre Esterházy, reconnut très tôt les dons extraordinaires de son fils et fut son premier professeur. Dès son plus jeune âge, Franz baigna dans une culture musicale germanique et se familiarisa avec Bach, Beethoven et Haydn. L’autre influence déterminante de son enfance fut la musique tzigane qu’il entendait dans son village natal. En 1822, Adam décida de tout quitter pour s’installer à Vienne afin que son fils puisse recevoir l’enseignement de Karl Czerny (1791-1857), élève de Beethoven, qui accepta de lui donner gratuitement des leçons après avoir reconnu son talent exceptionnel. Pour en savoir plus sur le lien entre Beethoven, Czerny et Liszt Cliquez ici Liszt suivit également les cours d’Antonio Salieri (1750-1825). Il demeura à Vienne près d’un an et demi, avant que son père ne décide de l’arracher prématurément à cette formation pour entreprendre une carrière de jeune prodige, au grand regret de Czerny. Franz se produisit d’abord avec succès à Vienne, où il interpréta notamment Hummel, puis trouva auprès de la cour impériale, et plus particulièrement du chancelier Metternich, le soutien nécessaire pour faire vivre sa famille avant d’envisager une installation à Paris. À son arrivée dans la capitale française, Liszt se présenta au Conservatoire. Malgré les lettres de recommandation de Metternich et de Salieri, il ne fut pas admis. Luigi Cherubini, directeur de l’établissement, appliqua strictement le règlement interdisant l’admission d’élèves étrangers à l’École impériale. La première oeuvre connue de Franz Liszt composée en 1822, à onze ans et publiée en 1824 est la "Variation sur une valse de Diabelli" Liszt reçut néanmoins l’enseignement de deux grands professeurs : Ferdinando Paër (1771-1839), pour la composition en 1823, puis Antoine Reicha (1770-1836), pour l’écriture en 1826. Tous deux l’aidèrent à composer, à seulement treize ans et demi, son opéra Don Sanche ou le Château d'Amour Mais son père, une nouvelle fois, l’arracha rapidement à cette formation afin d’entreprendre d’incessantes tournées européennes, au cours desquelles le jeune Franz était comparé à Mozart. Liszt n’eut donc jamais la chance de bénéficier d’une formation longue et structurée, comme ce fut le cas, par exemple, de Chopin. Lorsque son père mourut, Liszt n’avait pas encore seize ans. Après quelques années difficiles, il sut prendre seul son envol. Contrairement à Mendelssohn ou Meyerbeer, il ne disposait d’aucune fortune familiale ni d’une solide instruction. Pour réussir, il dut compter exclusivement sur son génie pianistique et se mettre au service d’un public qui le satisfaisait de moins en moins : « Le public cherche le divertissement ; peu lui importe à quels dépens il s’émoustille. » « Suis-je condamné sans rémission à ce métier de baladin et d’amuseur de salon ? » Cette longue période de virtuose, qui lui permit néanmoins d’acquérir fortune et renommée, lui sera souvent reprochée. On lui fera grief d’être un virtuose d’estrade et un compositeur d’œuvres « emphatiques », ou bombastic, selon le terme anglais, trop souvent consacrées aux transcriptions d’opéras à la mode ou à des pièces destinées à enthousiasmer le public. Liszt souffrait profondément de cette situation et n’avait qu’un désir : mettre un terme à sa carrière de concertiste pour se consacrer entièrement à la composition. C’est ce qu’il fit à trente-sept ans, au sommet de sa gloire et de sa fortune. Il put alors devenir pleinement le compositeur d’œuvres plus personnelles, plus subtiles et plus émouvantes, allant de la musique d’église, qu’il souhaitait réformer, jusqu’à des partitions d’une audace telle qu’il refusait parfois qu’elles soient jouées, de peur d’exposer leurs interprètes aux critiques. Ses dernières œuvres étaient si avant-gardistes et si dépouillées qu’il hésitait même à les publier. Certaines, comme la Csárdás macabre, furent refusées par les éditeurs. Aujourd’hui, elles comptent parmi les œuvres les plus admirées de son catalogue. Les influences Liszt reconnaissait volontiers la dette qu’il avait envers ses prédécesseurs. Il aimait à dire qu’il était un nain marchant sur les épaules de géants. Des chants grégoriens jusqu’à la musique de ses contemporains, il assimila tout pour créer un langage personnel et universel, tout en mettant en valeur des compositeurs aussi divers que Palestrina, Lully, Rameau, Scarlatti, Bach, Schubert et, bien sûr, Beethoven, son héros. Cette extraordinaire diversité d’inspiration correspondait également à sa vie partagée entre l’Allemagne, la France et l’Italie, ainsi qu’à son besoin insatiable de culture. L’influence germanique, la plus importante. Liszt évolua dans un milieu austro-allemand et fut nourri de Bach, Mozart, Hummel, Beethoven, Weber et Schubert. Son immense admiration pour Wagner renforça encore cette influence. L’empreinte du romantisme français. Durant la quinzaine d’années qu’il passa à Paris, Liszt fut profondément imprégné de la littérature et de la culture françaises. C’est également à cette époque qu’il découvrit son goût pour le chant grégorien. L’influence italienne. Rossini, qu’il fréquenta et admira très tôt, le marqua durablement. Toute sa vie, Liszt demeura attaché à l’art lyrique italien. En Italie, il approfondit également sa connaissance de la musique de la Renaissance, notamment celle de Palestrina, ainsi que de la musique liturgique. C'est aussi un autre italien, Paganini que fut à l'origine de sa virtuosité exceptionnelle et de maintes transcriptions La musique Tzigane Hongroise, enfin, marqua profondément son enfance. La gamme tzigane, qu’il employa si souvent, donna à nombre de ses œuvres leur caractère incandescent Cet éclectisme, cet « internationalisme », cette fusion des différentes traditions nationales en un langage inédit et cohérent lui furent souvent reprochés par certains critiques et par les défenseurs des écoles nationales, qui jugeaient sa musique trop hétérogène. Et Liszt, dans ses vieux jours, d’écrire avec tristesse : « Tout le monde est contre moi. Les catholiques, car ils trouvent ma musique d’Église profane ; les protestants, car, pour eux, ma musique est catholique ; les francs-maçons, car ils trouvent ma musique cléricale ; pour les conservateurs, je suis un révolutionnaire […] Quant aux Italiens, malgré Sgambati, s’ils sont garibaldiens, ils me détestent comme cagot ; s’ils sont du côté du Vatican, on m’accuse de transporter la grotte de Vénus dans l’Église. Pour Bayreuth, je ne suis pas un compositeur, mais un agent publicitaire. Les Allemands répugnent à ma musique parce qu’elle est française ; les Français, parce qu’elle est allemande ; pour les Autrichiens, je fais de la musique tzigane ; pour les Hongrois, de la musique étrangère ; et les Juifs me détestent, moi et ma musique, sans raison aucune. » Quantité et diversité de l’œuvre musicale Liszt eut une carrière d’une soixantaine d’années, ce qui est très long par rapport à la moyenne de l’époque. Il fit ainsi le grand écart entre Antonio Salieri (1750-1825), contemporain et, un temps, rival de Mozart, qui fut l’un de ses professeurs et Claude Debussy (1862-1918), qu’ il rencontra quelques mois avant sa mort en janvier 1886 à Rome alors que Debussy séjournait à la Villa Médicis après avoir remporté le prix de Rome. Liszt aborda presque tous les genres musicaux, faisant preuve d’un grand éclectisme, même s’il ne fut pas aussi performant dans tous les domaines. Ainsi, dans celui de l’opéra, on ne peut citer que Don Sanche, composé à l’âge de quatorze ans, et Sardanapale, qui ne fut jamais achevé. L’œuvre de Liszt est donc immense. Son catalogue est riche de plus de 700 œuvres, voire de 1 400 si l’on se fonde sur une base pages. Une première compilation chronologique des œuvres de Liszt fut effectuée par Peter Raabe (1872-1945) et publiée en 1931; Plus tard, Humphrey Searle (1915-1982), musicologue anglais, classa près d’un millier d’œuvres. Il utilisa la lettre « S », initiale de son nom, comme préfixe de numérotation. Il répartit les partitions par genres en deux volumes, de S1 à S530, puis de S531 à S999, en respectant, autant que cela lui fut possible, l’ordre chronologique. Quant à l’élaboration du catalogue numérique des œuvres de Liszt, elle a débuté en avril 2022 et devrait durer une douzaine d’années. Financée par la Fondation allemande pour la recherche, elle coûtera 1,2 million d’euros. « Franz Liszt est le seul compositeur éminent du XIXᵉ siècle pour lequel il n’existe, à ce jour, aucun catalogue complet des sources et des œuvres. Cela s’explique peut-être par le fait que la création lisztienne résiste particulièrement bien à une définition fixe de l’œuvre. Adaptations et remaniements, nouvelles créations, variantes d’exécution, inspirations littéraires changeantes : peu de catalogues de compositeurs romantiques sont aussi bigarrés, colorés et mouvants que celui de Liszt », explique Christiane Wiesenfeldt, directrice du projet. Le portail numérique Liszt devra refléter cette complexité. Ce Digitales Liszt Quellen- und Werkverzeichnis sera élaboré conjointement sur les trois sites du projet : Heidelberg, Dresde et Weimar. Acceptation de l’œuvre, contestation et reconnaissance « Les premières auditions de Liszt n’auront que des admirateurs ou des détracteurs, point de critique raisonnable, mais une surabondance d’éloges ou de violentes attaques. » Émile Haraszti, biographe de Liszt Les opposants Liszt connut une réussite insolente, tant matérielle qu’artistique. Son succès sur scène — et l’argent qu’il y gagna —, sa notoriété, son charisme ainsi que ses dons de compositeur, d’écrivain et de penseur lui valurent d’être très jalousé. Nombreux furent ceux qui lui reprochèrent d’abord une virtuosité ostentatoire au clavier, puis qui, lorsqu’il eut abandonné sa carrière de virtuose, refusèrent de voir en lui un compositeur polymorphe et insaisissable, parce que trop dérangeant, voire iconoclaste. Ne se permettait il pas de déconstruire et de bousculer les règles de la composition ? Camille Saint-Saëns, qui ne cessa de prendre sa défense, regrettait que le monde continuât à l’appeler « grand pianiste » pour ne pas avoir à l’appeler « grand compositeur ». Si l’on ajoute à cela une vie hors norme et des prises de position qui parurent parfois déconcertantes, comme le fait de se déclarer abbé, tous les ingrédients étaient réunis pour déchaîner la critique. Celle-ci fut parfois féroce, notamment lorsqu’elle émanait des « trois H » : Heinrich Heine, écrivain et poète ; Ferdinand Hiller, pianiste et compositeur ; et surtout Eduard Hanslick, écrivain et critique musical. Déclarations de guerre de chapelle autour de la musique de l’avenir. À partir du milieu du XIXᵉ siècle, une véritable guerre intestine s’engagea entre les romantiques classiques de Leipzig et les partisans d’une musique plus moderne, réunis notamment autour de Schumann, qui dirigeait la Neue Zeitschrift für Musik. C’est alors que Liszt arriva à Weimar. Avec Berlioz et Wagner, il allait à son tour s’opposer aux modernes « timorés » de Leipzig afin de promouvoir une musique encore plus innovante, alors que le public était loin d’être suffisamment mûr pour l’accepter. Le concept de la « musique de l’avenir », ou Zukunftsmusik, que Liszt développa avec Berlioz et Wagner, leur mit donc à dos les classiques de Leipzig. Liszt en fut la principale cible. Avec ses inventions, telles que les poèmes symphoniques , la musique à programme, la transformation thématique, les dissonances et d’autres incongruités sonores pour l’époque, il cristallisa la haine des opposants, notamment de ceux qui défendaient la musique absolue, dite « pure ». Pourtant Liszt déplorait que la musique moderne soit "tant bien que mal affublée provisoirement du sobriquet de la musique de l'avenir". Pendant près de quarante ans, les deux écoles s’opposèrent. Ce fut une lutte entre l’école classique de Leipzig et de Vienne, défendue par Hanslick et regroupant notamment Robert et Clara Schumann — surtout Clara, Robert étant décédé en 1856 —, Joseph Joachim et Johannes Brahms, et les romantiques réformateurs de la Neue Zeitschrift für Musik, désormais dirigée par Karl Franz Brendel, qui promouvait le clan de Weimar autour de Liszt et de la fameuse Zukunftsmusik, la « musique de l’avenir ». Brahms et Joachim signèrent un manifeste directement dirigé contre Liszt et la musique de l’avenir. La violence de leurs critiques fut bien résumée par la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein dans une lettre qu’elle adressa à Berlioz : « Sa besogne est rendue très difficile et l’assaut qu’on lui livre est vraiment de la furie. Ni les injures ni les mensonges ne lui sont épargnés ; la rage des classiques monte jusqu’au delirium tremens. » Liszt recevait des lettres anonymes remplies d’insultes, et nombre de ses compositions furent huées. Il fut donc loin d’obtenir, de son vivant, la considération unanime des critiques de son temps. Si violemment critiqué, Liszt se sentait profondément incompris. Il se consolait en pensant qu’il serait reconnu plus tard, comme le montre cette célèbre formule que l’on retrouve dans une lettre adressée à la princesse Carolyne en 1847 : « Ma seule ambition de musicien était et serait de lancer mon javelot dans les espaces indéfinis de l’avenir. » À son tour, celle-ci le consola en déclarant : « On ne comprend pas son génie — beaucoup moins que dans le cas de Wagner —, parce que Wagner représente une réaction contre le présent. Liszt, de son côté, lance son javelot bien plus loin, dans le futur. Plusieurs générations passeront avant qu’il ne soit compris. » « Musique de l’avenir » : Liszt n’aimait pourtant pas cette appellation, principalement employée par ses opposants. Cette absence de reconnaissance immédiate de sa modernité fut pour lui une source de souffrance. Il déplorait l’incompréhension dont il faisait l’objet : « Quoique très fort partisan de ce qu’on se plaît à nommer “musique de l’avenir”, je n’entends pas tout à fait que nous devions être ajournés aux calendes grecques. » Tout le découragement de Liszt se lit dans les paroles du Psaume 13 , composé en 1855 — qui reçut d’ailleurs une mauvaise critique, alors qu’il est aujourd’hui admiré : « Jusqu’à quand, Yahvé, m’oublieras-tu ? Jusqu’à la fin ? En mon cœur, le chagrin, de jour et de nuit ? » « Jusqu’à quand mon adversaire aura-t-il le dessus ? » Hélas, cette guerre allait durablement structurer et installer un certain rejet de Liszt, qui se perpétue encore parfois aujourd’hui, notamment chez les partisans de la musique pure. On admire le génie qu’il fut, mais il y a toujours un « mais », comme si déclarer son admiration n’était pas acceptable sans émettre aussitôt une restriction. Il faut toujours se dédouaner de l’acceptation de son œuvre en lui trouvant des imperfections, lesquelles changent d’ailleurs selon les époques. Certes, Liszt n’a sans doute pas produit une œuvre parfaite, mais il en va de même de tant d’autres compositeurs, sauf que, pour ces derniers, on commence rarement par mettre leurs défauts en avant. De plus, Liszt contribua lui-même à ce dénigrement en ne cessant de s’autocritiquer. Il avait un fort ego, mais faisait en même temps preuve d’une grande humilité et se remettait souvent en question. Il trouvait les autres meilleurs que lui, et ce dans tous les domaines, tant dans leurs écrits que dans leur musique. Voici ce qu’il écrivit à Carolyne en 1885 : « Sans compter les grands maîtres, tels que Palestrina, Lassus, Bach, Mozart, Beethoven — je me reconnais très inférieur à leurs successeurs Weber, Meyerbeer, Schubert, Chopin, etc., et m’incline profondément devant l’immense génie du double aigle Wagner, Wort- und Tondichter, poète des mots et des sons, comme l’intitulait le roi Louis de Bavière sur l’adresse de ses lettres. » Voici un autre extrait d’une lettre écrite à Cosima, un peu plus tôt, en 1878, qui résume bien son état d’esprit : « Toi, chère Cosima, tu sais très bien que c’est faux de m’avoir accusé de vanité : quand j’ai commencé à composer des œuvres faibles, j’ai péché beaucoup plus par une modestie exagérée, et maintenant encore davantage, plus elles m’apparaissent insuffisantes. » Il porta des jugements négatifs sur plusieurs de ses œuvres, qu’il trouvait souvent trop déraisonnables. Ainsi, en 1860, il écrivit à Émilie Genast à propos de ses derniers Lieder : « Ces dissonances atonales ne pourront probablement jamais être utilisées, tant elles sont monstrueuses, d’une sauvagerie inouïe. » Il jugeait également négativement ses œuvres tardives. Il ne leur prédisait aucun succès, parce qu’elles étaient trop modernes, trop audacieuses, et déplorait son incapacité à produire l’œuvre qu’il désirait. Néanmoins, il n’y changeait rien et se régalait de faire grincer les dents de la critique. Ainsi commenta-t-il son œuvre Ossa arida en 1879 : « Professeurs et élèves des conservatoires doivent profondément blâmer, dans les vingt premières mesures, les dissonances inusitées de la superposition consécutive des tierces. Malgré cela, scripsit — c’est écrit. » Sous-entendu : c’est ainsi, je maintiens. Pour conclure cette partie, une petite anecdote. L’un de ses élèves, fervent lisztien, réussit à faire applaudir à tout rompre une version pour deux pianos du poème symphonique Die Ideale en la faisant passer pour une œuvre de Schubert, alors que la Faust-Symphonie venait d’être copieusement huée. Reconnaissance et influence Pourtant, « Liszt le prophète », selon la princesse Belgiojoso, puis ainsi nommé par Baudelaire — formule ensuite reprise par Schoenberg —, n’eut pas que des détracteurs. Il exerça une immense influence sur l’évolution et la modernisation de la musique, notamment dans les domaines de l’harmonie, des formes, de la fusion entre musique et littérature et de la libération de la tonalité. Ses innovations ne se limitèrent pas à ses propres œuvres : elles se propagèrent à l’ensemble de la musique occidentale. Il devint une sorte de maître pour de jeunes compositeurs venus des quatre coins du monde, et une véritable filiation s’établit avec les générations suivantes, y compris avec des musiciens qui ne le rencontrèrent jamais. Ainsi, Serge Gut conclut-il dans son livre Liszt : « On constate que Liszt est l’un des plus remarquables compositeurs du XIXᵉ siècle, de même qu’il reste l’un des plus prodigieux inventeurs de l’histoire de la musique. » On peut également citer Crescendo Magazine : « Liszt fait partie de ces personnalités éclatées et centrifuges qui, avant tout, fécondent leur époque et leur entourage. (…) Il fut un aventurier, un risque-tout de la musique et, avant tout, un précurseur. » Liszt compositeur novateur Avant de voir tous les grands compositeurs qui profitèrent de son héritage, comprirent la modernité de ses œuvres et prirent sa défense de son vivant et au-delà, il est important d'avoir quelques notions sur Liszt compositeur novateur notamment en ce qui concerne : la transformation thématique, le poème symphonique l'harmonie qui commence à sortir de la tonalité, l'impressionnisme, Liszt précurseur les structures symétriques le dépouillement l'esthétique fragmentaire Pour en savoir plus Cliquez ici Presque tous les compositeurs célèbres éprouvèrent de l’admiration pour Liszt. En voici quelques-uns : César Franck (1822-1890). Grand admirateur de Liszt, il en subit notamment l’influence dans les formes cycliques qu’il développa. Les Variations symphoniques, le Prélude, Choral et Fugue ainsi que plusieurs pages pour orgue témoignent de cette importante influence lisztienne. Anton Bruckner (1824-1896). Il vénéra Liszt et fut profondément influencé par son œuvre. Il se passionna pour son écriture orchestrale, ses œuvres symphoniques et ses oratorios. Bruckner, lui-même compositeur d’une musique religieuse aussi importante que celle de Liszt, tint l’orgue lors des funérailles de ce dernier à Bayreuth. Bedřich Smetana (1824-1884). Ils se rencontrèrent à Weimar et éprouvèrent l’un pour l’autre une admiration réciproque. Smetana voulut mettre en lumière la poésie de Liszt dans ses propres œuvres. Camille Saint-Saëns (1835-1921). Comme Liszt, il fut un jeune virtuose du piano et de l’orgue ainsi qu’un compositeur d’avant-garde. Toute sa vie, il lui accorda un soutien indéfectible et joua ou fit jouer ses œuvres, témoignant d’une fidélité sans ambiguïté, contrairement à Wagner. Saint-Saëns lui dédia sa Symphonie n°3 avec orgue, issue des modèles lisztiens de transformation thématique. Ses poèmes symphoniques sont également indissociables de ceux de Liszt, dont il fut l’un des héritiers. Jules Massenet (1842-1912). Croyant comme Liszt, il fut pris en affection par celui-ci lorsqu’ils se rencontrèrent à Rome. Toute sa vie, il admira Liszt. Edvard Grieg (1843-1907) fut un grand admirateur de Liszt, qui l’encouragea chaleureusement à poursuivre son œuvre après avoir déchiffré à vue son célèbre Concerto pour piano en la mineur. Gabriel Fauré (1845-1924). Élève de Saint-Saëns, il fut profondément marqué par l’influence lisztienne. Il présenta l’une de ses œuvres à Liszt, que celui-ci trouva trop difficile à jouer. Fauré demeura un grand admirateur et un soutien inconditionnel de Liszt. Marie Jaëll (1846-1925), disciple et grande interprète de Liszt, se situe dans la droite ligne du maître, avec des compositions qui s’en inspirent fortement, notamment ses œuvres consacrées au triptyque de la Divine Comédie. Hugo Wolf (1860-1903), enthousiasmé par l’intérêt que Liszt porta à ses Lieder, composa son premier poème symphonique, Penthésilée . Il fut un ardent défenseur de la musique de l’avenir, la Zukunftsmusik, et regrettait que les poèmes symphoniques de Liszt ne fussent pas davantage joués. Gustav Mahler (1860-1911) fut influencé par les poèmes symphoniques de Liszt. On retrouve notamment l’empreinte de la Dante Symphonie et du Magnificat dans sa première symphonie. Claude Debussy (1862-1918). Tout en critiquant parfois Liszt, il sut reconnaître ses qualités. À propos de la Faust Symphonie, il déclara qu’« une génération entière y a trouvé de quoi manger et boire » . Il fut très impressionné par les Jeux d’eau à la Villa d’Este. Il reconnaissait en Liszt un « génie tumultueux ». À propos de Mazeppa, il écrivit : « La fièvre et le débraillé atteignant souvent au génie de Liszt, c’est préférable à la perfection, même en gants blancs. » Dans Images , Reflets dans l’eau , Estampes ou Et la lune descend sur le temple qui fut, on retrouve incontestablement l’influence des quatre Valses oubliées et de la Bagatelle sans tonalité de Liszt. Der traurige Mönch, mélodrame très audacieux, annonce Debussy cinquante ans avant Pelléas et Mélisande. Richard Strauss ( 1864-1949) découvrit Liszt lorsqu’il devint Kapellmeister à Weimar. Il fut l’un des plus brillants représentants du poème symphonique, se plaçant dans la continuité du maître, notamment avec Ainsi parlait Zarathoustra et Mort et Transfiguration. Jean Sibelius (1865-1957) subit également l’influence lisztienne, notamment dans Le Cygne de Tuonela. Paul Dukas (1865-1935). Sous le signe de Liszt, il composa une pièce dense et monumentale, sa Sonate en mi bémol majeur . L’esprit de Liszt traverse également son poème symphonique L’ Apprenti sorcier . Ferruccio Busoni (1866-1924), pianiste virtuose, transcripteur et compositeur d’avant-garde, fut l’un de ses plus grands interprètes. Infatigable défenseur de Liszt, il le considérait comme « l’oméga de l’écriture pianistique ». Pourtant, il ne le rencontra qu’une seule fois, au cours d’un concert, alors qu’il avait onze ans. Arnold Schoenberg (1874-1951) considérait lui aussi Liszt comme un pionnier, un grand précurseur de l’impressionnisme musical, qui avait posé les premiers jalons d’une musique atonale. Maurice Ravel (1875-1937). Les Jeux d’eau à la Villa d’Este , issus du troisième livre des Années de pèlerinage, inspirèrent ses propres Jeux d’eau . Liszt est également présent dans Scarbo, le Concerto pour la main gauche et Tzigane. Ravel fut toujours un grand admirateur de Liszt. « Que nous importent les défauts de cette œuvre, de l’œuvre entière de Liszt ? N’y a-t-il pas assez de qualités dans ce bouillonnement tumultueux, dans ce vaste et magnifique chaos de matière musicale, où puisèrent plusieurs générations de compositeurs illustres ? » Reynaldo Hahn (1874-1947). L’influence de Liszt traverse l’œuvre pour piano de ce compositeur, élève de Massenet et grand admirateur de Liszt et de Saint-Saëns. Béla Bartók (1881-1945). Il considéra Liszt comme le véritable père de la musique du XXᵉ siècle. Il œuvra à sa reconnaissance, jugeant même que Liszt avait eu une importance plus grande que Wagner dans le développement futur de la musique. Bartók fut également l’un des premiers à mettre en lumière les œuvres tardives de Liszt. Il poursuivit cette tendance vers une musique dépouillée et dissonante, notamment dans ses Cinq chants populaires hongrois de 1938. Zoltán Kodály (1882-1967), autre compositeur hongrois, dont le Psalmus Hungaricus s’inspire du Psaume 13 de Liszt, fut également l’un de ses défenseurs et de ses héritiers. Les compositeurs nationalistes russes furent de fervents défenseurs de l’art lisztien. On peut dire que Liszt fut le père nourricier de la jeune musique russe, qu’il ne cessa de défendre et de promouvoir, à commencer par celle de Mikhaïl Glinka (1804-1857) et d’Alexandre Dargomyjski (1813-1869). Il suivit ensuite attentivement les progrès du Groupe des Cinq et accueillit à Weimar Alexandre Borodine (1833-1887), qui fut enthousiasmé par ses symphonies. Mili Balakirev (1837-1910) l’admirait ; il écrivit Islamey afin de tenter de surpasser Liszt sur le plan de la technique et de la virtuosité. Modeste Moussorgski (1839-1881) étudia beaucoup la musique de Liszt, dont il appréciait la modernité. Alexandre Scriabine (1872-1915) accueillit lui aussi l’héritage musical de Liszt. Dans ses œuvres, on peut retrouver l’influence de la Méphisto Valse et de la Bagatelle sans tonalité . Sergueï Rachmaninov (1873-1943) fut également marqué par Liszt, notamment dans L’Île des morts . La musique de Liszt demeure présente dans plusieurs de ses compositions. Il utilise le piano comme un instrument de percussion, ainsi que Liszt l’avait fait dans les premières mesures de Totentanz , un demi-siècle auparavant. Beaucoup d’autres grands compositeurs reconnurent le génie de Liszt et s’en inspirèrent, d’une manière ou d’une autre, comme Rimski-Korsakov et Tchaïkovski, qui furent eux aussi influencés par ses poèmes symphoniques. Pour approfondir cette question, on peut consulter le chapitre consacré au rayonnement de l’œuvre dans le Liszt de Serge Gut. Fluctuations et variabilité des appréciations Après la seconde moitié du XXème siècle , l’intérêt pour la musique de Liszt ne cessa de grandir, tant dans le domaine de la recherche que dans celui de l’interprétation, selon un mouvement allant crescendo jusqu’à aujourd’hui. Voir le module « Aimez-vous Liszt ? » Cliquer ici Ce qu’il est intéressant de constater, c’est que les œuvres qui connurent un grand succès ou furent louées par la plupart des critiques à l’époque de Liszt ne sont pas nécessairement celles qui sont aujourd’hui les plus reconnues ou les plus jouées. Durant sa période de virtuose, le public réclamait ce que Liszt appelait des œuvres faciles, qui ne lui convenaient pas toujours : « J’ai pleuré sur ce que d’autres appelaient mes succès, quand il m’était bien démontré que la foule accourait à l’artiste pour lui demander un amusement passager et non un sérieux enseignement. » « Toujours les mêmes morceaux. » Les œuvres et morceaux de bravoure qu’il proposait en concert étaient souvent des pièces que le public appréciait, très « bombastiques », comme certains aiment encore à le lui reprocher aujourd’hui, sans prendre en compte la suite de sa carrière. Ces œuvres devaient enthousiasmer et soulever le public par leur virtuosité. Elles étaient également appréciées parce que le public les connaissait déjà : il s’agissait souvent de transcriptions d’opéras en vogue, dont les mélodies étaient faciles à retenir. Ainsi, durant sa Glanzperiode, Liszt joua beaucoup son Grand Galop chromatique , les mazurkas de Chopin, Hexaméron, la Tarentelle de Rossini, ainsi que ses fantaisies pour piano inspirées d’opéras célèbres, comme l’Ouverture de Guillaume Tell de Rossini, les Réminiscences de Robert le Diable de Meyerbeer, les Réminiscences de Don Juan d’après Mozart ou les Réminiscences de Norma d’après Bellini. En tant que compositeur, les œuvres qui connurent le plus grand succès furent notamment : les Rhapsodies hongroises, en particulier la Rhapsodie hongroise no 2, que Liszt ne supportait d’ailleurs plus de jouer ni même d’entendre ; les deux concertos pour piano : le no 1 en mi bémol majeur et le no 2 en la majeur ; Totentanz ; la Fantaisie sur des airs populaires hongrois ; Les Préludes, poème symphonique. Certaines œuvres pouvaient être acceptées différemment selon les pays. Ainsi de la Messe de Gran, ou Missa solemnis, fut très appréciée dans les pays germanophones, mais elle fut huée en France lors de sa première exécution à l’ église Saint-Eustache en 1866. Berlioz, que Liszt avait pourtant beaucoup aidé, figura parmi ses principaux détracteurs. Il en fut meurtri et l’ accueil enthousiaste qu’ il connut 20 ans plus tard à l'Eglise Saint Eustache lui fut une réelle consolation : "le succès à Paris dépasse toutes mes espérances. Hier après la deuxième représentation de la Messe de Gran à Saint Eustache, où assistaient des milliers de personnes, l'émotion était vivante et profonde". . Cette messe qui connu le succès du vivant de Liszt, n'est plu donnée aujourd’hui que de manière exceptionnelle. Aujourd’hui, les œuvres régulièrement inscrites au programme des récitals sont surtout celles qu’il composa pour le piano, notamment : les Études d’exécution transcendante ; l’Album d’un voyageur ; les trois Années de pèlerinage ; les Consolations ; les Harmonies poétiques et religieuses ; les deux Légendes ; les Rhapsodies hongroises, dans leurs versions pour piano ou pour piano et orchestre ; la Sonate en si mineur , devenue incontournable pour tout grand pianiste ; les œuvres des dernières années, considérées comme avant-gardistes, telles que La Lugubre Gondole, Nuages gris, la Bagatelle sans tonalité, etc. Les petites pièces plus accessibles, comme le Liebestraum no 3, ou Rêve d’amour , ainsi que les Consolations , particulièrement la troisième, contribuent à faire monter la cote de Liszt dans les classements des plateformes d’écoute telles que Spotify. Parmi les œuvres orchestrales et symphoniques qui demeurent dans l’air du temps et sont les plus jouées , on peut citer : Les Préludes, le premier des poèmes symphoniques ; les Faust et Dante-Symphonies, aujourd’hui considérées comme de grands chefs-d’œuvre, alors qu’elles furent très controversées à leur époque par des critiques qui focalisaient le débat sur la musique de l’avenir ; les deux concertos pour piano : le no 1 en mi bémol majeur et le no 2 en la majeur. La Rhapsodie hongroise n° 2 Les transcriptions, très demandées à son époque, tant par le public que par les compositeurs eux-mêmes, jouaient un rôle fondamental dans la diffusion et la vulgarisation des œuvres musicales. L’accès aux grands concerts était difficile et réservé aux plus fortunés. Ainsi, comme le disait Liszt, les transcriptions permettaient de : «Mettre à la portée de tous ce qui était le partage du plus petit nombre. » et à propos du piano « C' est par son intermédiaire que se répandent des œuvres que la difficulté de rassembler un orchestre laisserait ignorées ou peu connues du grand monde. » Il accomplissait ainsi une véritable mission d’utilité publique, répondant à sa conception d’ un art humanitaire, à une époque où les enregistrements n’existaient pas. Elles furent ensuite méprisées. Aujourd’hui, elles reviennent en force et figurent dans de nombreux récitals. Elles sont encensées par les critiques, qui considèrent que les transcriptions de Liszt, comme celles des symphonies de Beethoven, de la Symphonie fantastique de Berlioz ou encore des œuvres de Paganini, notamment la célèbre Grande Fantaisie sur l’air de la Clochette, sont restées inégalées. Liszt réussit son pari de faire entrer l’orchestre dans le piano en y créant une sonorité véritablement orchestrale. Les transcriptions fidèles à l’œuvre originale, les paraphrases et les fantaisies s’inspirant librement de thèmes composés par d’autres occupent près de la moitié de l’œuvre de Liszt. Les œuvres religieuses sont aujourd’hui rarement jouées, même si elles demeurent très appréciées des mélomanes. Christus, par exemple, connut en 2011 pour le bicentenaire de sa naissance, un grand succès lors de sa représentation aux Invalides à Paris et dans plusieurs autres capitales européennes. Ainsi du Psaume 13, du Via Crucis ou encore de certaines pièces pour orgue, telles que la Fantaisie et Fugue sur le choral “Ad nos, ad salutarem undam ” et le Prélude et Fugue sur le nom de B-A-C-H . qui ont été vivement critiquées lors de leur création mais qui sont encensés aujourd’hui par les mélomanes avertis. On assiste également à une redécouverte des Lieder, qui sont de plus en plus enregistrés. Plusieurs autres œuvres peu connues font aujourd’hui l’objet d’enregistrements par de jeunes musiciens comme Goran Filipec qui partent à la découverte de son immense répertoire. Il convient notamment de signaler les remarquables enregistrements réalisés par Leslie Howard, qui consacra près d’une centaine de CD à l’intégrale de l’œuvre pour piano de Liszt. Conclusion Les colloques Liszt de 1911, 1936, 1986 et 2011, organisés à l’occasion des anniversaires de sa naissance ou de sa mort, permettent de mesurer l’évolution de sa notoriété au fil des décennies. Le javelot de Liszt a-t-il atteint sa cible ? La montée en puissance du compositeur est indéniable, et ce malgré l’importance de sa musique religieuse, dans des décennies où la croyance s’est estompée. Liszt demeure parmi les dix compositeurs les plus écoutés et les plus joués, aidé en cela par les nouveaux médias de diffusion de la musique classique, qui en permettent une vulgarisation plus large. Depuis 2011, année du bicentenaire de sa naissance, les associations, les publications, les enregistrements et les festivals n’ont cessé de promouvoir l’intérêt porté au compositeur. De nombreux commentaires publiés sur le Web regrettent toutefois qu’il ne soit pas encore suffisamment diffusé, notamment en ce qui concerne ses œuvres orchestrales et chorales. Copyright FQM Pour approfondir "Liszt compositeur visionnaire, du berceau jusqu'à la tombe" par Philippe André. Multidisciplinaire, à la fois psychiatre, psychanalyste, écrivain, musicien, passionné d' art et de poésie. Il a écrit plusieurs ouvrages concernant quelques génies , Schumann, Wagner, Van Gogh, Cezanne et bien sûr Franz Liszt :Les années de pèlerinage ( 2011 ) - Nuages gris ou le dernier pèlerinage de F Liszt ( 2014 )- Les deux mages de Venise ( 2015) le roman baroque de Liszt et d Wagner, son premier roman dont il a tiré une pièce de th éâtre. il nous montre un Liszt qui toute sa vie n’a cessé d’être un visionnaire dans ses compositions, enrichissant par là-même notre propre vision de ses œuvres Cliquez ici "Un compositeur au carrefour du siècle" par Harry Halbreich et Bernadette Beyne, article publié par Crescendo Magazine du 5 mai 2020 Cliquez ici Podcast à écouter : France Musique Grands compositeurs et virtuoses du piano Franz Liszt emission 2/5 François Xavier Szymczak Cliquez ici Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie, Et plus particulièrement : Franz Liszt, toutes ses correspondances Huré, Pierre-Antoine et Claude Knepper , Liszt en son temps, Paris, Hachette Littératures, 1987. Laurence Le Diagon-Jacquin, La musique de Liszt et les arts visuels , Editions Hermann 2010 Jacques Drillon, Liszt transcripteur ou la charité bien ordonnée. Actes Sud Paris 1986 Retour à Liszt et sa carrière Cliquez ici
- Humaniste et humanitaire | Lola
Liszt humaniste et humanitaire "Sa bonté était inépuisable, on ne pouvait la lasser (…) Il faisait le bien parce qu'il en avait le besoin impérieux et son cœur, comme une église, était ouvert à toute l'humanité". Janka Wohl Liszt fut humaniste par ses convictions, humanitaire par son engagement et caritatif par nombre de ses actions. Humaniste, parce qu'il plaça l'être humain, sa dignité et son élévation au centre de ses préoccupations. Humanitaire, parce qu'il voulut mettre son art, sa notoriété et son influence au service des hommes et du progrès social. Caritatif, enfin, par les innombrables secours matériels qu'il apporta aux plus démunis, aux victimes de catastrophes, aux artistes et, plus généralement, à tous ceux que les circonstances plaçaient dans le besoin. Ces trois dimensions sont indissociables chez Liszt. Elles trouvent leurs racines dans sa foi chrétienne, mais aussi dans les grands courants humanistes et sociaux qui marquèrent sa jeunesse : saint-simonisme, catholicisme libéral de Lamennais, puis franc-maçonnerie. Elles furent enfin nourries par une compassion particulièrement aiguë envers la souffrance humaine. Tout au long de sa vie, Liszt mit ainsi son art, sa célébrité, son argent et, plus tard, son temps et son enseignement au service des autres. Une générosité qui traverse toute sa vie Chez Liszt, la charité prit des formes diverses selon les périodes de sa vie et selon ce qu'il avait à donner. Il y eut d'abord le virtuose fortuné, dont la générosité fut alimentée par les gains considérables de ses grands concerts ; puis le compositeur installé à Weimar, qui mit son influence et son génie au service d'autres musiciens ; enfin le pédagogue qui consacra gratuitement une part importante de son temps à ses élèves. Ces différentes formes de générosité, loin de se succéder de manière étanche, ne cessèrent de s'entremêler. Liszt résumait lui-même cet engagement par une formule : « La devise de mon patron, saint François de Paule, est “Caritas !” J'y resterai fidèle ma vie durant ! » Sa fille aînée Blandine nous en livre, en mai 1858, un portrait particulièrement touchant : « Mon père non seulement a la beauté, le génie, l'esprit, mais il a une bonté qui à elle seule est plus grande que tous ses autres dons réunis. Il a un cœur immense, il ne peut souffrir le mal autour de lui [...] jamais une pensée mesquine, égoïste, n'entre dans son cerveau, et il faut l'avoir vu pour le comprendre. » Aux sources de son humanisme Plusieurs influences permettent de comprendre cette vocation humaniste et humanitaire. La foi et l'éducation chrétienne La première tient à l'éducation profondément religieuse qu'il reçut de ses parents et particulièrement à la foi de son père, Adam Liszt, qui avait lui-même envisagé la vie religieuse. Les aspirations spirituelles de Franz apparurent très tôt. Il fut tenté à plusieurs reprises d'entrer dans les ordres et, bien plus tard, se rapprocha encore davantage de l'Église. La charité chrétienne constitue donc l'un des fils conducteurs de son existence. Les idées sociales de son temps À cette éducation religieuse vint s'ajouter, dans les années 1830, l'influence des idées progressistes qui circulaient dans les milieux intellectuels parisiens fréquentés par le jeune Liszt. Le saint-simonisme prônait notamment l'amélioration morale, physique et intellectuelle des classes les plus nombreuses et les plus pauvres, ainsi qu'une société fondée davantage sur les capacités et les œuvres que sur les privilèges de naissance. Liszt ne pouvait rester insensible à ces idées d'égalité, de progrès et d'élévation de l'humanité par l'art et les sciences. Dans le même mouvement, il se rapprocha du catholicisme libéral de l'abbé Lamennais. Celui-ci contribua à lui faire prendre conscience que son art, par sa capacité à émouvoir les foules, pouvait dépasser le simple divertissement : la musique pouvait devenir un instrument d'élévation humaine et sociale. À ces influences s'ajouta son passage dans la franc-maçonnerie au début des années 1840. Les idéaux de concorde, de tolérance, de fraternité et de perfectionnement de l'homme ne pouvaient que le séduire. Liszt s'éloigna progressivement de certains de ces mouvements et évolua vers un catholicisme plus orthodoxe. Il ne renia cependant jamais les idéaux de fraternité et de progrès humain qui l'avaient profondément marqué dans sa jeunesse. Une compassion presque viscérale Une troisième raison, plus intime, tient à sa profonde empathie pour toute la misère du monde et à son ressenti aigu de la douleur d’exister, la sienne comme celle des autres. Le constat que la vie est souffrance engendre chez lui scepticisme et dépression, à tel point que la mort devient presque enviable. C’est ce qu’il exprime dans cette lettre à son gendre Émile Ollivier, à l’occasion de la naissance de sa fille : « Vous savez quel triste sentiment m’inspirent les enfants : leur avenir est exposé à tant de chances contraires ! L’existence humaine est si pleine d’amertumes et de déceptions, que je ne saurais plus me réjouir beaucoup de la venue au monde d’un petit être, sujet de toutes nos infirmités, malheurs et folies. Par contre, je ne m’afflige pas à l’excès de la mort de ceux que j’ai connus. Je trouve même leur sort enviable, car ils n’ont plus à supporter le dur joug de la vie et de la responsabilité qu’elle implique. » Cette empathie, cette compassion envers les plus défavorisés, se retrouvent tout au long de sa vie, dans ses actes comme dans ses écrits. Il l’affirme lui-même : « Le seul sens actif et très vivace que je conserve est celui de la compassion, avec les vibrations intenses des douleurs humaines. Parfois, à de courts moments, je ressens celles des malades dans les hôpitaux, des blessés à la guerre, et même celles des condamnés aux tortures ou à la mort. » De l'humanisme à l'action humanitaire Le mot « humanitaire » doit ici être compris dans le sens large que lui donnait le XIXᵉ siècle : ce qui concourt au progrès de l'humanité et à l'amélioration de la condition humaine. Chez Liszt, l'artiste ne doit donc pas vivre isolé de la société. Il possède une responsabilité envers elle. Dès 1835, dans ses textes consacrés à De la situation des artistes et de leur condition dans la société, il affirme cette mission sociale de l'artiste. Il écrit notamment : « La musique doit s'enquérir du PEUPLE et de DIEU ; aller de l'un à l'autre ; améliorer, moraliser, consoler l'homme, bénir et glorifier Dieu. » Il appelle même de ses vœux une musique nouvelle, « qu'à défaut d'autre nom nous appellerons humanitaire ». Cette expression est essentielle : chez Liszt, l'humanitaire ne se réduit donc pas à la charité. Il constitue une conception de la fonction même de l'artiste dans la société. En quoi son engagement se distingue-t-il ? La générosité de Liszt fût-elle véritablement originale dans un siècle où la charité et l'humanitaire constituaient un devoir de toute bonne famille et contribuait à la dignité du rang ? La question mérite d’être posée. Le philanthropisme des milieux les plus éclairés, de même que les doctrines proto-sociales comme celles des saint-simoniens, avaient largement fait leur œuvre. La plupart des musiciens de l’époque se devaient de donner des concerts de charité, soit en prévoyant la gratuité de certaines représentations pour les plus démunis, soit en reversant les recettes à l’une des multiples causes soutenues alors. Lorsque les musiciens oubliaient de s’en charger, ou ne le pouvaient pas, les organisateurs de concerts prenaient le relais et désignaient les bénéficiaires. Ainsi, nombre de musiciens proches de Liszt — Berlioz, Mendelssohn, Meyerbeer, Habeneck, Thalberg, puis plus tard Saint-Saëns, Fauré, ainsi que des chefs d’orchestre comme Pasdeloup, bientôt suivi par Colonne et Lamoureux — prévoyaient eux aussi des concerts de charité. Tous considéraient, comme Liszt, qu’il fallait démocratiser l’accès à la musique, facteur d’amélioration sociale du peuple. Liszt n’ inventa donc pas le concert de charité mais il fut sans doute le plus visible, en raison de l’immense succès qui fut le sien pendant la Glanzperiode. Cette célébrité lui permit d’être encore plus généreux que beaucoup d’autres, même s’il ne souhaitait nullement étaler ses actes de charité. Le secours aux victimes : les inondations du Danube L'un des épisodes les plus célèbres se déroule en 1838. À l'annonce des terribles inondations du Danube qui ravagèrent Pest, Liszt, alors à Venise, fut profondément bouleversé. Il se rendit à Vienne et organisa une série de concerts dont une partie importante des recettes fut destinée aux sinistrés. Sa célébrité devenait ainsi un moyen d'action : le virtuose mettait son talent au service d'une cause dépassant sa propre carrière. Cet épisode constitue sans doute l'un des exemples les plus évidents de ce que nous appellerions aujourd'hui une action humanitaire. Liszt et les canuts de Lyon Un autre exemple, tout aussi connu des lisztiens, concerne l’empathie qu’il manifesta envers les canuts de Lyon Lors de ses séjours à Lyon, Liszt fut frappé par les conditions de vie des ouvriers et dénonça le contraste entre leur misère et le luxe qu'ils contribuaient eux-mêmes à produire. « Tous entassés dans des réduits infects, enviant ceux d’entre eux qui, pour un insuffisant salaire, travaillent à parer l’opulence et l’oisiveté… La question sociale rejoignait ici directement son humanisme. Plusieurs ouvriers y avaient mené une insurrection et y avaient trouvé la mort ; Lamennais, chez qui Liszt séjournait alors, le sensibilisa à leur sort. De là vient l’épigraphe choisie par Liszt pour son œuvre Lyon, dédiée à ces ouvriers : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant » Liszt et la défense des musiciens L'engagement humanitaire de Liszt ne s'exerça pas seulement en faveur des pauvres ou des victimes de catastrophes. Il prit également la forme d'un combat durable en faveur des artistes eux-mêmes. Défendre la dignité de l'artiste Dans De la situation des artistes et de leur condition dans la société, Liszt dénonce la condition subalterne réservée aux musiciens. Il réclame pour eux une véritable dignité sociale et résume leur situation d'une formule : « Plus ou moins ouvertement, plus ou moins profondément, tous souffrent. » À ses yeux, l'artiste ne doit plus être considéré comme un simple domestique chargé de divertir les puissants. Il possède une mission morale et sociale. La défense des musiciens devient ainsi une autre expression de son humanisme. Soutenir les compositeurs Liszt mit également son immense talent de pianiste au service de la musique des autres. Grâce à ses transcriptions, paraphrases, concerts et activités de chef d'orchestre, il contribua à faire connaître aussi bien les maîtres du passé que de nombreux compositeurs de son temps. Berlioz, Wagner, Schumann, Grieg, Smetana, Saint-Saëns et plusieurs compositeurs russes bénéficièrent, sous des formes diverses, de son intérêt, de son influence ou de son soutien. Il aida certains financièrement, recommanda d'autres, dirigea leurs œuvres ou les fit programmer. À Weimar notamment, sa position lui permit de défendre avec énergie la musique nouvelle. Il participa également activement à la souscription destinée à l'édification du monument Beethoven à Bonn. Sa générosité ne consistait donc pas seulement à donner de l'argent : Liszt donnait aussi sa réputation, son réseau et son influence. Le pédagogue : donner son temps Avec les années, alors que sa situation financière était moins brillante que pendant la Glanzperiode, une autre forme de générosité prit une importance croissante : l'enseignement. Liszt accueillit autour de lui un nombre considérable de jeunes pianistes et musiciens. Ses classes de maître furent généralement gratuites. Il ne donnait plus seulement de l'argent : il donnait son temps, son expérience et son savoir. Cette évolution résume assez bien les différentes formes prises par sa générosité au cours de son existence. Le virtuose avait partagé le produit de ses concerts ; le compositeur avait mis son influence au service de ses confrères ; le vieux maître transmit gratuitement ce qu'il avait appris pendant toute une vie. Humaniste, humanitaire et caritatif Humaniste, il le fut par sa conception de l'homme, par son souci de dignité et de progrès et par sa conviction que l'art devait contribuer à l'élévation de l'humanité. Humanitaire, il le fut au sens même que ce mot pouvait prendre dans son siècle et qu'il employa lui-même : l'artiste possède une responsabilité sociale et doit mettre son talent au service des hommes. Caritatif, il le fut enfin par ses actes : concerts de bienfaisance, dons, secours aux victimes, soutien matériel aux musiciens, aide aux plus pauvres et enseignement gratuit. Au-dessus de ces trois dimensions apparaît peut-être le terme qui les réunit le mieux : philanthrope, au sens premier de celui qui aime les hommes et cherche à améliorer leur sort. Chez Liszt, cependant, cette philanthropie présente une particularité : elle est inséparable de sa conception de l'art. Servir la musique et servir les hommes relevaient finalement, pour lui, d'une même mission. Copyright FQM Sources, voir menu C onnaître Franz Liszt/bibliographie Et plus particulièrement : Galliari, Alain, Franz Liszt et l’espérance du Bon Larron , Paris, Fayard, 2011. Clément, Jean-Yves, Franz Liszt ou la dispersion magnifique, Arles, Actes Sud/Classica, 2011. Moysan, Bruno, Liszt, virtuose subversif , Lyon, Symétrie, coll. « Perpetuum mobile ». Le comte de Saint-Simon1760-1825 Gravure posthume de Godefroy Engelmann 1825 Richard Wagner par Pierre Petit en 1861. Hector Berlioz par Pierre Petit , 1863 Inondations à Budapest en 1838 Révolte des canuts 1831 Retour vers l'engagement de Liszt Cliquez ici
